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Réalité augmentée (critique de La Danza de la Realidad, d’Alejandro Jodorowsky)

Réalité augmentée (critique de La Danza de la Realidad, d’Alejandro Jodorowsky)

Note de l'auteur

Le protéiforme Alejandro Jodorowsky adapte sa propre autobiographie. Un autobiopic imaginaire, habité par les visions qui jalonnent son œuvre et par la permanente remise en question de la réalité.

Pas facile d’embrasser d’un même regard le parcours d’Alejandro Jodorowsky. Son histoire intime, celle mouvementée du Chili, le surréalisme, le tarot divinatoire, le cinéma, la bande dessinée… Si La Danza de la Realidad évoque son enfance et l’affinement de son regard sur une réalité dont il ne fait que douter, il est inutile d’espérer y trouver les clés d’une œuvre riche et multiple dont la dimension ésotérique fait tout le sel. Non, le propos de cette autobiographie n’est pas là. Alors où est-il ?

Un pas en avant, deux en arrière. Fermement ancré dans la mouvance surréaliste, Jodorowsky cherche systématiquement la réalité qui se cache derrière la réalité, chaque chose perçue impliquant la possibilité d’une illusion. Une réalité qui danse est forcément instable, elle risque même de trébucher. Appliquée à toutes les formes d’engagement qui sont évoquées dans le film, qu’elles soient politiques, philosophiques, artistiques ou familiales, cette danse conduit naturellement à revenir en arrière et à repartir de l’avant, si possible avec un pas de côté vers une autre réalité. La voie est alors libre aux symboles, métaphores et hallucinations, et le film peut prendre des directions inattendues qui laissent souvent des traces sur la rétine.

L’horreur, la satire et la farce s’entremêlent, virent au grotesque, à la compassion pour tous les manchots, culs de jatte et autres freaks qui peuplent La Danza de la Realidad comme la plupart des films de Jodorowsky. Cette affection pour les rebuts d’une société macérant dans la dictature qui préfère ne pas les voir au point de nier leur réalité, on la comprend d’autant mieux que Jodorowsky affirme dès le début du film qu’il s’est très tôt senti étranger à la réalité. L’illusion vécue comme un refuge face à une figure paternelle perverse et tyrannique, tardivement réhabilitée avec une étrange admiration pour ce géniteur devenu à son tour un freak après une tentative de coup d’état fantasmé.

S’il paraît d’abord dommage que le film, jusque-là homogène, dérive sur les errements politiques de Jaime Jodorowsky, le père d’Alejandro, on imagine bien quelle peut être la nécessité intime de crever cet abcès. Profitons-en plutôt pour nous amuser d’une satire féroce et baroque de l’histoire du Chili des années 30, où les cocos sont des guignols et où les nazis pleurent comme des bébés. Sans atteindre les sommets de La Montagne sacrée et de Santa Sangre, cette autobiographie imaginaire s’apprécie avant tout comme une odyssée fascinante dans la mémoire d’un génie du vingtième siècle.

 

En salles depuis le 04 septembre.

2013. Chili. 2h10. Réalisé par Alejandro Jodorowsky. Avec Brontis Jodorowsky, Pamela Flores, Jeremias Herskovits…

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