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#Recap : Aller à la soupe ? (Twin Peaks Part. 13 / Showtime / Canal Plus)

#Recap : Aller à la soupe ? (Twin Peaks Part. 13 / Showtime / Canal Plus)

Note de l'auteur

Bien que ce retour se rapproche inexorablement de sa dernière ligne droite, Twin Peaks se complait dans une indolence dont elle a le secret. Mais de cette fluctuation naissent de multiples introspections.

Attention : Ceci est un récapitulatif détaillé. Il s’adresse à un lecteur ayant vu ledit épisode !
Tous les récaps de cette saison 3 sont accessibles ici !

Dale / Dougie (Kyle MacLachlan) continue de surfer sur une vague de réussite toute surnaturelle. Les Mitchum (Jim Belushi et Robert Knepper) ne peuvent plus se passer de lui, au grand dam d’un Anthony désespéré (Tom Sizemore). Tellement désespéré qu’il décide en dernier recours – sous la pression de Mr. Todd (Patrick Fishler) – de passer aux grands moyens : l’empoisonnement ! Et Dougie d’échapper au breuvage létal en attendrissant son collègue dans des proportions lacrymales intenses. Un simple contact derrière la nuque du Dougie et le tour est joué. Le très friable Anthony va même jusqu’à promettre de témoigner contre Todd. Pas sûr qu’il y parvienne…

What is this, kindergarten? nursery school?

Le contraste est fort avec le dopplegänger antagoniste de Dougie. Le Cooper maléfique déploie un tout autre savoir faire dans l’art du contact par la main. Il retrouve en effet Ray (George Griffith) – celui-là même qui l’avait abandonné aux petits soins des hommes des bois – dans une planque pour malfrats. La “ferme” qu’on aurait plutôt appelé un entrepôt (mais ça colle sûrement plus à l’esprit bucolique du Montana) est en effet un repère d’olibrius peu avenants. Le patron s’appelle Renzo (Derek Mears) et le monsieur ne plaisante pas avec le bras de fer. Mais le Cooper maléfique ne s’en laisse pas compter, règle son compte au malotru et se débarrasse de Ray après avoir obtenu les coordonnées qu’il cherchait.
Outre la confirmation que Jeffries était derrière les agissements de Ray, on constate qu’il y a manifestement une certaine dérision à l’endroit de cette brochette de pseudo-méchants, armé jusqu’aux dents, qui se prennent bien trop au sérieux pour savoir qui peut marquer son territoire le plus loin. L’affrontement n’est jamais gratuit dans Twin Peaks. Le Cooper maléfique et ses motivations obscures – tout comme la série – ne montrent aucun intérêt pour une petite guéguerre de gros bras.

Et même lorsque la violence prend un tour absurde dans Twin Peaks, qu’elle sert un dessein burlesque, sa mise en scène n’est jamais dépourvue d’une lecture sociale. Alors que les Fusco (Larry Clarck, Eric Edelstein et David Koechner) exercent leur métier avec leur bonne humeur contagieuse, une esclandre éclate hors cadre et se charge de rappeler la réalité d’un métier souvent exercé avec bien trop de légèreté.
Que dire également de ce beau coup de théâtre concernant le relevé des empreintes de Dougie. Alors que Mark Frost et David Lynch donnaient l’impression de retarder ce ressort narratif qui allait enfin révéler l’identité réelle de cet étrange agent d’assurance, le duo s’amuse à le jeter à la poubelle à peine révélé. On ne peut s’empêcher de penser qu’ils cherchent ici à se moquer des figures imposées du format. Par ailleurs, le final de l’épisode sur Big Ed est, de la même manière, une prodigieuse antithèse du cliffhanger.

– What’s his name again?
– Ed. Ed Hurley.

Car oui, Ed (Everett McGill) est enfin de retour ! Et contrairement à Audrey, on renoue avec lui dans une situation bien connue, au Double R en compagnie de Norma bien sûr (Peggy Lipton). Pour autant, c’est à peu près là que la fibre nostalgique s’arrête car Norma fréquente désormais un nouvel homme, Walter (Grant Goodeve), lequel est aussi en charge de la franchise Double R. C’est bien peu de dire que Big Ed n’est pas fan du capitaliste. Walter vient ainsi expliquer à Norma que ses nouveaux restaurants font du profit mais pas son adresse historique de Twin Peaks. Norma se voit alors reprocher d’être une artiste ! Le message est sibyllin. C’est un sous-texte forcément cher aux cœurs de Frost et Lynch alors que le deux créateurs ont négocié bec et ongle le budget du retour de leur série avec le diffuseur.

La fin de l’épisode, entièrement à Twin Peaks, est encore un peu plus doux amer. D’un côté le docteur Amp / Jacoby (Russ Tamblyn) et Nadine (Wendie Robie) se trouvent, comme une évidence. De l’autre, l’état d’Audrey (Sherilyn Fenn) inquiète au plus haut point. La combativité qu’elle affichait dans l’épisode précédent a disparu pour laisser la place à une inquiétude profonde. Dans le prolongement d’une conversation avec Charlie (Clark Middleton), elle avoue avoir l’impression “d’être une autre”. Dans Twin Peaks, cette introspection déborde forcément du simple cadre existentialiste, comme le simplifie Charlie. L’introspection d’Audrey marque surtout un choix audacieux – un de plus – de la part des auteurs. Non seulement Cooper n’est plus celui que la série avait érigée comme un repère indéboulonnable, mais Audrey (égérie très appréciée également par les aficionados de la série) n’a plus grand-chose de sa fougue exaltante.

L’épisode enfonce même le clou d’une tonalité définitivement mélancolique en s’achevant par le délaissé Big Ed seul avec sa soupe dans son garage / station service. Twin Peaks poursuit son chemin sans faire aucune concession.

Mystères :

  • Qui peut bien être Renee (oui, la même Jessica Szohr de Gossip Girl) que l’on avait aperçue avec Shelly (Part. 2) et qui ne peut retenir ses larmes en entendant chanter James dans cet épisode ?
  • Les théories vont bon train entre une possible relation entre Richard (Eamon Farren) et le Cooper maléfique. L’arrivée du premier dans le repère de Ray et Renzo est tout de même relativement inattendue. Pour quel raison a-t-il rejoint l’ouest du Montana ?
  • Les malfrats de la “ferme” ont-ils leur comptable attitré ? Sinon, quelle est la fonction du bonhomme à lunettes qui propose de l’argent au Cooper maléfique ?
  • On aperçoit une main (Mike ?) remettre la bague verte sur son piédestal dans la loge. Le transfert de Ray indique-t-il qu’il était possédé par une entité ? Et, par conséquent, cela implique-t-il que Jeffries soit sous l’emprise d’une entité de la loge ou un équivalent de Bob également ?
  • Dans le prolongement, la chose à l’intérieur du Cooper maléfique qui intéresse Jeffries est-elle justement Bob (lequel, nous le savons, n’y est plus désormais) ?
  • À quel lieu peut bien correspondre le “Dutchman’s” ?

 

Remarques :

  • Il est assez logique de retrouver James (James Marshall) et Big Ed dans le même épisode. C’est ce dernier qui s’était occupé de son neveu James, son père ayant disparu et sa mère n’étant à peine plus présente pour cause d’alcoolisme.
  • Chantal (Jennifer Jason Leigh) et Hutch (Tim Roth) devisent négligemment sur les us et coutumes des Mormons. On apprend surtout qu’ils entrent dans l’état de l’Utah. En venant du Dakota du Sud, leur destination se confirme comme étant Las Vegas.
  • La chronologie des événements interpelle depuis le début de ce retour. Un nouvel élément vient fixer un peu les choses lorsque Bobby (Dana Ashbrook) précise que la découverte du cylindre de son père s’est fait le même jour que sa visite du soir au Double R.

 

Théories :

  • Pas de Gordon (David Lynch), Tammy (Christa Bell), Albert (Miguel Ferrer) et Diane (Laura Dern) cette semaine. La piste menant à Dale / Dougie ayant été jetée à la poubelle par les Fusco, l’équipe “Rose Bleue” devrait désormais se diriger vers Twin Peaks – le seul indice concret qu’ils détiennent – à moins que Diane ne leur révèle directement ou indirectement pourquoi ils devraient s’intéresser à Las Vegas.
  • Bien qu’il ne soit pas prévu au casting, je continue d’espérer naïvement une apparition de Jeffries sous les traits de David Bowie. Plus logiquement, il serait assez naturel de le voir sous les traits d’un autre personnage. On pourrait notamment penser que Mike ait récupéré son identité. Son émanation terrestre se nommait justement Phillip Michael Gerard !

 

Musique :

  • Le Lac des cygnes (Tchaïkovski) par l’Orchestre national hongrois et Emil Edlinger (Sonny-Jim avec sa nouvelle installation de jeu de jardin).
  • Eastern European Symphonic Mood No. 1 par Dean Hurley. À noter qu’Hurley – qui occupe la fonction de superviseur musical sur la série – vient de sortir un disque reprenant des compositions originales ainsi que du sound design qu’il a créé pour TP (édité par Sacred Bones Rec.)
  • Just You par James Hurley (Final au Roadhouse). À noter que c’est un beau rappel vers la saison 2 dans laquelle James grattait déjà sa guitare.

TWIN PEAKS s03e13 « Part XIII » (Showtime)
Diffusée sur CANAL+SÉRIES les mardis (puis sur CANAL+ les jeudis).
Série créée et écrite par David Lynch et Mark Frost.
Épisode réalisé par David Lynch.
Avec : voir la liste très très longue !
Musique originale d’Angelo Badalamenti.

 

Tous les récaps de cette saison 3 sont accessibles ici !

Visuels : Suzanne Tenner/Twin Peaks © Rancho Rosa Partnership & Showtime networks.

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