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Récap : Are you a princess? (The Handmaid’s Tale 2.09 / Hulu / OCS)

Récap : Are you a princess? (The Handmaid’s Tale 2.09 / Hulu / OCS)

Note de l'auteur

Avec une synchronisation assez hallucinante, The Handmaid’s Tale s’est permise de faire un écho cinglant à l’actualité en proposant durant cet épisode un échange diplomatique américano-canadien pour le moins houleux, quelques jours seulement après que Justin Trudeau a tenu tête à Donald Trump lors du récent G7. Un épisode de la série en terre canadienne, du reste, plutôt réussi. Récapitulatif.

Attention : le texte qui suit est un commentaire détaillé ; il s’adresse à un.e lect.eur.rice ayant vu ledit épisode !

Nous avions laissé une June (Elisabeth Moss) atterrée après avoir été témoin de la flagellation humiliante de Serena (Yvonne Strahovski) par son détestable époux (voir récap’ précédent). L’entente cordiale entre la servante et l’épouse allait forcément en pâtir et quelques scènes de ce neuvième volet suffisaient pour le confirmer. On retrouve donc June cloîtrée dans sa chambre pour laquelle elle a tout le loisir désormais d’imaginer d’éventuels commentaires de type Airbnb pour décrire le charme de son logis. Et lorsque Serena vient lui rendre visite, son annonce fuse de manière glaciale : June quittera le domicile des Waterford dès que le bébé sera né !
La relation entre les deux femmes étant ce qu’elle est, cette décision n’est pas forcément une surprise, mais ce qui est nouveau, c’est le doute qui s’installe en ce qui concerne l’attitude de Serena et nous fait penser, bien qu’elle ne laisse rien paraître, que ce n’est pas son propre choix, mais peut-être tout simplement un ordre du commandant (Joseph Fiennes).

I know you all will be on your best behavior.

Un commandant définitivement de retour aux affaires. Il convoque June et Rita (Amanda Brugel) pour leur faire savoir qu’il s’absente pour un déplacement au Canada. Et plus encore, il va trouver sa femme dans son refuge — de la serre florale — afin de lui faire savoir qu’il a plus que jamais besoin d’elle, enfin, surtout pour faire bonne figure auprès de leurs voisins nord-américains.

Néanmoins, la position de Serena a complètement changé. La tension au moindre contact avec son mari est palpable. Et lorsqu’ils arrivent au Canada, elle ne peut cacher sa fascination pour la liberté de ses citoyens, ici une femme avec un téléphone mobile, là un couple qui s’embrasse langoureusement.
Au terme de leur voyage, une délégation ministérielle se présente face aux Waterford pour les accueillir. Un trio composé notamment d’une femme et d’un homme qui s’affirme ouvertement gay. Il en faudra toutefois bien plus pour refroidir la bonhomie du commandant (patience, cela viendra plus tard…).

Gilead blames the fertility crisis on women.

Pendant les négociations, Serena a également le droit à un petit programme de visite qui commence par une serre botanique. Une fois son périple terminé, elle s’installe au bar de l’hôtel avec un verre de vin blanc. Un homme l’aborde. Serena pense à un journaliste mais il s’agit d’un représentant américain (Sam Jaeger) venu tout simplement lui proposer l’asile politique. Pour un peu, on croit deviner qu’elle caresse vraiment l’idée, notamment lorsque le représentant évoque la possibilité de témoigner, faisant ainsi allusion au fait qu’il sait que Serena était une auteure. Une offre qu’elle se refuse à considérer.

Avec tout cela, Serena s’en rend compte, les Waterford passent difficilement inaperçus. Sa tunique bleu sarcelle n’aide pas et il n’y a guère que les enfants pour imaginer qu’elle pourrait être une princesse. Bien que leurs noms n’aient pas été révélés, Moira (Samira Wiley) reconnait immédiatement le commandant lorsqu’il apparaît au journal télévisé et Luke (O-T Fagbenle) s’extrait de la foule, lorsque les Waterford rentrent à l’hôtel, pour leur faire savoir que June est sa femme ! Bien agrippé par le service de sécurité, on pense alors que son coup de sang était vain — bien que Serena laisse à nouveau échapper une réaction d’émotion — mais par la suite, Nick (Max Minghella) retrouve Luke dans un bar. Une rencontre bourrue qui permettra néanmoins au chauffeur de transmettre les lettres collectées par la résistance à Luke.

We believe the women.

Un peu plus tard, ce dernier montre ces lettres à ses deux colocataires et Erin (Erin Way) a l’idée de les publier via internet. La réaction subséquente est telle que le gouvernement canadien ne peut plus envisager la poursuite des négociations avec Gilead. S’il avait un chapeau, le commandant n’aurait plus qu’à le mordre à pleines dents ! Les Waterford sont donc invités à réunir leurs clics et leurs clacs pour reprendre l’avion dans les plus brefs délais.

Pendant ce temps-là, June tente de prévoir l’avenir de son futur enfant. Elle cherche une marraine officieuse (le baptême n’est plus en odeur de sainteté sous le régime) pour prendre soin du bébé lorsqu’elle aura été éloignée du manoir des Waterford. Elle s’adresse d’abord à Rita car elle sait que la martha sera en mesure de lui transmettre de la bonté. Plus étonnant encore, elle se confie ensuite à sa tortionnaire, tante Lydia (Ann Dowd), et lui demande de protéger son futur enfant, évoquant à demi-mot le comportement domestique nocif du commandant.

I know I should accept the reality of you being born here, make my peace. But fuck that.

Lorsque les Waterford sont de retour, Nick va tout de même pouvoir lui réchauffer le cœur : il lui raconte sa rencontre avec Luke et lui donne des nouvelles de Moira. Se faisant, Nick est un messager bien mélancolique puisqu’il assiste à l’émotion de celle qu’il aime alors qu’elle se réjouit pour un autre homme.
Rassérénée, June nous quitte sur une note bien plus vindicative. Pas question d’accepter le fait accompli et d’abandonner son futur enfant. Oui, mais comment lutter ?

L’embardée canadienne offre paradoxalement une respiration bienvenue avant une dernière ligne droite qui sera forcément plus asphyxiante. La nature et la forme de ce déplacement officiel du régime chez le voisin canadien interpellent néanmoins. Même sans la preuve tangible des contraintes sociales imposées par Gilead, comment imaginer que le Canada se laisse aller à des négociations (le commandant évoque même que l’extradition est sur la table) alors qu’ils accueillent depuis belle lurette de nombreux réfugiés ? Comment expliquer également que Serena ne soit pas escortée lorsqu’elle est abordée par un officiel américain ? Tout cela est un peu trop capillotracté pour le bien de l’intérêt dramatique.

Par contre, les auteurs trouvent un angle remarquable lorsqu’ils inversent la notion de préjugé. L’accueil réservé à Serena est symptomatique des mécanismes de l’ignorance de l’autre. Elle est perçue comme une sorcière par la mère de l’enfant devant l’ascenseur. Elle est également assimilée à une illettrée puisqu’on lui remet un planning tout en illustration. Deux préconceptions absurdes dans le cas de Serena qui montrent bien les dérives habituelles d’une posture occidentale de supériorité bien mal placée, dystopie ou pas.

Enfin, cet aperçu géopolitique extérieur permet de bien caractériser toute l’ironie de la situation du flux migratoire dans The Handmaid’s Tale vis-à-vis du contexte américain actuel. Gilead est dans une position qui consiste à empêcher toute émigration et si l’idée d’un mur physique n’est pas à l’ordre du jour, il existe potentiellement alors que l’on voyait notamment Emily se voir refuser le voyage vers le Canada avec sa compagne.
Le contraste est fort avec le mur de Donald Trump visant à neutraliser l’immigration, au niveau de la frontière mexicaine. On aborde ainsi l’intérêt fondamental de la dystopie qui consiste à amplifier une réflexion grâce au prisme plus ou moins déformé de cet exercice particulier de la fiction. En cela, la série de Bruce Miller demeure essentielle.

 


 

Musique :

  • Kings and Queens par Jay Ramsay lorsque Serena s’installe au bar de l’hôtel.
  • Already Gone par Jennifer O’Connor quand Nick rencontre Luke.
  • America the Beautiful chantée par les manifestants réunis avec Moira et Luke. C’est un peu l’hymne national bis. Un chant patriotique très populaire aux États-Unis et chanté lors du Superbowl par exemple.
  • Consideration par Rihanna avec Sza en fin d’épisode.

 

Remarques :

  • Le titre de l’épisode, Smart Power, est un terme de jargon diplomatique qui inclut simultanément « Hard et Soft Power » dans une position sur un sujet donné, soit à la fois une présence intimidante/militaire importante accompagnée d’une diplomatie soutenue.
  • L’envoyé américain qui rencontre Serena représente un état fédéral réduit à deux entités : l’Alaska et Hawaï. Voilà pourquoi il est fait mention d’Anchorage (la nouvelle capitale) et pourquoi Serena se voit proposer une fuite vers Honolulu.
  • Le point Eden de la semaine, désormais grande habituée de cette rubrique, pour constater que la jeune mariée ne semble plus trop se faire d’illusion sur sa relation avec Nick et qui, pour enfoncer le clou, ferait presque des avances à la jeune brute Isaac (Rohan Mead) !
  • Je l’évoquais plus haut, de toute évidence, l’attitude de Serena a significativement changé depuis que son mari s’est défoulé sur elle avec une ceinture. Mais comment va-t-elle digérer l’information selon laquelle le manque de fertilité serait essentiellement d’origine masculine ?

 

Liens :

  • Bruce Miller (en charge de la série) commente la représentation des manifestations anti-Gilead et son écho au mouvement #MeToo pour Variety.
  • Samira Wiley (Moira) explique comment elle aborde son personnage pour Elle.
  • Le metteur en scène Jeremy Podeswa (un habitué du Game of Thrones) explique pour le Hollywood Reporter comment a été confectionné cet épisode.

 

THE HANDMAID’S TALE (HULU) saison 2 en 13 épisodes,
Diffusée en US+24 et VM sur OCS depuis le 26 avril.
Épisodes 2.09 (Smart Power).
Série créée par Bruce Miller.
D’après le roman de Margaret Atwood.
Épisode écrit par Dorothy Fortenberry.
Épisode réalisé par Jeremy Podeswa.
Avec Elisabeth Moss, Ann Dowd, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Amanda Brugel, Madeline Brewer, O-T Fagbenle, Samira Wiley, Sam Jaeger, Erin Way, Rohan Mead, Krista Morin, James Gilbert, Max Minghella et Sydney Sweeney.
Musique originale d’Adam Taylor.

Visuels : The Handmaid’s Tale © MGM / Hulu

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