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#Recap : Aux frontières de l’émotionnel (X-Files S11, ép. 1, 2 et 3 / Fox / M6)

#Recap : Aux frontières de l’émotionnel (X-Files S11, ép. 1, 2 et 3 / Fox / M6)

Note de l'auteur

La 11e saison de X-Files s’ouvre aujourd’hui sur M6, sur un trio d’épisodes dont le premier, de loin le plus intéressant, participe de la célèbre « mythologie » de la série. Ce courant sous-terrain irrigue en profondeur l’opus magnum de Chris Carter depuis ses origines. Mais la vérité est ailleurs : dans l’émotion qui unit ses personnages principaux.

« I’m not a bad man, more a practical man. » Le fait que l’Homme à la cigarette ouvre en voix off le 209e épisode de X-Files est un manifeste. Tout tourne autour de lui – et depuis si longtemps… Pour le pouvoir qu’il exerce en coulisse, bien sûr, mais avec un vrai contraste : cet homme diminué, qui a survécu à tout (une roquette tirée depuis un hélicoptère, notamment), ne serait-il pas en définitive une sorte de dieu ? Il le pense, ou en tout cas il a les moyens de le devenir : son pouvoir occulte semble sans limite, il a fait des présidents et abattu des monceaux d’opposants. Et aujourd’hui, il compte bien façonner à son image l’humanité, ou du moins ce qu’il en restera après qu’il aura lâché sur elle le Spartan Virus.

Son véritable objectif, il le confie sous la forme d’une filiation : il ne vit que pour montrer à ses fils et aux fils de ses fils qu’il avait raison, que « what their father did had to be done ». Un homme pratique et sans état d’âme. Il nous avait prévenus… Voici un homme qui choisit ce qui est vrai (la vie au-delà de la Terre) et ce qui est faux (le « premier pas de l’homme sur la Lune », réalisé en studio).

Ce rapport à la vérité et au mensonge, classique dans X-Files, est exprimé dans le petit texte de fin de générique : « I want to believe » devient « I want to lie ». En anglais, le mensonge (« lie ») est au cœur même de la croyance (« believe »). Le média est le message, la linguistique n’est qu’une arme de plus pour poursuivre un objectif. En plus de 10 saisons, la très paranoïaque X-Files l’a amplement prouvé.

 

Épisode 1 : Intimor intimeo meo

Plus que le propos (conspirations d’État, présence dangereuse des extraterrestres parmi nous, menaces permanentes d’annihilation de l’espèce humaine), ce que l’on retiendra de cet épisode, de toute la 11e saison voire de la série dans sa totalité, est ailleurs. La vérité est dans le lien humain, dans le sentiment intime qui jette un pont entre les autres et nous.

Le Smoking Man (c) Robert Falconer/FOX

La portée émotionnelle de William, ce fils de Scully et Mulder qu’ils ont dû cacher pour le protéger, imprègne toute la saison. Dana Scully est mentalement et « sensitivement » connectée à son fils. Celui-ci lui apporte des visions prémonitoires qui lui donnent une position particulière au sein de la mécanique narrative. À la fois protagoniste, pythie et cassandre. Elle a vu la fin de l’humanité et tente tout pour la prévenir.

Chris Carter, créateur de la série et scénariste de ce S11E01, noue les fils vitaux de ses personnages comme les Parques de la mythologie romaine (mais il ne coupe pas les fils, du moins pas encore). Les personnalités se mêlent et parfois se confondent. Les impulsions électriques du cerveau de Dana semblent dire « Find him » en morse : Skinner pense à William, mais à son réveil, elle enjoint Mulder de « retrouver l’Homme à la cigarette ». La confusion a plus de sens qu’il n’y paraît, ainsi que le révèle le Smoking Man dans les dernières secondes de l’épisode.

L’histoire profonde de X-Files a toujours été et, plus que jamais, reste celle d’une filiation contrariée. Fox fils de Bill Mulder et de l’Homme à la cigarette. Sa sœur Samantha (ou plutôt sa demi-sœur) disparue. Son demi-frère Jeffrey (de retour dans la saison 11), lui aussi au FBI. William, fils de Dana et Mulder (quoique…), confié en secret à une famille d’adoption.

La clé réside en William qui, seul, a le pouvoir de contrecarrer les plans du Smoking Man. Il faut donc attendre que le fils prodigue refasse son apparition. Attendre, est-ce là tout ? interroge Mulder. « We do our work », répond Scully. « The truth still lies in the X-Files, Mulder. »

À l’instar du « I want to lie » du générique, Chris Carter opère ainsi un retournement de l’une des phrases-clés de la série. « La vérité est ailleurs » devient « la vérité est à l’intérieur ». À l’intérieur des « dossiers non classés ». À l’intérieur de chacun d’entre nous : elle est notre part d’humanité qui résiste. Mais aussi, plus prosaïquement, à l’intérieur de Dana elle-même : de son ventre, de son cœur et de son esprit, tous occupés par William. « Intimor intimeo meo », disait saint Augustin en parlant de Dieu : « Tu m’es plus intime que mon moi le plus intime. »

Une porosité ontologique qui évoque tant le Spartan Virus (qui abat les défenses immunitaires des personnes infectées) que le plan final sur le visage de William. Celui-ci semble incapable de fermer son esprit aux pensées des autres. Dénué de « défenses immunitaires mentales », trop empathique, William hante le monde et sa mère biologique ; à la fois menace et solution, émotion et pensée rationnelle. Une fragilité qui se résoudra (provisoirement ?) dans le dernier épisode de la saison.

 

Épisode 2 : cybermonde, guerre froide et Lone Gunmen

Langly en version numérique (c) Shane Harvey/FOX

Dans le 2e épisode de la 11e saison, intitulé This, Glen Morgan, à la fois scénariste et réalisateur, explore le cybermonde. Oui, l’expression est parfaitement surannée, mais l’épisode évoque tellement First Person Shooter (Maitreya en français), le 13e de la 7e saison, qu’elle s’impose naturellement. Car X-Files n’a jamais été efficace et intelligente dès lors qu’elle s’attaquait à la technologie. La preuve, à nouveau, avec ce scénario plutôt faiblard.

L’épisode recèle néanmoins deux atouts pour le X-phile : le retour de Langley, l’un des Lone Gunmen (supposés morts), et une atmosphère délicieusement paranoïaque rappelant les films d’Alan J. Pakula, et notamment sa « trilogie de la conspiration » (Klute, The Parallax View, Les Hommes du président). Tiens tiens, Mulder et Scully découvrent précisément, dans cet épisode, le vrai nom de Deep Throat : Ronald Pakula. Le même « Gorge profonde » qui informait Bob Woodward, journaliste au Washington Post, dans Les Hommes du président, et dont Chris Carter a fait un personnage d’une grande importance dans les premiers temps de sa série.

 

Épisode 3 : des Doppelgänger à la pelle

(c) Shane Harvey/FOX07

Un soupçon de paranoïa toujours dans ce 3e épisode, intitulé Plus One, avec la multiplication de doubles (maléfiques) qui entraînent la mort des personnes qu’ils dupliquent. Rien de très neuf ici non plus. Il faut dire qu’avec plus de 200 épisodes au compteur, il est peut-être moins évident d’explorer de nouveaux territoires. Mais ce n’est pas avec ce genre de scénario que Carter donne vraiment l’impression d’essayer…

Détail amusant : le frère et la sœur Poundstone, au cœur de la présente affaire, sont joués par la même actrice, Karin Konoval. Plus intéressante est la scène finale, qui dessine les prémisses d’une intimité physique entre Mulder et Scully. Pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais c’est toujours ça de pris. Et cela prépare des choses plus fortes pour la suite de la saison.

X-Files saison 11 en 10 épisodes
diffusée sur Fox depuis le 3 janvier et sur M6 dès le 7 avril
Série développée par Chris Carter
Épisodes écrits par Chris Carter, Glen Morgan et Darin Morgan
Épisodes réalisés par Chris Carter, Glen Morgan et Darin Morgan
Avec Gillian Anderson, David Duchovny, Mitch Pileggi…

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