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Récap : Blessed be the fruit loops (The Handmaid’s Tale 2.03 / Hulu / OCS)

Récap : Blessed be the fruit loops (The Handmaid’s Tale 2.03 / Hulu / OCS)

Note de l'auteur

Dans la foulée de la diffusion de cet épisode 3, Hulu a annoncé — sans surprise — la commande d’une saison 3 pour The Handmaid’s Tale. Nous avons donc la certitude de suivre encore un peu plus longtemps les tourments de June. Il se trouve que c’est justement tout le sens de cet épisode. Récapitulatif.

Attention, ceci est un commentaire détaillé ; il s’adresse à un.e lecteur.rice ayant vu ledit épisode.

June (Elisabeth Moss) est toujours en planque dans les anciens locaux du Boston Globe (voir récaps précédents). Elle y est désormais depuis deux mois et s’est visiblement bien approprié les lieux. La salle des exécutions est désormais un vaste mémorial, elle pratique avec entrain son jogging matinal dans les travées de l’imprimerie et elle a mis à profit ce temps disponible pour faire des recherches sur l’émergence des « Fils de Jacob », en découpant des articles de journaux qu’elle organise sur un tableau, telle une enquêtrice chevronnée.

You were there all the time, but no one noticed you.

Cette démarche de June est forcément un point sensible de notre perception de la série. Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment une junte rétrograde s’est permise de prendre le pouvoir et d’installer un mode de vie patriarcal d’un autre âge ? Et surtout, comment expliquer que June et Luke (O. T. Fagbenle) n’aient pas envisagé de quitter le pays plus tôt ? N’avaient-ils pas conscience de ce qui était en train de se jouer ?
Il faut croire que non, mais certains ne se laissaient pas faire. Lors d’un flash-back, June se souvient des séances de propagande distillées par tante Lydia (Ann Dowd). En compagnie de Moira (Samira Wiley), elles y découvraient alors avec émotion une photographie de la mère de June à pied d’œuvre dans les colonies. Plus tard, June ferait cette remarque à Moira : « Elle savait » !

Car Holly Maddox (à nouveaux un excellent choix de casting avec Cherry Jones) est une maman à la fibre militante. Une série de pastilles disséminées durant l’épisode nous permettent de faire plus ample connaissance avec celle qui a élevé June. À commencer par ces sorties nocturnes où elle annonçait à sa fille qu’elles allaient nourrir les canards pour finalement l’amener à prendre part à un mouvement de protestation de femmes contre le viol. Elle traduisait également ses convictions en s’engageant sur le terrain, en protégeant notamment des femmes qui souhaitaient avorter.
Par conséquent, Holly avait du mal — et le faisait savoir — à cerner les ambitions de sa fille, soit un boulot bien rangé dans l’édition et un mariage (avec Luke) à l’horizon. L’opposition entre parent et enfant est un grand classique mais les auteurs se gardent bien de s’abandonner à ce cliché éculé. C’est le sens d’une dernière séquence où mère et fille chantent de concert lors d’un trajet en voiture. Holly entraîne sa fille sur un tube au sous-texte revanchard (“Ain’t no Hollaback, Girl”, voir rubrique musique ci-dessous) et The Handmaid’s Tale de nous indiquer ainsi que June n’est pas dépourvue du cran maternel.

Don’t stay in bed all day.

Lors d’une des scènes entre Holly et June, la première n’hésite pas à clamer son admiration à l’endroit de Moira, l’amie de sa fille qui développe un réseau d’entraide pour la communauté queer. Et Moira semble poursuivre ses velléités de soutien puisqu’elle est désormais chargée de l’accueil des réfugiés en provenance de Gilead. Elle tente de retrouver un mode de vie normal mais les choses ne sont pas si simples. Lorsqu’elle reçoit un ex-gardien qui ne demande qu’à se confesser, Moira parvient très difficilement à contenir son émotion. Et lorsqu’elle fait une rencontre dans un bar un peu plus tard, elle parvient à donner du plaisir à sa conquête d’un soir mais se refuse à en accepter en retour. Elle dit alors s’appeler Ruby, le nom qu’elle utilisait lorsqu’elle était prostituée avant de fuir Gilead.

De son côté, June tente de prolonger ses quelques moments avec Nick (Max Minghella). Celui-ci la prévient qu’elle sera bientôt transférée vers une destination inconnue. Il lui assure aussi qu’il essaie de faire quelque chose pour Hannah mais l’un et l’autre savent pertinemment qu’il sera difficile de l’atteindre.
Et les événements s’enchaînent effectivement. June est transportée dans un entrepôt où l’attend un homme — nous apprendrons plus tard qu’il se nomme Omar (Yahya Abdul-Mateen II) — qui doit lui aussi la transporter vers une autre planque et une possible exfiltration à partir d’un petit aéroport près de Worcester (à l’ouest de Boston). Mais Omar apprend que son point de chute est compromis. Il envisage alors d’abandonner June, mais elle se place en travers de sa route Il se résout donc à la ramener chez lui.

– I don’t know how you could give your kid up to somebody else. I would die first. (Heather)
– Yeah, I used to think that, too. (June)

Heather (Joanna Douglas), la femme d’Omar, est loin d’être ravie, mise devant le fait accompli. On prend conscience alors que le regard que portent les autres familles sur la caste des servantes écarlates est atroce. Cette rencontre impromptue n’est pas non plus évidente pour June. Heather et Omar ont également un enfant métisse adorable, du nom d’Adam (Isaiah Rockcliffe), et représentent ainsi la vie à laquelle June, Luke et leur fille Hannah aurait pu accéder, en théorie… En théorie, car — nous entrons là dans le jeu des suppositions — Hannah étant née hors du mariage, ou bien leur fuite étant passible d’une perte de statut, les Bankole-Osborne ont été séparés dans les circonstances que l’on sait.
Mais surtout, cette scène nous transpose auprès d’une catégorie sociale que la série n’avait pas encore abordé : les éconofemmes (terme un peu affreux il faut l’avouer mais issu de la traduction du roman), telles qu’énoncées encore récemment par Margaret Atwood dans le New York Times. La « masse silencieuse » en quelque sorte, cantonnée aux travaux ingrats et cornaquée de près par des miliciens qui surveillent leurs faits et gestes. Une vision toute aussi symbolique et très « Corée du Nord » du système Gilead.

Omar emmène alors femme et enfant à l’église dans une démarche, là aussi, absurde car June découvrira ensuite un Coran et un tapis de prière dissimulés sous le lit des parents. Mais la petite famille ne revient pas et June ne peut plus attendre. Elle subtilise des vêtements d’Heather, se fond dans la foule des travailleuses et prend un train de banlieue. Grâce à la carte d’Omar, elle tente ensuite de se frayer un chemin à travers forêts et champs jusqu’à la fameuse piste d’avion qui doit lui permettre de s’échapper. Le soir venu, le contrebandier est bien au rendez-vous et après vérification, June, rejointe par un autre réfugié tente de s’envoler vers le Canada. Oui, cela restera une tentative car une escouade de gardiens empêchent le décollage, abattent le pilote et arrachent les fugitifs au fuselage de l’avion. Fin de l’épisode.

So you’re brave or you’re stupid?

Que va-t-il advenir d’Ofred ? S’il fallait miser sur un futur possible, il serait assez logique de penser que le commandant Waterford passe outre le processus punitif qui attend la servante pour s’assurer que « son » futur enfant soit sous son toit. Il est toutefois difficile d’envisager qu’Ofred puisse désormais bénéficier (du fait de son statut de femme enceinte) d’une quelconque position de pouvoir, aussi bien sur les Waterford que sur les tantes d’ailleurs.
Quoi qu’il en soit, l’enjeu de l’oppression restera central à coup sûr. Dans cet épisode, la mère de June introduit enfin l’idée d’une résistance, d’une position féministe véritablement incarnée. Il n’est toutefois pas inutile de rappeler que le propos d’Atwood n’était pas directement féministe mais plus significativement vecteur de l’oppression féminine au sens large. L’adaptation sérielle de The Handmaid’s Tale s’emploie avec force dans cette voie. Souvenons-nous des agissements d’Emily à l’encontre de l’épouse adultère dans l’épisode précédent, par exemple.

Ce motif de l’oppression traverse également de part en part la structure de la série. Il est intéressant de remarquer que les auteurs, désormais libérés — en quelque sorte — du matériau original, renforcent à leur manière les stigmates de la dystopie. Outre le recours aux flash-back, cette saison 2 s’aventure sur le terrain des références culturelles. Après la présence de Friends, cet épisode évoque subrepticement Angela, 15 ans (voir rubrique remarques ci-dessous). Le procédé permet ainsi de relier encore un peu plus la fiction par des ponts avec notre réalité.
Sur ce registre, Margaret Atwood cherchait sans doute à rester le plus universel possible. La connexion initiée ici par les auteurs de la série est pour l’instant ambitieuse. Il sera sûrement important de trouver le juste équilibre dans ce domaine. Vivement la suite !

 

Musique :

  • Go! par Santigold featuring Karen O.
  • Tin par Daphni.
  • Hollaback Girl par Gwen Stefani.
    Dans ce titre, Stefani répondait indirectement à Courtney Love qui l’avait affublée péjorativement du qualificatif de cheerleader (pom-pom girl).

 

Remarques :

  • On découvre donc plus amplement ici la mère de June. Auparavant, nous avions peu d’informations sur son parcours. Nous savions néanmoins qu’elle était docteure et qu’elle avait opéré (illégalement) d’une vasectomie l’homme qui aide June, Luke et leur fille à fuir Boston en saison 1.
  • Côté canadien, Luke s’accroche aux rumeurs militaires et espère qu’une action va être menée contre le régime de Gilead. Il évoque la date de 1775. Cette année marque le début de la guerre d’indépendance américaine.
  • Jordan Catalano, que June cite comme étant une personnalité qu’elle adorait, est un personnage de la série Angela, 15 ans (My So-Called Life). Une série hautement recommandable, soit-dit en passant !
  • Erin, que l’on pensait muette, surprend son monde par un jeu de mot stratosphérique ! Elle complète la formule d’usage chez Gilead « blessed be the fruit » (béni soit le fruit) par Froot Loops. Ce dernier étant une spécialité de céréales bien connue.

 

Lectures :

  • Max Minghella (Nick) évoque les secrets de son personnage avec Syfy Wire.
  • Et puis Bustle consacre un chouette entretien à Samira Wiley (Moira)

 

THE HANDMAID’S TALE (HULU) saison 2 en 13 épisodes,
Diffusée en US+24 et VM sur OCS depuis le 26 avril.
Épisodes 2.03 (« Baggage« ).
Série créée par Bruce Miller.
D’après le roman de Margaret Atwood.
Épisode écrit par Dorothy Fortenberry.
Épisodes réalisés par Kari Skogland.
Avec Elisabeth Moss, Cherry Jones, Samira Wiley, Ann Dowd, Max Minghella, O-T Fagbenle, Erin Way, Philip Craig, Asia Rempel, Vas Saranga, Isaiah Rockcliffe, Joanna Douglas, Yahya Abdul-Mateen II et Trevor Hayes.
Musique originale d’Adam Taylor.

Visuels : The Handmaid’s Tale © George Kraychyk / Hulu

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