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#Récap : épilogue ontologique (Twin Peaks Part. 17&18 / Showtime / Canal Plus)

#Récap : épilogue ontologique (Twin Peaks Part. 17&18 / Showtime / Canal Plus)

Note de l'auteur

Bien que l’on s’était préparé à ce final bicéphale, la construction en deux temps – justement – allait finalement nous surprendre, encore et encore !
Durant cette saison, le voyage fut époustouflant. On tachera de ne pas en oublier les détours inutiles. Mais l’accumulation des émotions emmagasinées tout au long du chemin et le questionnement qu’il nous incite à entreprendre in fine nous fait dire que Twin Peaks marque – à nouveau – l’Histoire avec un grand ‘H’ du format sériel.

Attention : Ceci est un récapitulatif détaillé. Il s’adresse à un lecteur ayant vu lesdits épisodes !

Tous les récaps de cette saison 3 sont accessibles ici !

– You’ve gone soft in your old age. (Albert)
– Not where it counts buddy. (Gordon)

Contre toute attente, Gordon Cole (David Lynch) et compagnie seront restés presque jusqu’au bout dans leur hôtel de Buckhorn. Rappelez-vous, c’est ici que nous les avions laissés (voir épisode précédent) alors que Tammy (Chrysta Bell) et Albert (Miguel Ferrer) s’étaient vus contraindre d’abattre le tulpa de Diane (Laura Dern). Cole accuse le coup et confie que le Major Briggs l’avait mis sur la piste d’une “force négative extrême” !
Mais l’équipe de la “Rose Bleue” n’a pas le temps de s’apitoyer. Le vrai Cooper donne enfin de ses nouvelles et, diantre, il est carrément en route pour Twin Peaks.

Sauf qu’en guise de Cooper, c’est la version maléfique (Kyle MacLachlan) que nous sommes invités à suivre. Ce dernier pense enfin détenir les bonnes coordonnées géographiques qu’il cherchait. Une impression vite confirmée puisque l’on reconnaît l’endroit que le Major Briggs avait indiqué dans son message – en tube – destiné à son fils. Mr. C. est alors projeté auprès du géant pompier (Carel Struycken) mais pour y être enfermé dans une sorte de cage. Un emprisonnement temporaire puisqu’il est expulsé presque aussitôt vers… le poste de police de Twin Peaks. L’affrontement final va donc pouvoir avoir lieu !

À l’intérieur, dans les cellules, on découvre que Chad (John Pirruccello) avait une clé dans sa chaussure. Quelle ingéniosité. Et en même temps, le subterfuge démontre le peu de confiance que le bonhomme accordait à son avenir. Il croit pouvoir ainsi se faire la belle, mais c’est sans compter sur la poigne de Freddie (Jake Wardle), suppléant prestement le courageux Andy (Harry Goaz) qui s’interposait.
Dans le même temps, sa femme Lucy (Kimmy Robertson) est synchrone puisqu’elle se distingue également en abattant le Cooper maléfique, lequel venait de souffler le chapeau du shérif comme dans un western spaghetti ! Jusqu’au bout, David Lynch aura gardé une espièglerie impétueuse.

One for the grandkids.

Tout comme Chad, Mr. C. est à terre mais les hommes des bois sont déjà à l’œuvre pour ressusciter ce qui peut l’être. Dale finit par arriver avec les Mitchum (Jim Belushi et Robert Knepper) telle la cavalerie, mais c’est bien Freddie qui règle son compte à Bob – en deux temps – alors qu’il s’était une nouvelle fois extrait du corps inanimé du Cooper maléfique sous forme d’une orbe lévitant de manière menaçante dans la pièce. Dale n’a plus qu’à renvoyer son tulpa dans la loge via la fameuse bague qu’il lui place autour du doigt.
À ce stade, la.le téléspectat.rice.eur assidu.e n’est pas surpris.e. Elle.Il avait très certainement anticipé que Freddie serait décisif. Mais la séquence, toute en fulgurances visuelles, accompagnée par une sinistre ambiance sonore est loin d’être anodine.

D’autant plus que ce qui suit nous replonge sans transition dans un abîme de perplexité ! Dale s’intéresse alors à Naido (Nae Yuuki) alors que son visage emplit tout l’écran en surimpression… Il reprend la maxime de Jeffries selon laquelle nous vivons dans un rêve et Naido se transforme en… Diane. Dale l’étreint mais on comprend rapidement que ce n’est pas un happy end. Notre héros n’a pas encore accompli sa mission/obsession : retrouver Laura.

See you at the curtain call.

Diane et Gordon l’accompagne dans la salle des chaudières du Great Northern. Une fois franchit la porte, Dale retrouve Mike (Al Strobel) qui le conduit auprès de l’inénarrable Phillip Jeffries. L’échange est à peine plus clair que lorsque ce dernier avait rencontré le Cooper maléfique. Mais tout cela débouche sur une issue limpide : Dale est projeté dans le passé, le 23 février 1989 très exactement.

En ce jour précis, l’agent du FBI est témoin d’une scène qu’il avait sans doute longtemps cherché à comprendre lorsqu’il enquêtait sur la mort de Laura. Il s’agit de cette rencontre dans la forêt durant laquelle James (James Marshall) faisait la cour à la fille des Palmer. Dale reste à l’écart mais intercepte Laura lorsqu’elle quitte son motard de petit ami.
Le moment est solennel mais la séquence est brève (peut-être aussi pour éviter de s’attarder sur une Sheryl Lee qui n’a plus tout à fait le même âge). S’ensuit quelques séquences qui symbolisent l’altération de l’histoire telle que nous la connaissons. Le corps tout plastifié de Laura disparaît des bords du lac, Pete (le regretté Jack Nance) va donc pêcher comme si de rien n’était et lorsque Sarah – chez elle, à l’époque actuelle – brise le cadre photo de sa fille, il semble qu’il redevient subitement intact !

Lorsqu’on retrouve Dale, Laura lui échappe et disparaît. La voix de Julee Cruise vient accompagner la fin de la partie 17 (voir rubrique Musique plus bas). Faut-il alors un épisode supplémentaire ? Le cœur de la.le téléspectat.rice.eur en demandera toujours plus mais, narrativement parlant, cette fin – franchement heureuse – peut/doit suffire !
Seulement voilà, il y a toujours deux faces dans Twin Peaks et l’autre versant sera bouleversant, lui aussi, sur un tout autre registre.

Where am I? (Dougie bis ?). […] Is it future or is it past? (le bras)

Le dernier épisode débute dans la loge. Le Cooper maléfique est en feu et Mike de créer un tulpa : un autre Dale (ou bien s’agit-il d’un autre Dougie) lequel va rejoindre Janey-E (Naomi Watts) et Sonny-Jim (Pierce Gagnon) à Vegas.

Retour dans la loge, Dale retrouve l’évolution du bras, puis rencontre à nouveau Leland Palmer (Ray Wise) qui l’enjoint de retrouver Laura. C’est une séquence qu’on avait vue peu ou prou identique en tout début de saison mais, même dans l’immobilité de la loge, rien n’est déjà plus pareil.
Au détour d’une salle, Dale retrouve Diane. Puis, le couple est en voiture jusqu’à un point indéfinissable dont seul Dale semble avoir conscience. Ils s’embrassent sous les éclairs et le couple poursuit sa route jusqu’à s’arrêter à un motel. La nuit tombée, ils font l’amour sans une once d’amour justement, comme s’il fuyait quelque chose. Lorsque Dale se réveille, il est seul !

I don’t recognize you anymore. (Linda)

Dale repart et tout a changé. Ce n’est plus le même motel ni la même voiture. Il faut croire que ce n’est plus tout à fait le même désert non plus. Il se rend dans la ville d’Odessa (Texas) et s’arrête dans un restaurant qui se nomme “Judy coffee shop”, tout un programme !
À l’intérieur, il n’y a pas grand monde mais l’ambiance est pesante. Trois énergumènes cowboyesques harcèlent la serveuse mais, autre monde ou pas, Dale neutralise les malotrus avec son flegme habituel. Il quitte les lieux non sans avoir obtenu l’adresse d’une autre serveuse du restaurant.

En quelques séquences, David Lynch impose un bouleversement de paradigme. Le lieu est pourtant aussi sordide qu’insignifiant. Il s’en dégage malgré tout une vie indolente et pittoresque (le couple âgé témoin de la scène). Et puis il y a cette drôle d’idée de Dale qui consiste à immerger les flingues qu’il a collectés auprès du trio d’abrutis dans l’huile de friture. Là encore, un détail marquant et très tarantinesque qu’on oubliera pas.

On comprend ensuite le sens profond de cette dernière partie. Dale retrouve en effet Laura, qui ne s’appelle plus Laura d’ailleurs mais Carrie Page. Et malgré les vents contraires, l’agent du FBI garde son cap : il veut ramener Laura dans le giron familial à Twin Peaks.
Laura/Carrie ne se fait pas prier. Elle a visiblement des casseroles à laisser le plus loin possible derrière elle. Remonter le pays en diagonale lui semble donc une option séduisante.

David Lynch ne va d’ailleurs pas se priver d’en évoquer la longueur. On assiste alors à de longs plans durant lesquels Carrie et Dale sont en voiture, de jour, de nuit, jusqu’à un arrêt en station service, puis, enfin, à Twin Peaks.

What Year is this?

Laura/Carrie et Dale se présentent devant la maison des Palmer mais c’est une inconnue qui ouvre la porte. Alice Tremond – de son petit nom – ne peut donc leur offrir ce qu’ils étaient venus chercher. Dale est perplexe. Devant l’édifice, Laura semble accéder à des souvenirs enfouis. Elle crie. Les lumières de la bâtisse s’éteignent brutalement. FIN.

Ce final nous laisse peut-être encore plus désemparés que celui qui concluait les saisons originales. Dale s’est-il fourvoyé dans une autre dimension ? Sur ce point précis, il est intéressant de noter qu’Alice Tremond est ici interprétée par Mary Reber, l’actuelle propriétaire de la maison emblématique qui avait – et a donc à nouveau – servi pour le tournage. C’est un choix délibéré de Lynch qui a convaincu ici cette dame de s’initier au métier d’actrice pour l’occasion. Voilà un symbole fort ! Dale a quitté la fiction pour se confronter en quelque sorte à notre réalité…

Rappel ?
À partir de là, on se demande fortement si c’était le point final de la série. On serait tenté de penser qu’il a du moins été conçu comme tel. Mais David Lynch n’exclut rien et évoque un éventuel délai de 4 ans avant d’en voir plus.
Quoi qu’il en soit, cette partie 18, si mystérieuse soit-elle, est une évocation fabuleuse. Pour l’avoir revu plusieurs fois, il s’en dégage une atmosphère qui devient de plus en plus délicieuse à mesure que l’on se détache du reste de la saison. De toute évidence, c’est un final qui va trouver une belle place au panthéon des conclusions sérielles majeures.

Les détours
Pour autant, ce “retour” n’aura pas été exempt de défauts. De ce que l’on sait, le scénario fut certainement envisagé sous la forme d’environ neuf épisodes et Lynch les a dédoublés pour prendre ses aises (ce qui ne fut sans doute pas sans difficultés à faire avaler au diffuseur). Il en résulte un assemblage pas toujours heureux de la narration. De nombreux trous d’air, notamment en début de deuxième partie de saison (post Part. 8) ont jalonné une saison dont on retiendra un franc déséquilibre.
On a également le sentiment que tout un pan de la série est resté à l’abandon. Pourquoi additionner de brefs portraits d’une jeunesse en détresse ou perdu dans de vaines considérations sans lui laisser ne serait-ce qu’un minimum pour exprimer un semblant d’enjeu ? Les personnages de Becky (Amanda Seyfried) et Steven (Caleb Landry Jones) symbolisent singulièrement ce vide intersidéral d’une jeune génération complètement repoussée à la marge de cette saison. Délibéré ou pas, ce manque aura très certainement laissé sur le carreau bon nombre d’amateurs des deux saisons originales.

Éloge de la contemplation
Néanmoins, et c’est un paradoxe, la lenteur exercée tout au long de la saison aura généré une profonde fascination. D’une séquence interminable montrant un jeune homme perdu dans la fonction qui consiste à surveiller un cube de verre vide jusqu’aux longs plans du voyage en voiture de Dale et Carrie, Twin Peaks a constamment créé les conditions d’un état contemplatif inédit, il faut bien l’avouer, sur un petit écran toujours sujet à la peur du vide. Plus qu’un étalage de composition formelle, David Lynch aura surtout marqué les esprits par la liberté avec laquelle il aura distillé le rythme de ses plans, étirant certaines séquences avec une volupté, mais aussi – tout simplement – un amour non feint pour ses actrices et acteurs. À bien des égards, ce caractère très méditatif de la série façonne pour beaucoup le caractère disruptif par rapport à son époque d’une œuvre devenue ainsi transcendantale.

L’apogée d’un art sonore
Concomitant à ce travail sur la durée, “The Return” se détache aussi par son travail sur le son. Dans ses saisons originales, Twin Peaks bouleversait au son des compositions d’Angelo Badalamenti dont les volutes revenaient constamment pour bercer le téléspectateur dans un charme devenu indissociable de l’univers.
Ici, la bande son est très en retrait et laisse la place à des constructions par strates saisissantes. Bien évidemment, on apprécie la pleine mesure de ce travail en découvrant les épisodes avec un volume d’écoute privilégié, de préférence au casque. L’immersion est alors considérablement renforcée. S’il est admis que Twin Peaks est une pierre angulaire de la bande son audiovisuelle au sens large, la série représente aussi désormais le pinacle du design sonore. David Lynch est d’ailleurs crédité de la fonction sans oublier le mérite de Dean Hurley (voir plus bas rubrique musique) qui devrait lui valoir un bel avenir.

Déconstruction de l’icône
Mais le bouleversement que tout le monde retiendra de ce nouveau cru concerne son héros. L’agent Dale Cooper – ce parangon de flic idéal – s’est vu décliné en divers ersatz tous plus mystérieux les uns que les autres. Il y a bien sûr Mr. C., ce Cooper maléfique introduit au cliffhanger de la saison 2 que l’on quitte ici sans vraiment en connaître les motivations. Vient ensuite celui qu’on appellera (à tort) Dougie, qu’il eût plutôt fallu définir comme un Dale diminué. Personnage au bonheur ô combien contagieux qu’on aura appris à aimer bien qu’il soit une chimère. Le final venu, il faudra compter deux additions supplémentaires puisque Dale se trouve dédoublé sans qu’aucune des occurrences ne correspondent vraiment au personnage tant apprécié des saisons originales : d’un côté le Dale omniscient, sorte de demi-dieu bienveillant, et de l’autre le Dale obsédé par sa quête, à tel point qu’il en est rejeté par Diane.
Voilà un drôle de pari que de renier son héros, de s’en affranchir pour écrire sur une page blanche, et même plusieurs en l’état. Voilà surtout l’expression d’un désir de renouvellement, de reprendre l’œuvre non pas pour la poursuivre mais pour la transformer.

Métaphysique
Cette multitude de facettes d’un même personnage – phénomène qui aura largement dépassé le seul Cooper, notamment via ses fameux tulpas – impose en définitive une réflexion sur l’être. La série prend le temps de détacher l’âme du corps puisque ce dernier peut contenir plusieurs consciences bien distinctes. Elle contredit ainsi avec force toute signification que l’on pourrait tirer de l’apparence.
En déroulant l’hypothèse d’une autre dimension, elle cherche peut-être aussi à insister sur le concept des représentations. Après tout, ce que l’on voit comme deux réalités distinctes dans Twin Peaks peuvent être traduites par deux perceptions différentes d’un même monde telles qu’elles sont vécues selon deux points de vue différents. La question n’est plus alors d’envisager une autre doctrine mais d’abord d’en comprendre justement le point de vue !

Remarques :

  • Tout d’abord, merci d’avoir pris le temps de lire ces récapitulatifs, et merci d’avoir patienté pour ce dernier récap’ que j’ai eu un peu de mal à achever. Je dois avouer que je me suis bien consumé dans Twin Peaks tout au long de l’été et j’espère que vous aurez trouvé ici ne serait-ce qu’un interstice entre ces fameux rideaux rouges pour vous extraire de la loge noire ! L’expérience de ces commentaires hebdomadaires fut pour moi à la fois jouissive et très frustrante. D’un côté, l’analyse et la recherche d’indices inhérente à l’exercice du récapitulatif ne m’ont jamais semblé aussi évidentes qu’appliquées à une série comme Twin Peaks, dont la mythologie est une merveille (profondément sérielle d’ailleurs, n’en déplaise aux néo-détracteurs). De l’autre, j’ai constamment eu l’impression de passer à côté, de manquer d’exhaustivité et surtout de recul. À l’heure où j’écris ces lignes, il me semble que c’est le propre d’une œuvre singulière que d’avoir des contours qui nous échappe sans cesse… Bref, un chaleureux MERCI à vous !
  • On ne l’attendait presque plus mais l’explication autour du mystère Judy est intervenue. Dérivé du terme ‘Jowday’, il représenterait une “extrême force négative” pour reprendre l’explication de Cole. Certains théoriciens du web spéculent sur une origine chinoise du mot mais les avis divergent fortement sur ce point.
  • Au final, Jerry a donc trouvé le moyen de rejoindre le Wyoming. Pour ce faire, il a dû traverser l’Idaho en diagonale. On peut donc comprendre qu’il lui ait fallu du temps – soit plusieurs épisodes tout de même – pour accomplir cet improbable trajet…
  • Les séquences de fin de la partie 17 sont reprises de Fire Walk with Me. La disparition du corps de Laura sous plastique et l’évocation de Pete en train de pêcher sont bien sûr des altérations.
  • Dans un entretien avec Pitchfork, David Lynch évoque David Bowie. Le chanteur était effectivement d’accord pour reprendre le rôle de Jeffries avant de décéder. Lynch regrette surtout de ne pas avoir réalisé que la forme de la machine qu’il a créée pour le remplacer évoque une théière…
  • Vous aurez noté le lien entre les indices énoncés par le géant pompier en tout début de saison et les détails découverts dans la dernière partie (430 comme la distance à laquelle Dale et Diane bascule vers une “autre dimension” et puis Richard et Linda bien sûr). Les deux oiseaux avec une pierre restent toutefois à interpréter (vos suggestions ?).
  • Pourquoi Odessa au Texas ? Certains y voient un choix de Mark Frost en rapport avec le fait que la ville aurait abritée un fait divers similaire à la disparition de Laura (Source).
  • La dame accueillant Dale en toute fin dit s’appeler Tremond et prétend avoir acheté sa maison aux Chalfonts. Il est intéressant de noter que c’est par ces deux noms de famille que l’on connaissait la vieille dame et son petit fils magicien qui apparaissait dans les saisons originelles. À noter que dans Fire Walk with Me, la dame et l’enfant apparaissait dans la fameuse scène à l’étage de la station service en compagnie de Bob, du bras et d’autres entités…

 

Mystères :

  • On pensait le rôle de Ray Monroe (George Griffith) lié à celui de Jeffries. Il s’avère que les choses étaient encore un peu plus compliquées que cela puisque Cole nous révèle qu’il faisait l’indic’ pour le FBI. Faut-il en déduire que Cole ne nous dit pas tout sur d’éventuels contacts plus récents avec Jeffries ?
  • Le Cooper maléfique cherchait-il vraiment un passage pour tomber dans les griffes du géant pompier ? N’était-il pas plutôt sur la piste de “l’expérience” ?
  • Quelle est l’identité du bonhomme bien amoché qui croupit dans une cellule du poste de police ? Est-ce le fameux Billy ? Pour quelle raison Andy libère-t-il tous les prisonniers sauf lui ? N’est-il pas finalement dans la seule tête de Chad ?
  • Lorsque Cooper rejoint Twin Peaks, il semble avoir un tour d’avance sur tout le monde. Il sait notamment que Frank est en possession de son ancienne clé de chambre au Great Northern. Comment est-il devenu à ce point omniscient ?
  • Après les déboires du Cooper maléfique dans le désert, Ray qui l’avait laissé inanimé après l’avoir abattu et le manège des hommes des bois autour de sa dépouille, on avait eu l’impression que Bob avait quitté son corps. Il faut croire que non puisque il réapparait de manière un peu similaire ici. On en vient donc à se demander dans quelle mesure Bob possédait le double maléfique ?
  • Les interrogations autour d’Audrey restent entières puisqu’elle n’est pas présente dans ces deux épisodes. Ou se trouve-t-elle réellement ?
  • Lorsque Dale suit Mike dans l’escalier pour aller rencontrer Jeffries, on aperçoit ensuite l’entité au long nez qui fait le chemin inverse ! Doit-on en déduire que le départ de Dale coïncide avec l’arrivée d’un autre personnage néfaste ? (Avouez que cela ferait le point de départ idéal d’une éventuelle saison 4….).
  • Diane possède-t-elle un tulpa dans le monde qu’elle rejoint avec Dale dans le dernier épisode ?
  • Qui est l’homme que Carrie/Laura a tué dans son salon et pourquoi ? De qui ou de quoi parle-t-elle lorsqu’elle demande à Dale : “est-ce que tu l’as trouvé” dès qu’elle ouvre la porte ?
  • À quoi servait le personnage de Red ?
  • Quel destin fut finalement celui de la jeune fille qui avalait le “batrasecte” ?
  • Que dire de Sarah ? Est-elle possédée comme l’était son mari ? Y a-t-il un tulpa de Sarah, ou une autre forme non encore identifiée avec accessoirement un visage amovible ?
  • Et puis, en quelle année sommes-nous ? C’est l’interrogation avec laquelle Dale nous quitte. À sa place, on se serait plutôt demandé : “mais où sommes-nous ?”.

 

Théories :

  • Lorsqu’il annonce à la cantonade que “le passé décide du futur”, Dale sait manifestement qu’il doit se projeter dans le passé pour tenter de corriger ce qui peut l’être. C’est en tout cas une affirmation qui semble expliquer ses actions en fin de partie 17 et ces scènes où il assiste à la rencontre entre Laura et James. La disparition du corps de Laura par la suite semble confirmer l’hypothèse selon laquelle il a provoqué une bifurcation pour empêcher une cascade d’événements.
  • Une fois de plus (lors du basculement de Dale et Diane sur une route bordée d’une ligne à haute tension), les personnages de Twin Peaks se sont trouvés confrontés à un événement paranormal accompagné par l’identification sonore qu’on associe à une décharge électrique. Cela rejoint une symbolique récurrente des objets liés au transport de l’électricité (le poteau électrique, les prises de courants). On imagine alors que le vecteur de déplacement entre les dimensions et notamment celui emprunté par les entités et autres hommes des bois n’est autre qu’une forme électrique justement. En poussant le raisonnement un peu plus loin, on doit également pouvoir connecter ce principe avec les expériences sur le nucléaire et l’essai représenté dans l’épisode 8.
  • Est-ce encore l’histoire de la petite fille qui vivait en bas de la rue ? La question est ici posée à Dale par l’évolution du bras. Mais c’est aussi une question posée par Charlie à Audrey ! On peut interpréter cette répétition de deux façons. Dans la première, cette question permet d’indiquer qu’il y a eu un déplacement “d’histoire” ou de “dimension” finalement. La deuxième hypothèse (qui n’exclut pas la première) fonctionne comme un avertissement. Elle aurait pour but de signifier que l’important ne se trouve pas là, que de se focaliser sur le fait divers empêche d’en distinguer les racines du mal !

 

Musique :

  • Sub Dream par David Lynch et Dean Hurley. Si ce titre ne s’y trouve pas, rappelons qu’une bonne partie des ambiances assemblées par Hurley sont disponibles dans un disque (Anthology Resource Vol.1) paru chez Sacred Bones Records.
  • The World Spins composé par Angelo Badalamenti, écrit par David Lynch et interprété par Julee Cruise est repris ici après avoir été entendu en saison 2 (s02e07). À noter que Cruise s’est manifestée depuis pour exprimer sa colère en constatant que son apparition était réduite à peau de chagrin dans cette fin de partie 17, ce qui n’est pas faux lorsque l’on fait la comparaison avec d’autres artistes présentés sur la scène du Roadhouse cette saison.
  • À ce propos, les bandes sons officielles de la série sont désormais disponibles. Un premier disque regroupant les séquences originales composées pour la série et un deuxième (illustré par la photo d’un reflet de l’enseigne du Bang Bang Bar) compilent les participations des différents artistes apparaissant sur la scène du Roadhouse.
  • My prayer par The Platters est entendu lorsque Diane et Dale couchent ensemble au motel (Part. 18). Un titre qu’on avait déjà entendu lors de la Part. 8.
  • Sur l’approche musicale de la série, David Lynch explique plus en détails son travail notamment sur le design sonore dans cet entretien avec Pitchfork.

 

 

Pour aller plus loin :

  • Ce retour a donc pris fin mais l’univers est vaste, à commencer par Fire Walk with Me. Je suppose que vous aviez vu les deux saisons originales (si ce n’est pas le cas et que vous avez été au bout de cette saison 3, votre avis m’intéresse -> commentaires). Par contre, le film de David Lynch n’est pas toujours bien connu et le moins que l’on puisse dire après ce retour, c’est qu’il a définitivement son importance dans la mythologie. FWWM est plus que jamais à voir ou à revoir !
  • Les deux saisons originales ont également été prolongées par deux romans intéressants, impeccablement réédités chez Michel Lafon récemment. Le Journal secret de Laura Palmer (commenté ici par Victor-Arthur Piégay) écrit par Jennifer Lynch, la fille de David. Et L’Autobiographie de l’agent très spécial Dale Cooper de Scott Frost, frère de Mark, qui avait participé à l’écriture des saisons originales.
  • Plus proche de nous, Mark Frost avait écrit L’Histoire secrète de Twin Peaks dans lequel il introduit de nombreux thèmes qui reviennent dans le retour de la série. Pour boucler la boucle, il prévoit un autre livre à paraître en fin d’année : Le Dossier final (31 octobre) !
  • Au rayon podcast, le tour d’horizon très complet des compères de EW, Darren Franich et Jeff Jensen est indispensable (pour les anglophones). A Twin Peaks podcast commente chaque épisode et reçoit des invités, notamment Damon Lindelof à plusieurs reprises (un grand fan de TP devant l’éternel).
  • Le podcast français de référence se nomme – délicieusement – Lynchsplaining ! En plus de décrypter chaque épisode du retour, l’équipe devrait poursuivre sur les anciennes itérations de l’univers.
  • Time of the Season propose également un podcast somme en deux parties. Jérémy Coifman et plusieurs invités proposent une réflexion intéressante sur ce retour.
  • Après un numéro estival (n°735) déjà consacré à la série, Les Cahiers du cinéma titre à nouveau pour tenter de décrire “ce qu’il s’est passé” dans Twin Peaks. Le mensuel analyse le phénomène au plus près.
  • Enfin, un bilan éclairé qui m’aura bien aidé pour prendre un peu de recul : celui de Conundrum pour pErDUSA.

 


 

TWIN PEAKS s03e17&18 « Part XVII – XVIII » (Showtime)
Ce retour a été diffusé sur CANAL+.
Série créée et écrite par David Lynch et Mark Frost.
Épisode réalisé par David Lynch.
Avec : voir la liste très très longue !
Musique originale d’Angelo Badalamenti.

Tous les récaps de cette saison 3 sont accessibles ici !

Visuels : Suzanne Tenner/Twin Peaks © Rancho Rosa Partnership & Showtime networks

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