#Recap : Juste ça de Sherry (Fargo 3.08 / FX / Netflix)

#Recap : Juste ça de Sherry (Fargo 3.08 / FX / Netflix)

Note de l'auteur

En bon(ne) amateur(rice) de Fargo, vous vous souvenez sûrement de l’embardée fantastique en saison 2 et cette apparition inattendue (quoique… mais je n’en dirais pas plus ici). À bien des égards, cet épisode lui fait écho. Pourtant, il reste fondamentalement ancré dans l’imaginaire des frères Coen et Noah Hawley de démontrer une fois de plus combien il sait remixer avec une imagination remarquable l’œuvre des cinéastes.

Attention : Ceci est un récapitulatif détaillé. Il s’adresse à un lecteur ayant vu ledit épisode !

En s’installant à côté de Mr. Wrench (Russell Harvard) dans son bus de transport pénitencier en toute fin d’épisode précédent, on ne pouvait s’empêcher de souhaiter pour Nikki (Mary Elizabeth Winstead) une cavale avec le grand sourd. Noah Hawley et ses auteurs partageaient visiblement cette envie, mais ils ont donné à cette fuite un caractère épique bien au-delà des attentes du spectateur.
Poursuivis par Yuri (Goran Bogdan) et le tueur (DJ Qualls) – qui avait tenté de refroidir Nikki au poste de police (crédité du nom de Golem) – dans les grandes étendues semi-boisées de cette région inhospitalière du midwest, on ne donnait pas cher de la peau des deux fugitifs enchaînés.

Pourtant, Fargo allait rapidement se charger de nous rappeler son caractère arbitraire de légende. Alors qu’il observait Nikki et Wrench aux prises avec la steppe, Yuri, toujours coiffé de son couvre-chef lupin, était pris pour cible par des chasseurs postés là. Cette seule séquence diaboliquement ironique résume si bien l’esprit Fargo. Par la suite, Yuri aura le dessus sur les chasseurs mais le dénouement sanglant qui suivra dans une clairière ne l’épargnera pas. Son compère Golem, y trouvera surtout du fil – ou plutôt de la chaîne – à retordre.

This is the universe at its most ironic.

Après un premier quart d’heure haletant, on pensait trouver une respiration salvatrice, mais c’était sans compter sur l’apparition d’un… bowling ! Ce refuge impromptu allait cueillir le spectateur dans la nuque pour l’un des rebondissements les plus spectaculaires de la série.
Alors que Nikki commandait un remontant malté amplement mérité, le plan laissait apparaître à ses côtés le même Paul Marrane (Ray Wise) qui avait égayé Gloria (Carrie Coon) lors de son voyage en Californie (voir 3.03). L’échange qui s’ensuivit au bar, avec les pistes de bowling en arrière-plan, rappelait immanquablement The Big Lebowski et cette scène où le Dude (Jeff Bridges) échangeait avec l’Étranger (Sam Elliott), figure divine improbable qui faisait également office de narrateur dans le long métrage.

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De cet emprunt symbolique à l’œuvre des frère Coen, Hawley en fait une clé de voûte mystique pour redistribuer les cartes dans les mains de ses protagonistes. Le mystérieux Marrane – qui semble avoir ressuscité Ray sous forme de chaton – est partie prenante et semble vouloir soutenir Nikki dans sa vendetta (là où l’Étranger, la figure « Coenienne », était en retrait).

Outre Nikki, Sy (Michael Stuhlbarg) aurait lui aussi bien besoin d’un coup de pouce de Paul Marrane. Foudroyé après avoir gouté un café “légèrement amère” servi par Varga, le pauvre Sy rejoint le service longue durée d’un hôpital. Tellement long que l’épisode en profite pour faire un bond temporel de trois mois environ. À ce stade, la coupe est pleine pour Emmit (Ewan McGregor). Après le tragique trépas de son frère, la défaillance soudaine de son bras droit le bouleverse.

A hand reaching out for me from the grave.

D’autant plus que le karma semble s’acharner contre lui ! Il retrouve la corvette de Ray à la place de son 4×4 sur le parking. De multiples reproductions en gros plan du fameux timbre bourgeonnent subitement sur son lieu de travail. Et pour combler le tout, une fausse moustache se matérialise sous son nez pour le grimmer à la manière d’un frangin dont le fantôme le hante, c’est la seule explication ! Emmit n’a plus le choix : il doit se confesser le plus vite possible…

Le motif du remord est assez surprenant pour la dramaturgie de Fargo. Son irruption tendrait à indiquer que la naïveté d’Emmit va être encadrée. D’ores et déjà, le personnage s’éloigne ainsi de manière significative du parcours de Lester (Martin Freeman) en saison 1. Si cette tendance devait se confirmer, Noah Hawley aurait très certainement réussi son pari de trouver une autre voix à partir du moule très contraint que la série lui impose pourtant.

En définitive, l’épisode est une succession de bouleversements narratifs. Entre le dénouement dramatique de la traque, la séquence surréaliste du bowling, le saut temporel et le cliffhanger final autour d’Emmit, ce huitième volet est un assemblage incertain d’éléments reliés façon grand écart.
Néanmoins, quelle jouissance pour le spectateur d’être témoins d’un tel enchaînement. L’épisode trouvera sûrement une bonne place dans le panthéon des meilleurs épisodes de l’année !

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Remarques :

  • La séquence avec laquelle une voiture dépasse le bus renversé, ses occupants apercevant Yuri & Co, évoque une scène très similaire dans le Fargo des frères Coen. Les références au Livre de Job énoncée par Paul Marrane rappellent, quant à elles, A Serious Man. On relèvera aussi que la chaîne qui relie les poignets de Nikki et Wrench fait aussi penser aux fugitifs de O’Brother.
  • Mais qui est Paul Marrane ? Son nom ne vient pas de nulle part. Il est inspiré de l’italien Jean-Paul Marana, auteur notamment de L’Espion turc (1684). Dans ce roman épistolaire en plusieurs volumes, l’auteur s’appuie notamment sur la légende du juif errant.
  • On l’avait pressenti mais avec cet épisode, le lien entre l’introduction de la saison (Berlin Est) et le personnage de Yuri est confirmé, notamment sa responsabilité dans la mort d’Helga Albrecht.
  • Parmi les vérités très variables de Varga (voir épisode précédent), l’histoire qu’il compte ici au sujet du soldat japonais (le lieutenant Hirō Onoda ) durant la Seconde Guerre mondiale est véridique. Voir son parcours sur l’île de Lubang (Philippines).
  • Après l’empoisonnement de Sy, Gloria mentionne brièvement le cas d’une victime russe. Il s’agit sûrement du réfugié politique Alexandre Litvinenko.

 

Musique :

On remarquera deux entrées dans cet épisode reliée à Faust. Rappelons que dans ce conte populaire – d’origine allemande –, Faust est un alchimiste qui fait un pacte avec le diable (Méphistophélès) pour exaucer ses vœux en échange de la damnation. Une belle illustration musicale pour accompagner la relation Emmit / Varga.

 

Liens (V.O.) :

  • Le chef opérateur de la série (ainsi que sur Legion d’ailleurs), Craig Wrobleski, évoque son travail pour le compte de Collider.
  • Et Noah Hawley fait le point, à ce stade de la saison, pour le compte d’IGN.

 


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FARGO (FX) épisode 3.08 Who rules the Land of denial?
Disponible chez nous sur Netflix.
Série créée par Noah Hawley.
Épisode écrit par Noah Hawley & Monica Beletsky.
Épisode réalisé par Mike Barker.
Avec Carrie Coon, Ewan McGregor, Mary Elizabeth Winstead, Goran Bogdan, David Thewlis, Michael Stuhlbarg, Olivia Sandoval, Russell Harvard, Ray Wise, Mark Forward, DJ Qualls et Andy Yu.
Musique originale de Jeff Russo.

Visuels : Fargo © MGM & FX

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