Récap : Mea Tulpa (Twin Peaks Part. 16 / Showtime / Canal Plus)

Récap : Mea Tulpa (Twin Peaks Part. 16 / Showtime / Canal Plus)

Note de l'auteur

Nous y voici ! Il n’y a guère plus que quelques centimètres qui nous séparent du précipice, de ce grand vide à même de nous étreindre la semaine prochaine, lorsqu’il faudra tenter d’accepter que Twin Peaks est à nouveau derrière nous. En attendant, Mark Frost et David Lynch ont fait les choses comme il faut, allant même jusqu’à distiller un cliffhanger pour clôturer cet épisode (artifice qu’ils avaient soigneusement évité jusqu’ici). La tension est donc à son comble pour un final (double forcément) qui nous tend les bras.

Attention : Ceci est un récapitulatif détaillé. Il s’adresse à un lecteur ayant vu ledit épisode !
Tous les récaps de cette saison 3 sont accessibles ici !

Ce seizième volet débute par un éclair ! Mais pas n’importe quel éclair. Un foudroiement meurtrier qui vient enlever la vie à un être néfaste, même si le piège s’est certainement refermé sur un autre que celui pour lequel il était destiné. Car le Cooper maléfique (Kyle MacLachlan) se doutait qu’il s’agissait d’une chausse-trappe et son choix d’envoyer son fils au casse-pipe met en évidence – si c’était encore nécessaire – l’étendue de toute sa malveillance.
Rétrospectivement, la désintégration de Richard (Eamon Farren) aura même une saveur risible lorsqu’on se souviendra que Mr. C. venait de le complimenter en affirmant qu’il le trouvait… brillant ! Une séquence d’autant plus grotesque qu’elle est observée par un Jerry (David Patrick Kelly) enfin arrivé à destination et persuadé que l’éclair avait été provoqué par ses jumelles…

– What the fuck kind of neighborood is this?
– People are under a lot of stress, Bradley.

La suite emprunte la même tonalité décalée. Comme on le pressentait, un rassemblement truculent s’est formé devant la résidence des Jones à Las Vegas. Après avoir disposé de Mr. Todd (Patrick Fischler) dans l’épisode précédent, Chantal (Jennifer Jason Leigh) et Hutch (Tim Roth) se sont donc placés en embuscade, non loin du domicile de leur cible suivante, mais pas de Dougie à l’horizon. Ils assistent au contraire à un ballet bigarré : un aréopage du FBI qui repart aussi sec tout d’abord, la limousine des Mitchum accompagnée d’un service traiteur et puis un drôle de monsieur (Jonny Coyne, non mais quel casting jusqu’au bout) dont on devine qu’il est comptable si l’on en croit l’inscription sur sa voiture. Sauf que ce dernier s’adresse directement aux Hutchens puisqu’ils stationnent, selon lui, devant l’entrée de son garage. La suite est un affrontement sous forme de surenchère sanglante et incontrôlée. Les Mitchum, ainsi que deux agents du FBI assistent sidérés – tout comme nous d’ailleurs – au trépas des Hutchens. Une fin de parcours franchement ironique pour le couple de tueurs très “Tarantinesque”.

Si les deux agents du FBI arrêtent le comptable dès qu’il en a terminé avec les Hutchens, les Mitchum (Jim Belushi et Robert Knepper), quant à eux, prennent bien soin de rester à l’écart. Le duo a un autre objectif : ils sont venus remplir le frigo de Janey-E (Naomi Watts) alors que les Jones sont à l’hôpital et ils seront au taquet par la suite pour aider Dale/Dougie à rejoindre Spokane avec leur jet privé dès qu’il les sollicitera.
Car Dale (Kyle MacLachlan) est enfin revenu à lui et il n’a plus de temps à perdre. Mike (Al Strobel) lui explique que son doppelgänger est toujours en cavale et lui remet la fameuse bague verte qui devra lui permettre de le ramener dans la loge.
Dale fait ses adieux à Bushnell (Don Murray), ainsi qu’à Janey-E et Sonny-Jim (Pierce Gagnon), en leur promettant de revenir. Mais la différence comportementale du « nouveau » Dougie étant telle, sa femme comprend bien que son homme est devenu un autre.
Bien que l’on se soit très longtemps préparé à son retour, Cooper surprend et nous revient augmenté de ce qu’il a vécu dans le costume de Dougie. L’urgence du récit ne nous laissera sûrement pas nous appesantir sur une éventuelle évolution de son caractère mais il est intéressant d’envisager, en plus de la compassion qu’on lui connaissait, un certain attachement sentimental qui lui faisait défaut.

I’m in the sheriff’s station… because… I’m not me.

Cooper de retour, en pleine possession de ses moyens, le thème musical original de la série et un “I am the FBI” prononcé avec cette assurance légendaire. Voilà de quoi percer durablement notre petit cœur qui n’attendait que ça ! Mais la suite ne nous laisse pas souffler. Du côté de Buckhorn, Diane (Laura Dern) se présente devant Cole (David Lynch), Tammy (Chrysta Bell) et Albert (Miguel Ferrer) avec une arme dans son sac à main…
La tension est palpable mais Diane choisit cet instant pour livrer sa confession. Lorsqu’elle avait revu Cooper, lequel avait débarqué en pleine nuit sans frapper, elle avait d’abord été heureuse de le revoir, avant de comprendre que quelque chose n’allait pas. Elle révèle avoir été violée par le Cooper maléfique mais son trouble va bien au-delà. Par la suite, il l’avait emmené dans une ancienne station service (tiens, tiens) et dès lors, son récit se disperse. Elle prétend être dans un poste de police… Elle prétend aussi ne plus être elle-même… Et c’est à cet instant qu’elle sort son arme. Tammy et Albert sont plus prompts qu’elle mais déjà, son corps se dématérialise.

Someone manufactured you.

Comme pour le Dougie primitif, on retrouve une entité de Diane dans la loge, face à Mike. Après une formule d’amabilité – dont elle a le secret – envers le manchot, elle est également réduite sous forme d’une bille dorée.
La double révélation concernant Diane fait son petit effet. On la savait forcément sous l’emprise du Cooper maléfique mais de là à deviner qu’il s’agissait d’un Tulpa (voir définition en part. 14), il y avait un monde (parallèle si je puis dire). Remarquez au passage que le concept du Tulpa nous a été dévoilé crescendo et en toute fin de saison. Ce n’est pas un hasard et le duo Frost/Lynch de ne pas nous perdre ainsi dans des considérations alambiquées d’une chasse au Tulpa forcément superfétatoire.

Mais là encore, pas question de reprendre son souffle. Le final allait s’avérer tout aussi surréel ! Il démarre pourtant à contre-pied. Alors qu’Audrey (Sherilyn Fenn) et Charlie (Clark Middleton) entre enfin dans l’enceinte du Roadhouse pour siroter un martini bien mérité en appréciant le talent d’Eddie Vedder sur scène, on croit pouvoir évacuer nos théories incessantes sur la situation de la première. Et puis, coup de théâtre ! Le Maître de cérémonie annonce la “danse d’Audrey” (voir rubrique musique ci-dessous), la piste se vide, Audrey danse et se laisse aller comme au bon vieux temps, avant d’être interrompue par une bagarre qui éclate dans le fond de la salle. Audrey se tourne vers Charlie mais nous voici déjà transportés ailleurs. Audrey fait face à un miroir dans une pièce à la blancheur éclatante ! Où se trouve réellement Audrey ?! Le générique de fin s’invite de manière implacable. Vivement le final…

En attendant, le grand enseignement de cet épisode concerne le retour – si longtemps espéré – du Cooper originel ! Quel pari de la part de Mark Frost et David Lynch que d’avoir mis sur le banc de touche le personnage emblématique de leur série durant la plus grande partie de ce retour. On ne peut pas faire symbole plus fort pour démontrer la volonté des deux hommes d’avoir voulu écrire une nouvelle histoire, loin de la nostalgie rampante entourant les attentes d’une partie du public. Au-delà de ce choix fort et de l’intense émotion qu’il procure avec cet épisode, il vient surtout couronner une narration qui nous aura ballottés comme rarement. Quand le choc sera retombé, il est inéluctable qu’une manne non négligeable des déçus de la première heure reviendra vers ce retour en admettant qu’il avait eu tort de ne pas avoir eu la patience d’apprécier à sa juste valeur ce tour de force renouvelé qu’est Twin Peaks.

 

 

Remarques :

  • Après la confirmation que Richard était bien le fils d’Audrey, le Cooper maléfique s’est chargé de nous faire savoir qu’il était bien le père du foudroyé (“Good bye my son”). Il faut dire que le comportement du « brillant » jeune homme ne laissait aucun doute quant à cette dernière parenté.
  • Le message du Cooper maléfique à Diane (“: – ) ALL.”) à pour but de lui réclamer l’intégralité des coordonnées (celles inscrites sur le bras de Ruth Davenport) qu’elle avait mémorisées – plus ou moins discrètement – à l’insu de Gordon et Albert. On peut supposer qu’elle avait envoyé un jeu incomplet dans un message précédent.
  • Diane laisse entendre ici que la relation entre elle et Cooper était un peu plus proche que professionnelle. C’est justement un détail à découvrir dans L’Autobiographie de l’Agent très Spécial Dale Cooper de Scott Frost (le fils de Mark) réédité récemment chez Michel Lafon.
  • La “danse d’Audrey” est bien sûr une reprise d’une séquence aperçue dès la saison 1. Le titre – emblématique – a bien sûr été composé par Angelo Badalamenti.

 

Mystères :

  • On peut se demander comment Cole parvient à entendre les arrivées de ses visiteurs, dans sa chambre d’hôtel, avant même qu’il ne frappe à la porte. Est-ce une des facultés de son dispositif auditif ou bien a-t-il tout simplement un sixième sens ?
  • Avec la multiplication des Tulpas, on cherche forcément à mieux comprendre ce processus. La question essentielle est la suivante : faut-il amener la personne d’origine dans la loge pour en faire un Tulpa ?
  • La mention de Janey-E précisant que l’on peut rester dans le coma durant des années est-elle une allusion à Audrey ? Est-elle celle qui rêve et vit dans son rêve ?

 

Théories :

  • Le fait que Diane exhibe son arme était peut-être téléguidé. On peut tout à fait imaginer que le Cooper maléfique lui avait enjoint de tenter d’abattre l’un des membres de l’équipe “Rose Bleue”.
  • Lors de sa conversation avec Mike après son réveil, Cooper lui demande d’en créer un « autre » et lui remet quelques cheveux qu’il vient de s’arracher. Il souhaite sûrement offrir à Janey-E et Sonny-Jim un Tulpa à même de le remplacer auprès de la femme et du fils de Dougie.
  • La grande théorie qui circule sur les réseaux cette semaine (je ne sais plus trop où je l’ai lue en premier, je dois bien l’avouer) est que la conscience de Diane aurait été projetée dans le corps de Naido. Cela expliquerait que Diane affirme se trouver au poste de police.
  • Puisque Diane était donc un Tulpa, on s’interroge forcément sur l’éventuelle présence d’autre doppelgängers. Le suspect numéro 1 est forcément Audrey, et d’autant plus après cet épisode. Rappelons qu’Audrey avait confié à Charlie ne plus être certaine d’être la même !

 

Musique :

  • American Woman par les Muddy Magnolias. Un remix de David Lynch lui-même déjà entendu dans la Part. 1 pour accompagner l’entrée en scène de Mr. C.
  • Out of Sand par Edward Louis Severson, nom véritable d’Eddie Vedder, chanteur de Pearl Jam.
  • Audrey’s Dance par Angelo Badalamenti. Titre issu du score original de la série. Au sujet de cette composition, Badalamenti explique que Lynch lui avait demandé quelque chose de “Beau-Terrifiant” !

 

 

TWIN PEAKS s03e16 « Part XVI » (Showtime)
Diffusée sur CANAL+SÉRIES les mardis (puis sur CANAL+ les jeudis).
Série créée et écrite par David Lynch et Mark Frost.
Épisode réalisé par David Lynch.
Avec : voir la liste très très longue !
Musique originale d’Angelo Badalamenti.

Tous les récaps de cette saison 3 sont accessibles ici !

Visuels : Suzanne Tenner/Twin Peaks © Rancho Rosa Partnership & Showtime networks

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