Récap : My Name is… (The Handmaid’s Tale 2.07 / Hulu / OCS)

Récap : My Name is… (The Handmaid’s Tale 2.07 / Hulu / OCS)

Note de l'auteur

Avec un nouveau rituel en ouverture d’épisode, The Handmaid’s Tale rappelle combien l’exercice de la propagande va de paire avec un goût affirmé pour l’apparat. Pour s’y opposer, il fallait un symbole et la série d’élever en rempart la vérité du prénom. Récapitulatif.

Attention : le texte qui suit est un commentaire détaillé ; il s’adresse à un.e lect.eur.rice ayant vu ledit épisode !

On avait quitté la série sur un final explosif (voir récap’ précédent) la semaine dernière. Ofglen, deuxième du nom (Tattiawna Jones), se faisait exploser au milieu d’une assemblée de commandants venus inaugurer le nouveau centre des servantes écarlates.
Le bilan de l’attentat est lourd. Ofsamuel (Jenessa Grant) évoque la mort de 26 commandants et 31 servantes. L’épisode avait débuté au préalable par une marche funèbre suivie d’une cérémonie assez spectaculaire durant laquelle les servantes couvertes de noir (et voilées) pratiquaient une chorégraphie circulaire autour d’une tante Lydia (Ann Dowd) en maîtresse de cérémonie grandiloquente. Le cérémonial est un peu trop huilé pour l’occasion et il est difficile de discerner si cette mise en scène pompeuse est volontairement assumée.

I wish I could give you a world without violence. Without pain.

Les conséquences de l’explosion sont multiples et June (Elisabeth Moss) s’en aperçoit dès le retour de l’enterrement alors que le bus des servantes traverse un quartier où tout le monde semble avoir été pendu arbitrairement par les gardiens en représailles. Dans les colonies, plusieurs condamnées, dont Janine (Madeline Brewer) et Emily (Alexis Bledel) sont embarquées brutalement sans qu’on sache exactement pourquoi. Et puis la dynamique du pouvoir est belle et bien ébranlée au sommet de Gilead. Waterford (Joseph Fiennes) se réveille bien affaibli sur un lit d’hôpital, Pryce (Robert Curtis Brown) est décédé et le commandant Cushing (Greg Bryk) a pris les rênes du pouvoir. Ce dernier annonce directement la couleur en allant cuisiner June au sujet de sa « fuite » vers le Canada. Elle corrobore la version des Waterford (qui prétendent qu’elle a été enlevée) mais Cushing n’y croit pas.

Du côté de Little America à Toronto, la diaspora est également très fébrile, notamment dans l’attente de l’identité des victimes. Moira (Samira Wiley) et Luke (O. T. Fagbenle) sont de ceux-là. Si le second garde un certain optimisme malgré l’incertitude qui entoure le destin de June, la première est submergée par l’émotion et profite d’être auprès des archives pour rechercher Odette (Rebecca Rittenhouse) qui fut un temps sa fiancée. C’est l’occasion d’une série de flash-back pour découvrir que Moira avait choisi d’avoir un enfant dans le cadre d’une gestation par autrui (GPA) pour un couple d’anglais. C’est à cette occasion qu’elle fera la connaissance d’Odette, sa gynécologue, et si on ne verra pas de séquences de vie commune avec les deux femmes, le désespoir de Moira lorsqu’elle identifie belle et bien le corps inanimé de son ancienne fiancée, témoigne de la force des sentiments qu’elles partageaient.

You know, you might get attached to the little fucker.

Serena (Yvonne Strahovski) se souvient aussi brièvement de sa vie pré-Gilead. Elle évoque avec June les vacances que les Waterford passaient avec les Cushing à Antigua. Aujourd’hui, ce dernier ne la fait plus rire, surtout s’il menace la sécurité de « son » futur enfant. Alors Serena prend les choses en main. Elle se sert de l’appui de Nick (Max Minghella) pour signer des décrets avec le paraphe de son époux. Alors qu’il s’apprêtait à débarquer chez les Waterford, Cushing est arrêté. Néanmoins, Serena ne veut pas s’arrêter en si bon chemin et prépare également de quoi mettre fin à l’état d’urgence qui régnait depuis l’attentat. Pour cela, elle demande à June de relire les décrets. Le geste est fort mais un autre événement symbolique va dominer cet épisode.

Alors qu’elle fait les courses parmi les étals du marchand de légumes en compagnie des autres servantes, June découvre que ses camarades condamnées ont été rappelées pour remplacer les victimes de l’attentat. Elle va alors être à l’origine d’une petite révolution contestataire au sein de l’ordre des servantes en disant tout simplement à Emily son vrai prénom. De servante à servante, les chuchotements vont se répandre et ainsi défier l’ordre établi qui leur imposait le renoncement de leur précédente identité. Le geste pourrait sembler mineur mais la mise en scène souligne avec emphase l’importance de sa signification. Nous voici à nouveau sur le chemin de la révolte !

I’ll need a pen.

La transmission du prénom restera très certainement comme un passage fort de la saison. Plus largement, l’importance de l’identité gouverne cet épisode puisque Moira est également confrontée à la recherche d’une proche dans des archives de victimes sans noms. À ce titre, cette recherche fait à nouveau l’effet d’une occasion manquée. Lorsque Moira est confrontée à l’éventuelle disparition de celle qu’elle aimait, on ne peut s’empêcher de penser aux victimes de l’esclavage ou de la Shoah qui occasionna de semblables recherches de proches. Une référence incontournable qui pointe le caractère rédhibitoire d’une posture fasciste incomplète, telle que représentée ici par Gilead.

Du reste, la réappropriation de l’écriture par Serena et June s’oppose de belle manière aux diktats, justement. On ne mesure pas vraiment l’absurdité d’interdire l’accès à la lecture et à l’écriture et la série nous signifie assez bien son importance en retour. Malgré tout, la mise en scène force un peu le trait en dressant un parallèle avec le déclenchement de la bombe d’Ofglen lorsque June appuie sur son stylo.

Une June, enfin, qui se retrouve de nouveau en pleine connivence avec Serena. Et la.e téléspectatrice.eur de s’interroger sur cette relation façon montagnes russes qui porte à bout de bras cette seconde saison tout en se reposant peut-être un peu trop sur ces actrices. Je signalais, à l’occasion de l’épisode précédent, combien leur talent s’imposait avec force mais le vertige d’un énième rebondissement dans les rapports de leurs personnages pourrait invalider leur travail, in fine. 

 

Musique :

  • L’épisode s’ouvre sur le My Life d’Iris DeMent. La ou le sériephile aura sûrement reconnu le vibrato particulier de cette chanteuse folk qui avait été retenue (Let the Mistery Be) pour illustrer le générique de The Leftovers à partir de la saison 2.
  • In the Same Room par Julia Holter lorsque Moira et June discutent GPA.
  • Et Venus par les Shocking Blue. On est plus habitué à la version de Bananarama sortie en 86 mais c’était alors une reprise du groupe néerlandais qui l’avait popularisée dès 69 !

 

Remarques :

  • Si les auteurs ont bien pris soin de placer Eden (Sydney Sweeney) chez le marchand de légumes durant la séquence qui voit les servantes s’échanger leur prénom, ce n’est certainement pas par hasard. Au jeu des prédictions, il ne serait pas étonnant que la femme de Nick opte pour un coup tordu…
  • Le retour des servantes condamnées aux colonies est un choix sinon absurde du moins désespéré ! Voilà des femmes que l’on a exposées à des sources toxiques et auxquelles on va de nouveau contraindre à procréer ?!
  • Indirectement, on comprend mieux comment Gilead s’est emparé de Moira pour en faire une servante. Sa grossesse pour une gestation par autrui n’était pas passée inaperçue.
  • Et puis l’indispensable point œnologie. Moira cherche un Malbec lorsqu’elle rencontre Odette dans le dernier flash-back. Il s’agit d’un cépage de vin (type de vigne). Outre-Atlantique, on met l’appellation en retrait (plutôt que de dire un Chablis, on préférera y parler d’un Chardonnay).

 

Liens :

  • L’auteure du roman original, la canadienne Margaret Atwood, ne se formalise pas de voir la série évoluer de ses propres ailes. Elle l’a confié lors d’un festival littéraire au Pays de Galles auquel assistait The Guardian.
  • Du côté du Hollywood Reporter, elle confie qu’elle fait passer quelques notes aux auteurs sur la base des scripts (elle précise notamment qu’elle ne voulait pas de bébé tué).
  • Pour Variety, Yvonne Strahovski explique qu’elle n’attend pas spécialement que du bonheur pour Serena !
  • Le showrunner de la série, Bruce Miller, était de passage à Paris. Il s’explique sur ses choix pour Sur Nos Écrans.

 


 

THE HANDMAID’S TALE (HULU) saison 2 en 13 épisodes,
Diffusée en US+24 et VM sur OCS depuis le 26 avril.
Épisodes 2.07 (After).
Série créée par Bruce Miller.
D’après le roman de Margaret Atwood.
Épisode écrit par Lynn Renee Maxcy.
Épisode réalisé par Kari Skogland.
Avec Elisabeth Moss, Ann Dowd, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Amanda Brugel, Alexis Bledel, Madeline Brewer, Nina Kiri, Jenessa Grant, Bahia Watson, Stephen Kunken, Greg Bryk, Max Minghella, O-T Fagbenle, Samira Wiley, Rebecca Rittenhouse, Krista Morin et Sydney Sweeney.
Musique originale d’Adam Taylor.

Visuels : The Handmaid’s Tale © MGM / Hulu

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