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#Recap : Où tout s’arrête et tout repart (X-Files S11, ép. 7, 4, 10 et 9 / FOX / M6)

#Recap : Où tout s’arrête et tout repart (X-Files S11, ép. 7, 4, 10 et 9 / FOX / M6)

Note de l'auteur

(c) Shane Harvey/FOX

Suite et fin de la diffusion en France de la 11e saison de X-Files. Où l’on trouve du bon (humour au rendez-vous), du mauvais (éteignez vos smartphones avant qu’il ne soit trop tard !) et, surtout, the épisode qui rachète tous les autres. [Attention, spoilers inévitables cette fois.]

Après deux samedis regroupant, comme à la belle époque de la Trilogie du samedi sur la même M6 (un format inauguré d’ailleurs par X-Files), trois épisodes de la 11e saison, ce sont les quatre restants qui sont diffusés d’un bloc ce samedi soir. Dans un ordre plutôt étonnant.

On commence en effet par l’épisode 7, où Mulder et Scully affrontent des machines du quotidien qui échappent à tout contrôle (humain, s’entend). On remonte ensuite le temps avec l’épisode 4, un de ces fameux scénarios humoristiques où les auteurs de la série s’amusent, jouent avec les codes des « dossiers classés X », la mythologie, la paranoïa, les monstres de tout poil. Puis, on revient (presque) à la chronologie classique, avec les deux derniers épisodes de la saison. « Presque », car M6 a choisi d’inverser les épisodes 9 et 10.

L’intention est évidente : la saison se clôt ainsi moins « violemment » que prévu (lire plus loin, mais attention aux spoilers !). À la fin de l’épisode 9 (et donc de la saison telle que diffusée par M6), Mulder et Scully conversent dans une église devant des bougies de prière. Leur discussion porte alors sur leur relation : sont-ils un couple ? Scully enchaîne sur ce qu’elle ressent comme des échecs (protéger leur fils, vivre avec Mulder). Mulder lui répond par sa propre présence et le fait qu’il est là pour elle, pour l’écouter. Elle lui murmure quelque chose à l’oreille (que l’on n’entendra pas). Mulder : « Je me suis toujours demandé comment ceci [leur couple ?] allait se terminer. » Puis il allume une bougie. Clap de fin.

On comprend pourquoi ce choix de l’épisode 9 pour boucler la saison. La note finale est positive, c’est une note d’espoir, un indice de renouveau, la promesse d’une tentative de vivre à nouveau ensemble, de tenter à nouveau de fonder une famille.

Mais cela ne cadre pas parfaitement avec l’épisode 10 si celui-ci est placé avant. Pour des raisons de filiations et de logique narrative, plus précisément. Car il y a cet élément nouveau (parmi une série d’autres) qui change totalement la donne dans les dernières secondes du 10e épisode.

 

Épisode 7 : les doigts dans la prise

Le S11E07 n’est pas brillantissime, à l’instar du S11E09. Il a ceci d’intéressant qu’il est presque muet. Dans un monde où l’automatisation est partout, Mulder et Scully sont confrontés à des machines du quotidien qui n’obéissent plus à leurs ordres : voiture autonome, domotique, alarme, restaurant de sushis sans serveurs, etc.

Au-delà de sa dimension performatrice, l’épisode ne recèle que peu d’intérêt. Le message est par trop évident (attention à l’automatisation, rien ne remplace l’humain, posez vos smartphones et parlez à votre voisin) pour avoir un poids quelconque. Un épisode vite vu, vite oublié.

 

Épisode 4 : de l’humour considéré comme l’un des beaux-arts

Tout commence par une référence à La Quatrième Dimension et à son 64e épisode (Will the Real Martian Please Stand Up ?) écrit par nul autre que le mythique Rod Serling. Un épisode que le « Reggie » du titre français, le 3e membre des X-Files dont le souvenir aurait été éradiqué de la mémoire de Mulder et Scully, assure à Fox qu’il n’existe pas. Tout serait dû à ce qu’il appelle « l’effet Mengele », qui serait le « vrai » nom de l’effet Mandela bien connu.

(c) Shane Harvey/FOX

Typiquement l’épisode humoristique où les scénaristes de X-Files excellent à revisiter, au second voire au troisième degré, les grands piliers de la série : paranoïa, mensonge d’État, extraterrestres, surnaturel, appétence pour l’incroyable alors que les vrais crimes sont commis dans l’indifférence générale. À force d’être ailleurs, la vérité se cache un peu n’importe où, dans une vieille vidéo de série télé fantastique, une boîte de jell-o… et surtout dans l’œil de celui qui la cherche.

Bref, un épisode très distrayant, dont l’ambition n’est pas d’amplifier la mythologie générale de la série, mais qui s’inscrit dans une belle liste de scénarios à l’humour un peu « hénaurme » et qui font, aussi, l’intérêt d’Aux frontières du réel. Une liste qui comprend, par exemple, Le shérif a les dents longues (Bad Blood en VO, S05E12), avec sa double narration plutôt contrastée, par Mulder et Scully, de faits identiques.

Il faut préciser que le titre original du S11E04 est The Lost Art of Forehead Sweat, autrement dit « l’art perdu du front en sueur », référence aux visages transpirants des séries dramatiques en noir et blanc.

 

Épisode 10 : l’épisode qui rattrape tous les autres

Épisode ultime de ce qui sera peut-être l’ultime saison de l’une des séries fantastiques majeures du 20e siècle (le 21e siècle lui a été moins favorable, il faut l’admettre), ce S11E10 est diffusé en France avant le S11E09. Il clôture pourtant brillamment une saison en demi-teinte (en quart-teinte serait plus exact mais ce n’est pas français apparemment).

Chris Carter a inscrit cette logique jusque dans le titre de l’épisode, My Struggle (« mon combat »), soit le même titre (avec le chiffre romain IV) que le premier et le dernier épisode de la saison 10, ainsi que du premier épisode de la saison 11. Un quadriptyque qui fonctionne parfaitement. M6 en a décidé autrement. Dont acte.

(c) Frank Ockenfels/FOX

Il y règne malgré tout l’élément essentiel de la série, qui répond à merveille au S11E01 : l’émotionnel. Carter a vite compris que la structure « mythologie/monster of the week » ne suffirait pas à tenir sur la longueur. D’emblée, l’émotionnel a occupé le cœur de la série. La relation entre Mulder et Scully, puis entre le duo/couple et son fils William. L’enlèvement puis la grossesse de Scully. Le rapport au père : Mulder et son père (le vrai ? le faux ?), Scully et le sien, William et les siens (Mulder ? l’Homme à la cigarette ?). Et qui est le père du nouveau bébé de Scully, révélé en fin d’épisode ? Et qui en est la mère ? Car peut-on croire aussi aisément, après tout ce que l’on a traversé avec eux, que Mulder et Scully en sont forcément les parents ? Rien n’est plus aussi simple dans X-Files, où un enfant ne peut même plus être sûr de l’identité de sa mère… La paranoïa poussée dans ses derniers retranchements. Il semble que ce soit un passage naturel (si pas obligé) de toute enfance : ce sentiment que nos parents ne sont pas nos parents.

Tout fonctionne jusqu’au bout autour de ce noyau familial contrarié. Ce n’est pas pour rien que Carter s’appuie sur ce motif pour renouveler le moteur narratif de X-Files : Scully apprend que le père « biologique » de William n’est pas Mulder mais l’Homme à la cigarette, et qu’elle-même, par certains côtés, n’en est pas la mère « biologique », puisque William est le fruit d’une insémination artificielle sauvage (un week-end de Scully avec l’Homme à la cigarette, où elle se réveille un matin, en pyjama et dans un lit, chez le Smoking Man, sans se souvenir de la nuit qui précède).

Elle avoue se sentir désormais davantage mère porteuse de William (« I carried him. And I bore him. But I was never a mother to him ») que mère biologique. Cela recouvre à la fois le fait que Scully n’ait pas élevé William (la maternité comme lien émotionnel tissé au fil des années) et ne soit pas sa mère naturelle (au sens où elle a été victime d’une fécondation artificielle forcée et cachée).

Ce lien émotionnel entre tous les personnages dépasse largement et en profondeur ce qu’on trouve habituellement dans les séries télévisées qui, parallèlement au thème général de la série (crimes et enquêtes, par exemple) et aux péripéties qui y sont liées, explorent la vie privée des personnages, leurs entrecroisements éventuels (qui couche avec qui), leurs séparations à répétition.

(c) Frank Ockenfels/FOX

Dans X-Files, cette quête émotionnelle du fils transcende tout ce que la série peut avoir de décevant. Elle importe même beaucoup plus que l’arc mythologique dont j’avoue avoir perdu le fil. Le message de Chris Carter semble celui-ci : peu importe le fait de savoir si, dans le monde que je dessine à travers X-Files, les extraterrestres ont bel et bien débarqué sur Terre et menacent de signer la fin de l’humanité. Ce qui compte, c’est l’amour entre un homme et une femme, et leur amour commun pour leur enfant.

Un enfant qu’ils se sont sentis contraints de mettre à l’écart et de cacher, même à eux-mêmes, pour le protéger contre les éléments maléfiques de leur monde. Un enfant dont ils conservent une photo dans leur portefeuille, auquel ils pensent chaque jour, en se demandant s’ils ont été courageux ou lâches, s’ils ont fait le bon choix ou celui de la facilité. Si, en agissant pour le mieux, ils n’ont pas provoqué le pire. Et si, en fin de compte, ils n’auraient pas dû choisir ce qui leur semblait alors la voie de l’égoïsme : garder l’enfant avec eux et le protéger de toutes leurs forces.

William n’est plus vraiment leur fils. Mais peut-être est-ce tout simplement parce qu’il est majeur et qu’il a quitté le cocon familial. William est autre (dans beaucoup de sens du terme), il leur est étranger (et continuera sa vie ailleurs, si l’on en croit la fin de l’épisode). Restent Mulder et Scully, et leur nouvelle vie de parents. En définitive, cela seul compte.

Leurs ultimes échanges sont lourds de sens :

Mulder : « For so long, I believed [jeu de mots sur « croyance » dans le fait qu’il était le père de William, et « croyance » du « I want to believe »]. What am I now if I’m not a father ? »
Scully : « You are a father. »
Mulder : « What are you talking about ? »
(Scully met la main de Mulder sur son ventre.)
Mulder : « That’s impossible. »
Scully : « I know. I know it is. It’s more than impossible. »

L’impossible n’est pas X-Files, et notamment les filiations impossibles. Et cette fin hautement positive aurait dû suffire à M6 pour programmer le S11E10 à sa place originelle. En apothéose émotionnelle d’une série qui, en fin de compte, n’est rien d’autre que cela.

 

Épisode 9 : l’épisode de trop ?

(c) Shane Harvey/FOX

Peut-être pas l’épisode de trop (quoique, du point de vue de l’histoire en tant que telle, il n’a quasiment aucun intérêt) mais certainement pas l’épisode final de la saison. On y voit un culte, promettant la jeunesse éternelle et la guérison des difformités physiques et des maladies incurables, démantelé par Mulder et Scully. Rien de nouveau sous le soleil.

Plus intéressantes sont les dernières minutes (ainsi qu’indiqué en ouverture de cette article), avec Mulder rejoignant Scully dans une église, devant des bougies de prières. Leur dialogue porte sur leur vie commune (un échec), notamment. Mais aussi sur la possibilité d’une nouvelle vie à deux, à mettre métaphoriquement en parallèle avec la jeunesse éternelle promise par le culte plus tôt dans l’épisode.

Reste que ce scénario a été écrit dans l’idée de servir d’introduction au S11E10, comme une montée dans la tension avant l’ultime feu d’artifice narratif. Bref, on ne saurait trop recommander de regarder les épisodes dans l’ordre originel. La construction n’en est que plus logique. En attendant de voir si le futur nous apporte une 12e saison…

X-Files saison 11 en 10 épisodes
diffusée sur Fox depuis le 3 janvier et sur M6 du 7 au 21 avril
Série développée par Chris Carter
Épisodes écrits par Chris Carter, Glen Morgan, Darin Morgan, etc.
Épisodes réalisés par Chris Carter, Glen Morgan, Darin Morgan, etc.
Avec Gillian Anderson, David Duchovny, Mitch Pileggi, etc.

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