#Recap Singularité et continuité (Fargo 3.01 / FX / Netflix)

#Recap Singularité et continuité (Fargo 3.01 / FX / Netflix)

Note de l'auteur

Fargo est de retour après un hiatus de 18 mois. Il faut préciser que son créateur – Noah Hawley – est désormais très occupé, puisqu’il a trouvé le moyen d’intercaler Legion (à ne pas manquer chez nous sur OCS) qui vient d’achever sa diffusion sur la même chaîne (FX).
Après une saison 2 brillante, Fargo revient avec un environnement forcément plus balisé pour le téléspectateur qui a désormais ses repères dans ce Minnesota de fiction. Fargo est-elle toujours en mesure de nous surprendre ? Réponse avec ce récap détaillé.

Attention : Ceci est donc un récapitulatif détaillé. Il s’adresse à un lecteur ayant vu ledit épisode !

L’épisode s’ouvre justement par un prologue assez inattendu. Nous sommes à Berlin Est en 1988 pour un court traveling qui débute à l’intérieur d’un micro (une transition depuis Legion ?) et va nous amener vers un paysage hivernal encadré au fond de la pièce. Entre les deux, un interrogatoire durant lequel on retrouve l’acteur allemand Sylvester Groth, qui tient un rôle assez proche de celui qu’il tenait dans Deutschland 83 d’ailleurs. Il accuse un certain Jacob Ungerleider d’être en fait Yuri Gurka et d’avoir tué une certaine Helga Albracht par strangulation avant de l’abandonner sur les rives de la Spree. Sale affaire mais nous en resterons là pour l’instant, le Minnesota nous attend.

“We are not here to tell stories, we are here to tell the truth.”

Nous voici à Eden Prairie circa 2010 pour faire la connaissance des frères Stussy (interprétés par le même Ewan McGregor). Emmit est le “roi des parkings du Minnesota” et Ray un bien plus modeste contrôleur judiciaire. On comprend rapidement que ces deux-là ne sont pas sur la même longueur d’onde. Alors qu’Emmit fête ses vingt-cinq ans de mariage, Ray vient quémander de quoi offrir une bague à sa nouvelle conquête : Nikki Swango (quelle trouvaille à nouveau que ce nom). Leur différend semble remonter à une histoire de timbre à deux centimes, lequel est encadré dans le bureau d’Emmit.

“Yeah, Ray, Jeez. Don’t take offense.”

Mais revenons à Nikki qui nous permet de retrouver Mary Elizabeth Winstead (déjà très bien récemment dans Mercy Street et BrainDead). Outre le fait que Ray est censé “contrôler” sa liberté surveillée, elle a la particularité d’être une joueuse de bridge invétérée. Elle trouve chez Ray une complicité évidente (“Simpatico”) et lui fait entrevoir un succès assuré par les cartes. C’est une relation assez originale et d’emblée sincère qui relie ces deux personnages, même si – on le devine déjà – les événements vont se compliquer pour eux.

Du côté d’Eden Valley, on fait la connaissance de Gloria Burgle (Carrie Coon), chef de la police locale, élevant un fils et s’occupant d’un beau-père porté sur la bouteille, lui-même gérant d’une supérette. On apprend que l’ex de Gloria vit désormais avec un homme et qu’elle est invisible pour les détecteurs de portes automatiques.

Qu’est-ce qui va réunir les Stussy avec la famille de Gloria ? Un olibrius pas très futé du nom de Maurice (le Scoot McNairy de chez Halt and Catch Fire) ! Ray lui promet de perdre opportunément un contrôle urinaire défaillant si le très « aérien » Maurice se charge de récupérer discrètement le fameux timbre trônant chez Emmit. Mais ce dernier égare l’adresse et se présente, en lieu et place du domicile d’Emmit, chez Ennis Stussy qui se trouve être le beau-père de Gloria.

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L’engrenage est en marche et chacun tente de briller au mieux dans l’art de couvrir ses traces. Maurice ne fait nullement illusion lorsqu’il ramène à Ray les mauvais timbres en annonçant qu’il a dû se débarrasser du vieil homme. Plus créatifs, Nikki et Ray imaginent la chute accidentelle du climatiseur lorsqu’il s’agit de se débarrasser du même Maurice, devenu maître-chanteur.

“In the Olympics, that’s bronze”

Quel destin pour le couple Nikki/Ray ? Seront-ils poussés aux mêmes extrémités que Peggy et Ed en saison 2 ? Et quid de cet étrange V. M. Varga, “l’investisseur” peu loquace qui semble avoir parasité les affaires d’Emmit ? Enfin, Gloria saura-t-elle démêler les affres du destin si particulier dans cette région du Minnesota ?
De toute évidence, les repères « Fargoesques » sont à l’œuvre dès ce début de saison. Le couple qui fait les mauvais choix, la policière bienveillante et une présence mafieuse en toile de fond signalent une construction attendue, voire prévisible.

L’exécution reste toutefois remarquable et très au-dessus de la moyenne. Parallèlement, le caractère loufoque assumé n’enraye en rien une certaine réalité sociale. Fargo n’a pas vocation à exprimer une revendication politique mais elle établit, avec justesse, des parcours confrontés aux difficultés économiques et sociales qui s’y rapportent. Une approche qui sera peut-être un peu plus prégnante cette saison du fait de l’époque plus proche de la nôtre. À ce titre, Noah Hawley expliquait que le choix de 2010 relevait justement de sa situation post crise financière. L’enjeu macro-économique devrait donc infuser les épisodes à venir.

Mais, au-delà des attentes entre poursuite et démarcation de l’œuvre, le simple plaisir de retrouver cet esprit malicieux du malentendu – si cher aux frères Coen – suffit amplement à enjouer le téléspectateur. L’imbroglio d’adresses est au cœur de l’épisode (le prologue berlinois, l’anecdote avec le femme d’Emmit et l’erreur de Maurice). Seule la suite de la saison nous dira si Noah Hawley a su créer un nouvel arc aussi attrayant que le précédent. L’esprit, quant à lui, semble être au rendez-vous.


Cartographie :

L’action se partage entre Eden Prairie et Eden Valley, avouez que ça porte à confusion, Maurice pourra en témoigner. Les deux bourgades – du Minnesota – existent bel et bien mais ne sont pas si proches que cela puisque Google Maps annonce un trajet d’1h30 en voiture les séparant. Surtout, elles sont implantées dans des milieux très distincts puisque Prairie est située dans la grande banlieue de Minneapolis et Valley se trouve au milieu de nulle part, non loin de St Cloud, laquelle se trouve sur le chemin reliant Minneapolis à Fargo (tiens, tiens).

 

Remarques :

  • Bienvenue dans cette série de récaps de Fargo. L’exercice est toujours un peu particulier, donc vos commentaires sont, plus que jamais, les bienvenus. Un petit peu de retard cette semaine pour le premier épisode mais le rythme devrait suivre ensuite. N’hésitez pas non plus à compléter de vos observations. Fargo est une mine d’or !
  • Comment ne pas commencer par le timbre ! On y voit un homme poussant un gros rocher en haut d’une montagne. C’est une référence évidente à l’épisode 3 de la saison 2 intitulé Le mythe de Sisyphe issu de la mythologie grecque.
  • Lorsque Nikki et Ray participent au concours de bridge, un de leurs adversaires mâchonne un cure-dents en faisant le coq dans une chemise personnalisée qui évoque le personnage de Jesus (John Turturro) dans The Big Lebowski. La scène du bain aux chandelles rappelle également une scène très similaire avec le fameux « dude ». Et puis Maurice qui tente de jeter son joint par une vitre fermée est aussi un grand classique de Lebowski.
  • Le calendrier veut que Carrie Coon se dédouble puisqu’en plus de ce rôle dans Fargo, elle est aussi à l’affiche de la troisième et dernière saison de The Leftovers. De manière assez étonnante, ses deux personnages ont en commun d’avoir une relation compliquée avec les machines, allez savoir pourquoi.
  • La supérette « Red Owl » est une authentique chaîne de magasins quoique déclinante. C’est surtout une référence au film A Serious Man des Coen dans lequel la franchise apparaissait.

 

Musique :

La musique tient une grande place dans Fargo. C’était déjà le cas grâce au travail emblématique de Carter Burwell – compositeur fétiche des frères Coen – pour le film original. Et tout comme la série de manière générale, Jeff Russo a repris la substance du long métrage pour créer sa propre ambiance en étendant singulièrement son spectre. Son travail sur les percussions en particulier est remarquable.
Et puis, outre ses compositions originales, Fargo est rehaussée d’une supervision musicale très soignée. Noah Hawley – qui a une formation de musicien – a démontré toute l’importance qu’il accordait aux ajouts sonores (et Legion vient d’en faire la preuve à nouveau). C’est Maggie Phillips qui est en charge de la supervision depuis la saison 2 et le retour de la série à une époque plus moderne n’a en rien altéré une sélection définitivement éclectique. Jugez plutôt :
Kukushka par Ural Cossacks Choir & Oeral Kozakkenkoor
Swing de Paris par Django Reinhardt avec le Quintette du Hot Club de France
Crazy on You par Heart
Moanin par Jon Hendricks, Dave Lambert, Annie Ross
Prisencolinensinainciusol par Adriano Celentano
Oskus Urug par Radik Tyulush
S.O.B. par Nathaniel Rateliff & The Night Sweats

 

Liens (V.O.) :

  • Mary Elizabeth Winstead (Nikki) évoque pour TVLine combien elle est en admiration devant le travail de Noah Hawley qui souhaitait déjà l’avoir dans Fargo les saisons précédentes.
  • David Thewlis (Varga) présente son personnage énigmatique dans un entretien chez Collider.
  • Carrie Coon explique pour IGN combien elle se trouve proche de son personnage. Son portrait dans Vulture est très recommandé aussi.
  • Et Noah Hawley himself donne quelques clés pour le début de cette saison auprès de THR.

 


FARGO (FX) épisode 3.01 “The Law of Vacant Places”
Disponible chez nous sur Netflix chaque jeudi.
Série créée par Noah Hawley.
Épisode écrit et réalisé par Noah Hawley.
Avec Ewan McGregor, Carrie Coon, Mary Elizabeth Winstead, David Thewlis, Michael Stuhlbarg, Scoot McNairy, Scott Hylands, Sylvester Groth, Fabian Busch, Dan Wilmott, Graham Verchere et Linda Kash.
Musique originale de Jeff Russo.

Visuels : Fargo © MGM & FX

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