Récap : The will of God (The Handmaid’s Tale 2.08 / Hulu / OCS)

Récap : The will of God (The Handmaid’s Tale 2.08 / Hulu / OCS)

Note de l'auteur

Que signifie concrètement le basculement de notre société vers un régime sectaire ? Au-delà des personnages centraux qui constituent The Handmaid’s Tale, on ne peut pleinement saisir l’absurdité de cette dystopie que lorsqu’on assiste, comme dans cet épisode, à l’exemple d’une femme tout simplement privée d’exercer son métier. En quelques scènes la concernant, la série démontre son caractère nécessaire. Récapitulatif.

Attention : le texte qui suit est un commentaire détaillé ; il s’adresse à un.e lect.eur.rice ayant vu ledit épisode !

On avait quitté June (Elisabeth Moss) alors qu’elle s’apprêtait à faire usage d’un stylo (voir récap’ précédent), une révolution ! On l’avait surtout laissée alors qu’elle travaillait de concert avec Serena (Yvonne Strahovski) pour assurer l’intérim (et plus si affinités…) d’un commandant encore alité sur un lit d’hôpital.
En ce début d’épisode, l’improbable duo se porte comme un charme. Mais elles ont parfaitement conscience que leur association est éphémère. Waterford (Joseph Fiennes) est sur le point de retrouver son bureau et d’en chasser les deux femmes.

I do detest truly Knitting. To be Frank.

Et c’est littéralement ce qui se produit : Serena prépare un comité d’accueil et accompagne son mari jusque dans son bureau en lui annonçant fièrement tout ce qu’elle a préparé pour ses prochaines échéances, mais le commandant l’écoute à peine et la congédie prestement. Le désarroi de sa femme est d’autant plus saisissant qu’elle s’est montrée magnanime et reconnaissante envers June. Nous n’avons jamais été aussi prêts de la trouver juste dans son attitude et ses choix.

Avec le retour du commandant, Nick (Max Minghella) revient également dans ses appartements. Eden (Sydney Sweeney) est ravie, Nick moins. Mais leur relation va forcément s’égayer au contact d’un nouveau coup de peinture (Jaune)… ou pas. Seulement voilà, le gardien/espion n’a sans doute pas bien mesuré les conséquences de la présence de sa nouvelle compagne chez lui. Il est brutalement rappelé à cette réalité lorsqu’il découvre qu’elle a trouvé les lettres des servantes destinées à la résistance qu’il avait dissimulées !

Happy home, happy husband.

Privée d’accès au bureau du commandant, Serena n’a pas vraiment le temps de se morfondre. Angela/Charlotte, la fille des Putnam (Ever Carradine et Stephen Kunken) dont Janine (Madeline Brewer) est la mère, souffre de maladie et doit être transportée à l’hôpital. Alors que les servantes font leurs emplettes chez le marchand de légumes, June se garde bien d’en parler à Janine, mais cette dernière l’apprend tout de même par une autre, moins scrupuleuse. Il faut toute la persuasion de June pour empêcher Janine de dégoupiller.
De son côté, Serena veut tout tenter pour guérir l’enfant ; vous ai-je déjà dit que cette femme était finalement admirable ?! Elle demande conseil à June et décide de solliciter son mari pour qu’il permette la venue d’un spécialiste pour diagnostiquer l’enfant. Mais le pédiatre en question à un gros défaut aux yeux du commandant : c’est une femme !

Le commandant ne veut donc rien savoir. On imagine alors que les choses vont en rester là, mais Serena ne l’entend pas de cette oreille ; pendant tout ce temps, nous avions une héroïne sous les yeux sans le savoir ! Elle fait en sorte que Janine puisse venir à l’hôpital, auprès de son enfant, ce qui ne fait pas spécialement plaisir à Naomi Putnam ni à tante Lydia (Ann Dowd) au passage. Et puis surtout, elle s’est arrangée pour passer outre l’accord de son époux et fait escorter la martha ex-pédiatre de choc, qui n’en croit pas ses yeux (et nous non plus d’ailleurs).
La spécialiste ne trouvera pas de traitement miracle, mais l’action de Serena est pour sa part un fantastique coup porté au cancer qu’est Gilead !

I asked you to be my conduit, not my voice.

Enfin… temporairement, car pendant ce temps-là le commandant a retrouvé ses esprits et comprend que les choses ont changé sous son toit pendant son absence en découvrant dans la chambre de June les cadeaux de remerciement offerts par sa femme.
Lorsque Serena et June sont de retour, le commandant les convoque et décide rien de moins que de flageller sa femme avec sa propre ceinture sous le regard de la servante complice. Plus tard, June tentera de réconforter sans succès l’humiliée, avant d’offrir des excuses de façade à celui qui se veut le maître de maison.

L’issue est dramatique, mais l’épisode se termine sur une note d’espoir puisqu’Angela/Charlotte semble guérir miraculeusement après avoir passé la nuit dans les bras de sa mère biologique : une Janine au septième ciel !

Dans un épisode dépourvu de flash-back et d’apartés dans la « petite amérique » canadienne, The Handmaid’s Tale choisit une nouvel fois le principe de l’ascenseur émotionnel. Après l’entente cordiale entre Serena et June, il ne fait nul doute que cette accalmie va voler en éclats suite à la punition administrée par le commandant. Néanmoins, c’est une autre scène qui suscite l’émoi. L’émotion qui émerge dans le regard de la docteure Hodgson (Karen Glave) lorsqu’elle troque ses habits de martha pour ceux d’une spécialiste en néonatalogie, l’intensité de son bouleversement alors qu’un homme lui transmet un stéthoscope. Voilà qui secoue profondément téléspectatrice et téléspectateur à travers cette séquence ô combien remarquable (et arrache accessoirement quelques larmes à l’auteur de ses lignes).

En regard de ce coup d’éclat, il y a le refus catégorique du commandant d’autoriser cette martha à endosser son précédent métier. Pour schématiser, il préfère renoncer à sauver un enfant, la denrée si précieuse de son régime, plutôt que de voir une femme exercer à nouveau une profession. Avant les faits, il n’est nullement question de sa position d’autorité et son choix est uniquement défendu par une position théologique. Lorsqu’il punira Serena, il aura également le réflexe d’aller chercher sa bible, truffée de marque-pages pour bien stigmatiser sa méconnaissance de l’ouvrage sur lequel il se réfère pourtant.
Au-delà de ce ressort dramatique, on oublierait parfois que l’absurdité de la secte patriarcale des « fils de Jacob » à pour origine la religion. Cette position de Waterford (et le châtiment qui en découle) rappelle la dimension sociopolitique et le propos acerbe de Margaret Atwood (parfois dilué dans la série) à l’encontre des croyances chrétiennes, au premier rang desquelles la supposée supériorité de l’homme sur la femme.

Qu’attendre de la suite ? L’attitude de Serena dans cet épisode est indéniablement un choix audacieux de la part des auteurs. Ils franchissent ainsi « le Rubicon » en ce sens que le retour vers une Mrs. Waterford sévère et revancharde n’aura plus désormais la même teneur et/ou intensité. De prime abord, on serait tenté d’encourager un front féminin uni, mais est-ce là le meilleur destin d’un point de vue dramatique pour la série ? Rappelons que ce n’est pas la tendance du roman d’Atwood qui privilégie souvent l’opposition entre femmes justement.

 

Musique :

  • Easy sur la face B d’un album vinyle des Commodores (Motown) en ouverture d’épisode.
  • Rain Sometimes par Penny Goodwin.
  • I Only Want to Be with You par Dusty Springfield chanté par Janine à son enfant.

 

Remarques :

  • Serena remercie June en lui remettant une boîte à musique accompagnée d’une rose. Rappelez-vous, c’est une boîte qu’elle lui avait déjà offerte en saison 1 (ép. 8) avant de la lui reprendre. Le symbole est fort dans la réconciliation.
  • La citation suivante : “Someone once said, men are afraid that women will laugh at them. Women are afraid that men will kill them.” Serait de Margaret Atwood herself !
  • La question qui tue : Eden sait-elle lire ?!
  • Au jeu des prédictions pour cette semaine, la future visite du Commandant au Canada offre de plausibles spéculations. On sait par Luke que les Anglais et les Canadiens ont des troupes à la frontière avec Gilead. Se pourrait-il que le déplacement (ou son impossibilité) précipite un conflit ?!

 

Liens :

  • Amanda Brugel interprète Rita qu’on aimerait voir prendre un peu plus d’épaisseur et répond à quelques questions du côté de Salon.
  • Pour Syfy Wire, Max Minghella (Nick) explique comment son personnage véhicule de l’espoir.
  • La costumière Ane Crabtree décrypte son travail sur la série pour The Establishment.
  • Pour Billboard, Kari Skogland évoque la mise en scène de la série (elle réalise notamment cet épisode).
  • Et puis Yvonne Strahovski (Serena) décrit comment elle a abordé sa performance pour cet épisode particulier en ce qui la concerne pour le compte du Hollywood Reporter.
  • Enfin, l’excellente Madeline Brewer (Janine) commente la tonalité de la série pour Elle.

 


 

THE HANDMAID’S TALE (HULU) saison 2 en 13 épisodes,
Diffusée en US+24 et VM sur OCS depuis le 26 avril.
Épisodes 2.08 (Women’s Work).
Série créée par Bruce Miller.
D’après le roman de Margaret Atwood.
Épisode écrit par Nina Fiore et John Herrera.
Épisode réalisé par Kari Skogland.
Avec Elisabeth Moss, Ann Dowd, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Amanda Brugel, Alexis Bledel, Madeline Brewer, Nina Kiri, Jenessa Grant, Bahia Watson, Ever Carradine, Stephen Kunken, Max Minghella, Karen Glave et Sydney Sweeney.
Musique originale d’Adam Taylor.

Visuels : The Handmaid’s Tale © MGM / Hulu

Partager