Rectify, le retour du condamné (Bilan de la saison 1)

Rectify, le retour du condamné (Bilan de la saison 1)

Note de l'auteur

Daniel Holden, dans sa cellule

Daniel Holden est un homme de 37 ans qui a passé 20 ans dans le couloir de la mort à attendre son heure. Libéré grâce à un détail technique, il retourne auprès de sa famille: sa sœur Amantha qui a toujours été là pour lui, sa mère, et son demi-frère, Ted. Sauf que la ville entière est persuadée de la culpabilité de Daniel. Et que la famille de ce dernier a l’impression de retrouver un étranger.

Rectify est autant un pamphlet contre le système pénal américain que Banshee. Ce n’est pas le sujet, ce n’est pas l’ambition de cette série. Rectify prend son temps pour nous montrer, étape par étape, le retour d’un homme qui se pensait mort à l’état d’être vivant. Pendant 20 ans, Daniel Holden s’était fait une raison, fait à l’idée que oui, il allait mourir. 20 à se préparer, pour au final, se retrouver dehors.

En prison, il s’était construit une routine. Une rengaine rassurante, complètement lénifiante, qui lui permettait de ne pas souffrir de l’horreur de la situation. De retour dans le monde réel, la routine a explosé. Il le dit lui-même dans la série: tout ce qui semble tenir de la routine pour les autres est surprenant pour lui. Et être constamment surpris fatigue, épuise, désarçonne.

L’approche de Ray McKinnon, acteur bien connu de ceux qui suivent Deadwood et Sons of Anarchy est totalement poétique, pas du tout polémique. Sa façon de nous montrer le couloir de la mort est une vision de la finalité. Chaque détenu est cloîtré dans sa cellule, comme engoncé dans un cercueil. Un état stationnaire entre la liberté et le décès.

Daniel Holden, quand il revient dans sa ville natale, est un personnage totalement Burtonnien. Une vision pessimiste et sombre de l’univers du réalisateur d’Edward aux mains d’argent, certes, mais qui possède la même façon de fonctionner. Daniel est un ‘freak’, qui fait peur au habitants de la ville, ou qui les fascine, c’est selon. Certains, on les imagine presque prendre fourches et torches brûlantes pour aller au domicile de Daniel et exiger qu’il parte. Métaphoriquement, c’est d’ailleurs ce qui se passe.

Daniel, en sortant de prison, surpris par la prévenance de son ex-geôlier

Daniel est brisé par son passage en prison. Et surtout, il n’agit pas comme un être humain normal au contact des autres. Tantôt à nos yeux innocent, coupable, sain d’esprit, fou à lier… Daniel passe par tous les états, et nous aussi, en tant que téléspectateurs. L’autre souci de Daniel, c’est qu’au cœur, il est toujours un gamin de 17 ans. Au contact de son autre demi-frère Jared (qui a autout de 18 ans), il a l’impression de se voir dans un miroir. Avec lui il va partager un film dans sa chambre, faire du vélo dans un skatepark… des trucs d’ados.

Daniel possède l’esprit d’un gamin de 17 ans anesthésié par 20 ans d’enfermement et de contemplation de l’heure de sa propre mort. 20 ans où il a subit les sévices qu’on est en droit d’attendre de la prison (et dont il fait part à Ted dans une scène aussi glaçante qu’émouvante). 20 ans à se créer un ami dans le couloir de la mort, avec qui il faisait des jeux pour tuer le temps. 20 ans à vivre au ralenti.

Le chemin spirituel de Daniel est assez particulier. Son premier réflexe en sortant de prison est de dormir. Longtemps. Puis vient le temps d’interagir avec les autres. Sa famille, d’abord. Puis les habitants de la ville, au cas par cas. A la bienveillance des uns (son beau-père, sa belle-sœur, la gérante du salon de coiffure) se succède la suspicion des autres, épuisante, et qui n’amène rien.

Car Recitfy, et ça on peut le dire sans rien risquer, n’affirme rien dans sa première saison. A nous de nous faire notre propre idée sur la culpabilité de Daniel. Meurtrier déviant ou victime brisée ? On ne saura pas clairement, même si certaines scènes donnent des indices assez importants.

Amanthan Holden et l’avocat de son frère

L’écriture de Ray McKinnon est de bonne facture, l’ensemble est bien construit, laissant la part belle aux moments poétiques, voir oniriques. Comme la scène du skatepark, où l’on voit Daniel un léger sourire sur le visage, faisant des tours de vélo. Ou celle du voyage initiatique avecun voleur de chèvres joué par W. Earl Brown. Voyage qui a tout d’un rêve éveillé. Ou la scène du coussin, que Daniel explose pour regarder les plumes voler.

La série est souvent contemplative, rarement esthétisante. La difficulté de Rectify, c’est d’être une série qui ne doit pas mettre en scène un propos ou une intrigue, mais un état d’esprit : celui de Daniel Holden. Un homme dont on ne sait rien au début, qu’on suit 6 épisodes durant, mais dont on ne saura au final pas beaucoup plus au final. A chacun de se faire son idée sur lui au final.

Aden Young est incroyable dans ce rôle, réussissant à donner vie à un personnage bourré de contradictions. C’est assez surprenant de voir à quel point Aden a calqué son jeu sur le créateur de la série, Ray McKinnon. Sans avoir les mêmes spécificité physique, Aden partage avec McKinnon le sens du sous-jeu, de tout faire passer par le regard, et une douceur dans le timbre de voix. Mimétisme auteur/acteur ou casting juste, peu importe. C’est réussi.

Magnifique Abigail Spencer

Le reste du cast est à la hauteur, mention spéciale à Abigail Spencer, qui joue le rôle de la sœur de Daniel. Elle est le contrepoint réaliste du récit, ancré dans la terre, rationnelle. Et elle est d’une beauté incroyable, pour ne rien gâcher.

Rectify possède cependant quelques longueurs. Certaines pistes restent sans résolution, certaines actions sans réaction. Elle est absolument parfaite sur Sundance Channel, qui diffuse la série aux Etats-Unis. La chaîne du cinéma indé offre une série qui lui ressemble, menée par des personnages, éloignée de l’intrigue, avec une forme qui tranche.

Une série qu’on vous conseille, forcément, et qui s’est vue offrir une saison 2.

RECTIFY, Saison 1 (Sundance Channel)

Créée et showrunnée par Ray McKinnon

Avec : Aden Young, (Daniel Holden), Abigail Spencer, (Amantha Holden), J. Smith-Cameron, (Janet Talbot), Adelaide Clemens, (Tawney Talbot), Clayne Crawford, (Ted Talbot Jr.), Luke Kirby, (Jon Stern)

Retrouvez dans ces pages notre entretien avec Aden Young, réalisé au Festival de la Télévision de Monte-Carlo.

Partager