Red Widow : une maman dans la mafia ? (critique du pilote)

Red Widow : une maman dans la mafia ? (critique du pilote)

Note de l'auteur

Marta Walraven (Radha Mitchell) et Christian Schiller (Goran Visnjic). Photo ABC

Adaptation d’un projet néerlandais, le premier épisode du nouveau drama d’ABC surprend très agréablement: il remplit tous les objectifs d’un bon pilote en posant des personnages solides et  en développant un récit maîtrisé. Est-ce que ça peut suffire pour ne pas tomber dans les travers de la série parano (oui : c’en est une. Encore) ? On croise les doigts.

Dans la vie de Marta Walraven (Radha Mitchell), rien ne compte plus que sa famille. Installée en Californie, cette mère de trois enfants, mariée à Evan, un entrepreneur spécialisé dans l’import-export maritime (Anson Mount, méconnaissable en faux surfer sur le retour très moche – 1), est aussi la fille d’Andrei Petrova, un des pontes de la mafia russe locale. Si elle n’ignore rien des réalités du business familial (qui emploie Evan), elle reste déterminée à tenir ses enfants loin des affaires du clan Petrova. Jusqu’au jour où  ces affaires ne s’invitent dans la cour de sa maison, et que l’on mette trois balles dans le buffet de son mari. Ce qui oblige Marta à rentrer, bon gré mal gré, dans l’arène.

Disons les choses tout net : j’ai beaucoup aimé ce pilote. A mes yeux, c’est le meilleur diffusé sur un network en 2013. Si j’étais mauvaise langue, je dirais que ça m’a beaucoup plu parce que ce n’est pas un vrai projet américain : Red Widow est effectivement l’adaptation de Penoza, drame néerlandais (2) qui compte deux petites saisons de huit et dix épisodes, et qui a été adapté pour ABC par Melissa Rosenberg (The OC, Dexter et trois scripts de la saga Twilight au ciné).

Evan Walraven (Anson Mount) écoute Irwin Petrova (Will Traval) : « Je pense qu’avec cette coupe de cheveux, tu vas te faire descendre par des coiffeurs ». Photo ABC

Est-ce que c’est pour ça que « l’effet tiède » qui caractérise toute une série de pilotes de cette saison ne se fait pas trop sentir ce coup-ci ? Peut-être. En tout cas, ce n’est surtout pas parce que certains y voient un « wannabe Breaking Bad » (les références, c’est comme le plutonium : ça se manipule avec une extrême prudence). Ce qui m’a en fait séduit, c’est le mix « histoire de Millefa/histoire de mafia » (oui, c’est du rap. Oui, c’est de l’a-peu-près. Non, je ne suis pas super fier), qui marche bien dans ce premier épisode.

Il y a plusieurs raisons à ça : la première, c’est que plusieurs personnages sont, dans l’ensemble, assez bien développés dans les deux dimensions… et que certaines scènes sont diablement efficaces. Je pense notamment à celle qui réunit Andrei Petrova, le grand chef, et Boris, son plus jeune petit-fils après le drame. Le vieux briefe le gamin sur ce qu’il doit dire à la police (il a été témoin d’un meurtre) et si jusqu’alors, sa dimension « big boss » ne ressortait pas trop, elle se retrouve avec force sur le devant de la scène. Avec un garçon de six ou sept ans. Ce qui marche plutôt bien.

La distribution de Red Widow, sur un port qui fait peur (presque autant que la séance de retouche photo qui va avec). Photo ABC

Ramenée à ce qu’elle a toujours été (une fille de mafieux) à cause de son jeune frère Irwin, déterminée à rester ce qu’elle est (une mère, soucieuse du bien-être de ses enfants), Marta se retrouve à la fin du pilote à un carrefour. Entre son passé, ses origines, et ce qu’elle veut faire de son futur. Doit-elle coopérer à plein temps avec la police (dont s’était rapproché son mari) ou doit-elle négocier avec Christian Schiller, le trafiquant qu’Irwin a roulé, qui veut récupérer ce qui lui appartient et qui effraie même Andreï Petrova ?

Dans une certaine mesure, le cheminement de Marta rappelle celui de Sydney Bristow dans le premier épisode d’Alias… et c’est sans doute ça qui m’a plu. Elle veut autant agir sur les événements que les événements agissent sur elle. Si la série ménage bien tous les angles du carrefour où elle a placé son héroïne, elle a tout pour devenir une vraie bonne série de network. Ce ne sera jamais Les Soprano (la scène de la mort du mari est assez lourde, par exemple) mais ce sera toujours mieux que Missing (flop ABC certifié 2012). En revanche, si elle donne dans la pantalonnade Trust No One en oubliant sa dimension « chronique familiale sur une famille à part », le soufflet va très vite retomber. A moins que les audiences ne viennent répondre à la question de manière prématurée (il y a cependant des raisons d’espérer).

Ce qui est sûr, c’est que la suite méritera d’être regardée. Et si ça devient franchement mauvais, vous n’avez pas fini de m’entendre râler.

 

(1) EXCLU : Le Daily Mars vous dévoile une photo de son prochain rôle.

(2) : On leur pardonnerait presque leurs idées de comédie et WorkinGIRLS, du coup.

Marta et sa famille, la veille du drame. Photo ABC

RED WIDOW

(ABC)

Adaptée et showrunnée par Melissa Rosenberg, à partir de la série néerlandaise Penoza.

Avec  Radha Mitchell (Marta Walraven), Lee Tergesen (Mike Tomlin), Will Traval (Irwin Petrova), Rade Serbedzija (Andreï Petrova), Goran Visnjic (Christian Schiller). 

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