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Rencontres et démos avec Bruno Cathala et Ludovic Maublanc (Stand FunForge à P.E.L. 2016)

Rencontres et démos avec Bruno Cathala et Ludovic Maublanc (Stand FunForge à P.E.L. 2016)

En complément de mon article sur l’édition 2016 de Paris est Ludique, il me faut un article entier pour raconter les tests, rencontres, démos et interviews que j’ai pu faire samedi matin sur le stand de FunForge. À un moment, j’ai cru que je n’arriverai pas à partir au vu de la façon dont les choses s’enchaînaient : l’interview avec Bruno Cathala autour de Pocket Madness, l’arrivée de Ludovic Maublanc, la présentation de Hop!, l’arrivée de Marie Cardouat, son illustratrice, le test d’Isle of Skye… Bon, le mieux c’est que je vous raconte !

 

Pocket Madness

Pocket-Madness_boxC’est donc Bruno Cathala himself qui me présente son futur jeu issu de sa première collaboration avec FunForge : Pocket Madness ! Ami lecteur, si tu n’es pas impressionné parce que tu ne sais pas qui est Bruno Cathala, tu peux aller sur sa fiche TricTrac voir la liste impressionnante des jeux dont il est l’auteur. Si en plus d’être ignare, tu es fainéant, sache juste qu’il est le papa de Five Tribes qui a remporté l’As d’or 2015 ou encore de 7 Wonders duel, Abyss, ou Mr. Jack pour ne citer vraiment que des très connus. Sache également qu’il est né le jour de l’assassinat de J.F.K., ce qui n’a ludiquement aucune espèce d’importance mais j’aime bien l’anecdote ! Mais revenons au jeu après ce long aparté…

Pocket Madness est le fruit du travail de Bruno Cathala et Ludovic Maublanc (bon, je ne vais pas y arriver… Alors voilà la fiche TricTrac de Ludovic Maublanc et pour les jeux clés : Mr. Jack, Cyclades ou Ca$h’n Guns devraient évoquer quelques réminiscences, sinon on frise la cause perdue…). Enfin, le jeu est illustré par Mathieu Leyssenne (comme c’est un graphiste, on va plutôt mettre un lien vers son site pour changer et surtout admirer ses très jolis dessins).

Si vous êtes allé voir lesdits dessins et que je vous dis maintenant que ce Pocket Madness se déroule dans l’univers de H.P. Lovecraft, vous risquez de trouver ça surprenant ! Et en effet, l’univers de Cthulhu nous apparaît ici sous un jour inhabituel. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on a envie d’aller faire un poutou à Shub-Niggurath ou d’adopter un Shoggoth, mais c’est surprenant, coloré et affreusement mignon (ou mignoneusement affreux, mais j’ai un doute sur l’orthographe).

PEL Pocket Madness 2Bon, venons-en à la mécanique ! Pocket Madness se présente sous la forme d’un paquet de 70 cartes. 7 cartes numérotées de 6 à 12 sont disposées à l’écart et correspondent à des portails que vous pourrez ouvrir. Les autres cartes (numérotées également de 6 à 12 avec autant de cartes que le numéro correspondant) forment une pioche visible, sauf 17 cartes qui sont face cachée. Chaque joueur pioche à son tour 1 à 3 cartes et, avec sa main, va tenter de réussir deux types de combinaison : soit ouvrir un portail avec 3 cartes identiques lui permettant d’acquérir le pouvoir correspondant qu’il pourra utiliser une unique fois (le portail est alors scellé et retourne dans la « librairie de portails »), soit publier ses recherches, c’est-à-dire poser une série de cartes allant de 6 à 12.

PEL Pocket Madness 1Une manche se termine lorsqu’un joueur réussit à poser sa dernière carte. Les autres joueurs écopent alors d’un certain nombre de points de folie en fonction des cartes qui leur restent en main (points de folie qu’on engrange aussi lorsqu’un joueur publie ses recherches). La partie se poursuit jusqu’à ce qu’un joueur atteigne les 10 points de folie et finisse ses jours à l’asile d’Arkham. Le gagnant est alors celui qui est encore relativement le plus sain d’esprit.

Pocket Madness est donc un « petit jeu » pour 2 à 4 joueurs et qui sortira en septembre 2016 au prix de 15€. Les quelques mains que j’ai pu faire ne m’ont sincèrement que permis d’entrapercevoir les différentes stratégies possibles car les pouvoirs des portails demandent de la pratique pour être maîtrisés. Ça donne un jeu dynamique, avec pas mal de possibilités et conçu pour enchaîner les parties rapidement.

 

Quelques questions à Bruno Cathala

PEL Bruno CathalaBruno Cathala a bien voulu répondre également à quelques questions sur son jeu. Ma première surprise était bien sûr de le voir revenir à des petits jeux alors qu’il vient d’enchaîner, avec le succès qu’on connaît, toute une série de jeux experts. Même si c’est loin d’être sa première expérience dans le domaine. Ludovic Maublanc et lui ont ainsi conçu Mr. Jack que je trouve idéal pour enchaîner des parties rapides à 2 joueurs. Mais comme il me l’explique lui-même, Pocket Madness est, comme beaucoup d’autres de ses jeux, un concept qu’il a en tête depuis plusieurs années. En tant qu’auteur de jeu à plein temps, il jongle sans cesse avec au moins 7-8 prototypes en cours de développement, de toute taille et de toute complexité.

Et il parle ainsi de toute une série de jeux à venir : Kanagawa, Les Voleurs de Naqala pour Five Tribes, Kingdomino, Panthéon, une extension pour 7 Wonders Duel (qui est fabuleux au passage !) et j’en oublie… Quant à Pocket Madness, il est simplement arrivé à maturité quand Ludovic Maublanc et lui ont pu passer suffisamment de temps dessus pour arriver à quelque chose qui les satisfasse pleinement.

Pocket Madness étant sa première collaboration avec FunForge, je lui demande comment s’est déroulée cette rencontre. J’avoue que dans mon esprit, la réputation de Bruno Cathala devait lui ouvrir grand les portes des éditeurs. Mais celui-ci se montre beaucoup plus modeste, et s’il me confirme qu’il lui est en effet désormais plutôt aisé d’avoir un rendez-vous pour présenter ses jeux, il m’explique que cela n’est pas synonyme d’un feu vert à tout projet. Au contraire, les attentes du public liées à son nom sont fortes, et en éditant le jeu en grande quantité, l’éditeur n’est jamais à l’abri d’un couteux échec commercial. Du coup, le choix d’un éditeur reste encore et toujours une rencontre et un coup de cœur. Et c’est l’équipe de FunForge qui a eu un coup de cœur pour ce Pocket Madness.

Ma dernière question concerne le choix de la thématique du jeu. Il m’explique qu’en fait, le jeu avait à l’origine pour thème les 7 péchés capitaux (d’où les 7 séries de cartes, ça fait sens !). Mais la diffusion internationale prévue pour le jeu, en particulier chez nos amis américains, les a amenés à s’orienter vers un autre thème. Du démon tentateur biblique au mal incarné par les Grands Anciens, la transition s’est faite naturellement. Mais encore une fois, le jeu n’a vraiment pas un côté sombre au vu des illustrations plutôt légères et chaleureuses des cartes.

Le temps dont disposait Bruno Cathala arrive à son terme, mais Ludovic Maublanc nous a entretemps rejoints et j’arrive à trouver un moment avec lui pour qu’il me parle d’un autre jeu qui sera bientôt édité par FunForge et que m’avait déjà présenté Philippe Nouhra (le patron de FunForge) : Hop!

 

Hop! présenté par Ludovic Maublanc

HOP_boxHop! est un jeu familial dans lequel les joueurs incarnent de petits enfants qui tentent de s’élever dans les cieux accrochés à leur ballon jusqu’à réussir à atteindre le 7e ciel (oui j’ai tourné et retourné cette phrase pour être sûr d’en enlever toute connotation, merci d’apprécier le travail de l’auteur !). Afin d’y parvenir, il va leur falloir remplir des défis. Ces derniers consistent à réussir à lancer sur le doigt du joueur de leur choix un petit nuage en plastique percé en son centre !

PEL Hop Ludovic MaublancMais bien sûr, pour que ce soit amusant et surtout difficile, ils devront chaque fois tirer une carte qui apportera une condition au défi (lancer le nuage avec un doigt sur le nez, avec une jambe en l’air, avec un autre joueur qui fait des grimaces dans votre dos, etc.). Et ces cartes mes amis ! Quelles cartes ! Chacune des cartes est unique tant dans le défi proposé que par son illustration (et il y en a un sacré paquet). Et Ludovic Maublanc – qui les découvre car elles sortent juste de l’imprimerie – est comme moi sous le charme ! Car ces cartes sont illustrées par la talentueuse Marie Cardouat (qui nous a également rejoint au cours de la présentation), connue pour ses superbes illustrations de Dixit et elles sont simplement magnifiques ! Je vous laisser juger par vous même avec ces quelques exemples.

 

Pour revenir à la mécanique, il s’agit donc de réussir à envoyer, dans des conditions aussi drôles que difficiles, votre petit nuage. Et les autres joueurs ne vont pas rester inactifs puisqu’ils vont miser sur votre réussite ou votre échec et vous encourager bruyamment en conséquence. Si vous réussissez, vous vous élevez dans le ciel alors que votre comparse gagne des points (comme les personnes qui ont gagné leur pari). Si vous échouez, un de vos ballons éclatent (un sort qui guette aussi les autres joueurs, accumulant des corbeaux qui tournent autour de leurs ballons lorsqu’ils échouent dans leur pari). Si vous n’avez plus de ballons, c’est la fin du voyage !

HOP-TomLa partie se termine lorsqu’un joueur atteint le 7e ciel (vous la voyez, là, la connotation ?). On décompte alors les points accumulés pour connaître le gagnant (être plus haut donne un bonus de points mais ne confère pas automatiquement la victoire).

Quand on regarde les cartes, les figurines des petits bonhommes et qu’on écoute Philippe Nouhra nous décrire le grand plateau de jeu qu’il prévoit d’éditer, on sait déjà que Hop! sera un jeu coloré, joyeux et magnifique. « Ça sera une grosse boîte » me dit-il « et les parties tests sont drôles et animées, un vrai plaisir, qu’on participe ou qu’on se contente d’observer ». Même si je suis assez peu expert en jeux familiaux, je pense que Hop! fera parler de lui. Alors rendez-vous pour sa sortie prévue pour Essen 2016, en octobre !

 

Isle of Skye

Isle of Skye_boiteJ’ai également profité de mon passage sur le stand FunForge pour tester Isle of Skye. Pour faire simple, Isle of Skye vient de remporter le Kennerspiel des Jahres, un des prix très convoités d’Essen ! C’est le fruit de la collaboration d’Andreas Pelikan et d’Alexander Pfister qui étaient jusqu’ici – en comparaison à des Cathala/Maublanc – d’illustres inconnus (quoi Mombasa ? C’est connu ça comme jeu ?) mais ça ne devrait plus durer… Et c’est illustré par Klemens Franz (illustrateur du célèbre Mombasa donc ou encore de Patchwork récemment sorti chez FunForge). Et donc le jeu est à l’évidence excellent, essayez-le sans tarder ! Et voilà…

C’est un peu court ? Bon allons-y pour la version longue. Donc Isle of Skye se déroule sur… l’île de Skye ! Les joueurs y incarnent des lords écossais qui vont développer le territoire entourant leur petit château (hanté) en posant des tuiles, comme on le fait par exemple dans Carcassonne. Oui bon, je cite Carcassonne parce que globalement c’est le jeu auquel tout le monde pense de suite en voyant Isle of Skye. Sauf que si ça ressemble à du Carcassonne, ça n’est pas du Carcassonne (et c’est tant mieux, je ne suis pas fan de Carcassonne…).

PEL isle-of-skye-tuilesEn effet, Isle of Skye bénéficie de 2 atouts majeurs. D’abord, son système d’acquisition de tuiles par enchères : à chaque tour, les joueurs reçoivent chacun 3 tuiles, et en proposent 2 à leurs concurrents aux prix (fixés secrètement) de leur choix. Un système astucieux qui permet d’abord d’évacuer une tuile que l’on ne veut absolument pas voir tomber entre les mains de ses adversaires, et également de fixer des prix que l’on pense en adéquation avec l’intérêt que leur porte ces mêmes adversaires. À moins qu’on ne préfère fixer des prix exorbitants, puisque les joueurs gardent à leur usage personnel les tuiles invendues.

L’autre grand atout majeur du jeu est son système de contrat qui détermine les conditions d’attribution de points de victoire à chaque tour. Ces contrats sont déterminés par des tuiles tirées aléatoirement en début de partie, ce qui confère au jeu une énorme rejouabilité avec des conditions de victoire qui change tout le temps. Ces conditions correspondent aux éléments qui figurent sur les tuiles que posent les joueurs (nombre de bateaux, de vaches, d’écuries, etc.) ou sur la façon dont ils les assemblent, et elles sont prises en compte à plusieurs reprises durant la partie, obligeant les joueurs à anticiper les tours auxquels telle ou telle condition déterminera les points acquis.

PEL isle-of-skye-contenuEnfin, un très malin système de compensation accorde aux derniers joueurs du classement de l’argent supplémentaire, ce qui fait que ne pas faire la course en tête peut constituer un réel avantage, en particulier pour remplir au mieux les conditions d’attribution de points de fin de partie et ainsi voler la victoire au nez de ses adversaires.

Au final avec des parties assez courtes (de 45 minutes à une heure selon le nombre de joueurs, le jeu étant pour 2 à 5 joueurs) et pleines de rebondissements, Isle of Skye est un jeu avec des règles assez simples et des mécaniques très futées qui forcent les joueurs à s’adapter constamment aux conditions de victoire du tour, aux nouvelles tuiles qui apparaissent et aux tableaux et classements de leurs adversaires. En résumé : des parties dynamiques et courtes, une très forte rejouabilité et un prix très raisonnable de 29€ : Isle of Skye est une vraie réussite.

Juste pour que le tableau ne soit pas que rose bonbon (la crédibilité du critique, tout ça tout ça), je dirai juste qu’il ne parvient cependant pas à détrôner dans mon cœur son concurrent malheureux du Kennerspiel des Jahres : Pandemic Legacy. Alors vous me direz, comment peut-on préférer un jeu plus cher, punitif et sans aucune rejouabilité à Isle of Skye qui dispose d’atouts aussi séduisants ? En attendant un article sur Pandemic Legacy pour mieux l’expliquer, je dirai que pour le rôliste que je suis, jouer à un jeu de société en campagne avec une continuité entre les parties est un plaisir incomparable ! Maintenant, si FunForge me propose un Isle of Skye Legacy, je suis prêt à reconsidérer ma position !

 

Et pour conclure, les prochains jeux !

J’ai pu également discuter avec l’équipe de FunForge du reste de leur actualité bien chargée, avec en premier lieu l’accord de partenariat signé avec Lookout Games pour l’édition de leurs jeux dans les pays francophones. Les premiers étant Patchwork et Isle of Skye, ça commence plutôt bien ! Et vont suivre Oh My Goods!, Trambahn, Grand Austria Hotel et surtout la gamme Agricola (dont on reparlera bien évidemment). Enfin, arrive également en octobre la version tablette de Tokaido dont j’ai pu avoir une petite démo, et qui est de toute beauté.

Autant dire que 2016 devrait être une très bonne année pour FunForge et c’est tant mieux, parce que leur passion et leur dynamisme font vraiment plaisir !

Encore merci à toute l’équipe de FunForge (et en particulier à Philippe et Charlotte) pour leur accueil.

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