Rencontre avec HBO à Paris

Rencontre avec HBO à Paris

De gauche à droite : Mike Lombardo (directeur des programmes de HBO), Charles Schreger (directeur des ventes internationales) et Richard Plepler (co-président bientôt nommé PDG). Copyright DailyMars.net.

A l’occasion d’un voyage éclair en Europe à la rencontre probable de diffuseurs (ils étaient la veille à Munich et repartent ce soir aux USA), trois dirigeants de la chaîne câblée américaine HBO étaient présents ce matin à Paris pour un petit-déjeuner avec une douzaine de journalistes. Morceaux choisis.

On n’a pas forcément tous les jours l’occasion de discuter face à face avec trois des piliers de la direction de l’immuable leader du câble américain HBO. Encore moins au cours d’un petit déjeuner totalement informel en présence d’une petite poignée de confrères. Et même si aucune annonce fracassante ne fut logiquement prononcée, les points de vue des patrons de HBO sur l’actualité de leur chaîne, son avenir et l’état de la télé américaine en général est toujours intéressant à recueillir. Dans un des salons du Four Seasons parisien, c’est donc attablés avec la presse, entre viennoiseries, salade de fruit et café tout chaud, que le co-président de HBO Richard Plepler (futur PDG d’ici la fin de l’année), le directeur des programmes Mike Lombardo et le directeur des ventes internationales Charles Schreger ont répondu aux questions. Lesquelles ont un peu fusé de toute part étant donné qu’aucun ordre du jour n’avait été particulièrement fixé. Ne vous étonnez donc pas si les thèmes qui suivent vous paraissent un peu désordonnés : ce matin c’était free style et liberté de parole, un peu à la HBO quoi !

LE CREDO DE HBO : POLITIQUE DES AUTEURS ET DES « VOIX DIFFERENTES »

Mike Lombardo et Richard Plepler ont insisté sur la différence majeure entre la stratégie des networks américains et celle de HBO : « Le modèle économique des networks est ainsi fait que leur étoile polaire, leur boussole, c’est uniquement la question suivante : « quelle audience allons nous faire auprès de la tranche des 18-49 ans ? ». On ne les critique pas, c’est simplement un autre business model que le nôtre. Nous, notre seule et unique stratégie, c’est de nous concentrer sur les voix des auteurs. On ne se demande JAMAIS en lisant un script quelles ventes internationales il suscitera, quelle audience, on ne soumet jamais nos séries à des « focus group »… Nos seules questions portent sur la qualité et la « voix artistique » que nous fait entendre cette série »

Mike Lombardo : « Regardez Girls, qui est maintenant devenue un vrai phénomène de société. On ne se doutait de rien lorsque nous l’avons choisie. Lena Dunham n’avait jamais fait de séries télé avant, tout juste avait-elle réalisé un tout petit film indépendant. On ne savait RIEN d’elle. Tout ce qu’on savait à la lecture du script, c’est qu’on avait là l’œuvre d’une gosse de 26 ans qui disait des choses vraies sur les filles américaines de sa génération. Ca n’est qu’après que nous avons fait venir Judd Apatow sur le projet ».

Richard Plepler : « Quand on a lu True Blood, qui fut notre premier projet validé sous notre responsabilité Mike et moi, on ne s’est pas demandé un instant si la mode était aux vampires ou pas. Tout ce qu’on a vu, c’était Alan Ball. Maintenant il y a des séries de vampires partout à la télé »

 

 

THE WALKING DEAD : LE RENDEZ-VOUS MANQUE AVEC GUILLERMO DEL TORO

Mike Lombardo : « Nous étions sur The Walking Dead, un projet était en développement avec Guillermo Del Toro. Pour une raison qui me fait totalement halluciner, les détenteurs des droits ont préférer travailler avec Frank Darabont. Ca m’a sidéré. La série actuelle est extrêmement plaisante pour les spectateurs mais je n’ose imaginer ce qu’aurait donné  The Walking Dead avec Del Toro à la barre… »

 

LES PROJETS

« Nous avons acheté le format de Borgen immédiatement ». Lombardo et Plepler ont par ailleurs manifesté leur éblouissement devant les séries venues de Scandinavie.

– Des pilotes sont en cours de dévloppement avec Michael R. Roskam (réalisateur de Bullhead), Steven Zaillan (co-scénariste du Millenium de Fincher), David Fincher…

– Une option a été posée sur le format de Maison Close : « On a rencontré Canal +, beaucoup de séries nous intéressent. Maison Close fait partie d’entre elles. »

– Prochaine grosse série à l’antenne de HBO : True Detectives, un drama policier avec Woody Harrelson et Matthew McConaughey. Réalisée et écrite par Cary Fukunaga, le réalisateur de Sin Nombre. « Tout comme avec Lena Dunham, on ne savait quasiment rien de lui, à part qu’il avait réalisé Sin Nombre. Mais on a été séduit par cette série sur deux flics ingérables en Louisiane, très intelligente et tendue »

– David Simon est LE chouchou de la chaîne. Richard Plepler : « David Simon est sous contrat avec nous : dés que Treme sera terminé, nous examinerons d’autres projets avec lui. Il est la quintessence de HBO, nous serions vraiment très tristes de ne plus travailler avec lui»

– Un contrat de production lie toujours Steven Spielberg et Tom Hanks à HBO, un nouveau projet de série sur la guerre dans le Pacifique est à l’étude.

– MIke Lombardo, grand fan de Lost devant l’Eternel, se dit particulièrement excité par le développement actuel de la série fantastique The Leftovers avec Damon Lindelof pour HBO.

– HBO développe également des dramas « situés dans le futur » et reste ouverte à la SF en général. En revanche, peu de chances de voir du space opera prochainement sur la chaîne.

 

UNE SERIE DE SUPER HEROS SUR HBO ?

Richard Plepler : « On a eu des discussions sur l’éventualité de projets tirés du catalogue DC. On est ouvert à toutes les idées, mais pour l’instant, l’obsession de DC Entertainment et Warner est d’avoir leur Avengers à eux »

« D’une façon générale, on est revenu d’une certaine arrogance et nous avons décidé de rendre plus élastique la marque HBO et de nous ouvrir aux genres. On aurait pas imaginé cinq ans auparavant voir une série de vampires sur la chaîne, ou une série avec des dragons. Il faut trouver le juste milieu entre des très grosses productions comme Boardwalk Empire et Game of Thrones, et des séries comme Girls. Nous ne pouvons nous permettre actuellement une grosse série de plus, au risque de compromettre l’existence de formats comme Girls »

 

THE NEWSROOM : BILAN TOTALEMENT POSITIF

Richard Plepler : « The Newsroom a totalement rempli ses objectifs avec une moyenne de 7 millions de téléspcetateurs par épisode. Je comprends que vous pensiez que par certains de ses aspects, cette série aurait pu être diffusée sur un network américain. Mais en fait elle n’aurait jamais pu l’être. Pas seulement parce qu’on y entend des fucks, mais parce qu’Aaron Sorkin, qui en écrit chaque épisode tout seul jusqu’à la moindre ligne, a fait avec cette série un manifeste politique bien trop puissant pour les networks »

Mike Lombardo : « Tout comme on a parié sur Alan Ball ou David Benioff, on a parié sur Aaron Sorkin. Cette série porte en bandoulière ses positions politiques, qui sont intenables pour un network – n’oubliez pas que chaque réseau américain sont des groupes qui possèdent leur propres chaînes d’info. Et la façon dont Sorkin dénonce la capitulation de l’info sur ces chaînes au profit de l’audience et des annonceurs, le coût que font peser ces derniers sur notre démocratie, c’est un discours inacceptable aux yeux des networks »

« The Newsroom nous a valu les mails et les réactions les plus puissantes récemment, c’est dingue. Des gens adorent ou détestent, il n’y a pas de demi mesure »

« La saison 2 fera toujours 12 épisodes, elle est en cours de production ».

 

L’ECHEC DE LUCK

Mike Lombardo : « Luck nous appris une chose : ne jamais faire de série sur les courses de chevaux ! Et plus sérieusement, ne jamais mettre en présence deux caractères aussi forts que David Milch et Michael Mann sans avoir testé le partenariat au préalable. Chacun des deux étaient de gros individualistes, on a hélas pas pris le temps de tester suffisamment en amont leur association. Une fois la production démarrée, la relation ne peut absolument plus évoluer si elle part sur de mauvaises bases ».

LA CREATION DE HBO NORDIC

« Il s’agit plus pour le moment d’un laboratoire que d’une stratégie générale ».

 

LE DEVELOPPEMENT DE NETFLIX

Charles Schreger : « Nous faisons nous-mêmes de la VOD depuis plusieurs années et pour Girls par exemple, la majeure partie de ses spectateurs ne la regardent pas le dimanche soir. HBO a toujours été la pionnière en matière d’innovation technologique, depuis le câble en passant par les multiplexes et aujourd’hui HBO Go ».

« Vendre nos séries télé à Netflix n’aurait pas plus que sens que de les vendre à Showtime ».

 

Etaient notamment présents à ce rendez-vous : Alain Carrazé & Romain Nigita (8 Art City), Olivier Joyard (Les Inrockuptibles), Pierre Langlais (Le Mouv’, Télérama…), Marianne Behar (L’Humanité), Cédric Melon (Télé Câble Satellite Hebdo) et quelques autres.

Partager