Reprise itérative (Mr. Robot 2.01 & 2.02 / USA Network)

Reprise itérative (Mr. Robot 2.01 & 2.02 / USA Network)

Note de l'auteur
Attention : ce qui suit s’attarde sur les deux premiers volets de la saison 2. Passez votre chemin si vous ne les avez pas encore vus !

Alors qu’elle fut pour beaucoup la sensation de 2015 (y compris ici même au Daily Mars), la série Mr. Robot est de retour avec un épisode dense en deux parties (ou double épisode, c’est selon). Après une première saison menée à très haut débit, de nombreuses questions restaient en suspens.
Pour décliner ses réponses, Sam Esmail (créateur de la série) a souhaité mettre encore un peu plus les mains sur la carte mère et assure donc l’intégralité de la mise en scène pour une saison portée à douze entités. Tour d’horizon de cette reprise alors que les masques tombent.

Five/Nine
Nous avions laissé Elliott Alderson (Rami Malek) les yeux grands ouverts. Conscient – au moins en partie – de sa dissociation de personnalité et notamment de la présence d’une réplique de son père (Christian Slater), surnommé « Mr. Robot », produit de son seul esprit. Ce Tyler Durden (l’influence de Fight Club est parfaitement assumée par Esmail) à casquette hante notre hacker alors qu’il réussit un coup d’éclat avec l’aide d’une petite équipe dirigée par sa propre sœur, Darlene (Carly Chaikin).

Le hack d’Evil Corp, éminent fait d’armes, est un succès. Les clients de la branche bancaire du conglomérat sont éconduits, le PDG est sur la sellette et la direction se voit contrainte de satisfaire à une demande de rançon. Néanmoins, l’édifice est toujours debout et Darlene de se demander pourquoi l’ennemi continue à plastronner comme si de rien n’était.

My perfectly constructed loop
Pourtant ce « Pearl Harbor Cyber » est largement commenté. Un coupable est même pointé du doigt : Tyrell Wellick (Martin Wallström). Mais ce dernier s’est évanoui dans la nature et ils sont nombreux à vouloir le retrouver, y compris notre héros.
C’est d’ailleurs le grand sujet d’affrontement entre Elliott et « Mr. Robot ». Ce dernier ne souhaitant pas lui révéler le destin de Wellick pour d’obscures raisons. Qu’est-il advenu du sulfureux responsable IT d’Evil Corp ?

En attendant, Elliott s’astreint à un régime draconien. Il enchaîne scrupuleusement des tâches qu’il répète quotidiennement et consigne tous ses faits et gestes dans un journal. Cette itération qui, inconsciemment on le devine, conforte le manipulateur de code informatique, semble bien constituer une illusion. C’est du moins ce que l’on peut en déduire si l’on en croit Ray (Craig Robinson) alors qu’il affirme le voir la nuit en dehors de la routine pourtant si surveillée par Elliott.

Ray (Craig Robinson) & Elliott (Rami Malek)

Ray (Craig Robinson) & Elliott (Rami Malek)

He just discovered Seinfeld
Ray, tout comme Leon, Susan « Madam Executioner » Jacobs ou bien encore Dominique « Dom » DiPierro viennent renforcer un récit qui prend le parti de s’éparpiller. Il est sans doute encore trop tôt pour mesurer l’importance des nouvelles connaissances d’Elliott. Leon (Joey Badass) fait office de compagnon de restaurant, obsédé par Seinfeld. Et Ray n’est encore qu’une connaissance de terrain de basket aux motivations indistinctes.
Par contre, deux nouvelles actrices – bien connues des sériephiles – font des entrées remarquées. Alors que Susan (Sandrine Holt) offre une nouvelle facette d’E Corp, l’agent fédéral DiPierro (Grace Gummer) intrigue déjà, bien qu’on ne fait que l’entrevoir.

Si Mr. Robot est (jusqu’ici) très inclinée vers son personnage principal, la série a su offrir des personnages secondaires, notamment féminin, qu’on ne demande qu’à revoir dans des situations plus personnelles. C’est notamment le cas de Darlene et Angela (Portia Doubleday) dont les parcours, en ce début de saison, semblent prendre des trajectoires opposées.

Confictura, Bitcoin et Adèle
Mais l’attrait immédiat de la série consistera à reconstituer un jeu de piste savamment préparé. Mr. Robot cultive en effet sa nature ludique en multipliant d’une part les références à un vaste champ culturel qui dépasse allègrement le seul microcosme du hacking et, d’autre part, des indices qui guident le téléspectateur vers des recherches qu’il peut mener parallèlement à son visionnage.

Entre le discours détourné de Barack Obama (le véritable extrait concernait la responsabilité de la Corée du Nord face aux fuites de Sony), les mentions ironiques d’Adèle (Ray), de Facebook ou de Vine, et des mentions plus mineures telles que le blog tech Gizmodo, l’univers est fermement ancré dans une réalité que nous connaissons parfaitement. Ce name-dropping a pour vocation de renforcer une emprise facilitant notre immersion au plus près d’un récit désormais en territoire fictionnel (post-hack).

Mais au-delà du décor, les choix de références guident le public de la série vers des éléments de nature à éveiller leur curiosité. Outre les adresses IP utilisées qui pointent vers des mini-sites prolongeant l’expérience, la moindre référence peut guider le téléspectateur vers un clin d’œil cocasse comme l’entête du cahier de notes d’Elliott (« Confictura » à taper dans Google pour découvrir un chef-d’œuvre du web vintage).
Enfin, d’autres mentions évoquent plutôt l’affirmation d’un certain soutien. Il y a ce passage durant lequel le logo d’un authentique hacker (The Jester) apparaît sur les écrans d’E Bank. Cette citation proéminente d’un intervenant – ayant au passage bien pris soin de se démarquer des Anonymous – constitue sans doute un peu plus qu’un clin d’œil.
Et puis quelques mentions au Bitcoin (on aperçoit en particulier le logo sur un food truck et derrière le comptoir de la supérette) agitent également les réseaux. La référence à la monnaie cryptographique était forcément attendue puisqu’il est question de détruire la dette et d’annihiler la mainmise des banques.

Darlene (Carly Chaiken)

Darlene (Carly Chaikin)

…And then, burn the money
La question des échanges d’argent semble justement être au centre des préoccupations de ce début de saison. Il y a ce monologue marquant de Price, le P-DG d’E Corp (l’excellent Michael Cristofer) sur la nécessité de faire bonne figure, de donner une image rassurante tout en masquant les pertes. Les références historiques se croisent et accréditent l’idée du cycle. La Grande Dépression et la République de Weimar reviennent dans les discours, mais les alarmistes ne semblent pas parvenir à convaincre de l’existence d’un nouveau krach économique.

De fait, c’est surtout la remise de rançon devenue feu de joie improvisé qui surprend. Le symbole est fort. Mettre le feu à une fortune en grosses coupures dans un lieu public, sous les écrans de nombreux smartphones, a valeur d’électrochoc.
Il est encore trop tôt pour savoir si l’effacement des dettes aura définitivement lieu, mais la série laisse entrevoir une éventuelle évolution dans son idéologie. Déjà évoquée en saison 1, la réflexion sur le consumérisme revient en force dans ce double épisode. Price ne dit pas autre chose lorsqu’il décrit les mécanismes de l’achat et de la vente qui entretiennent le système. L’incident E Corp devrait pouvoir permettre à Sam Esmail et ses scénaristes d’explorer plusieurs futurs économiques. Qu’ils soient de l’ordre de l’utopie ou de la dystopie et quand bien même fsociety se jette dans l’aventure sans avoir imaginé les conséquences de leurs actions, Mr. Robot prend tout le soin nécessaire pour les développer.

Ce diptyque d’introduction n’apporte pas forcément une pléiade de réponses et se garde bien de baliser une voie toute tracée. Mais cette amorce de saison confirme avec force combien Mr. Robot n’est pas simplement un thriller psychologique.

MR. ROBOT SAISON 2 ÉPISODES 1 & 2 « eps2.0_unm4sk-pt1.tc & eps2.0_unm4sk-pt2.tc » (USA Network) Saison 2 en 12 épisodes diffusée depuis le 13 juillet, disponible à l’achat en VOST sur iTunes (US+24).
Créée par : Sam Esmail.
Épisodes écrits et réalisés par : Sam Esmail.
Photographie de : Tod Campbell.
Avec : Rami Malek, Carly Chaikin, Portia Doubleday, Martin Wallström, Christian Slater, Grace Gummer, Stephanie Corneliussen, Michael Cristofer, Michel Gill, Gloria Reuben, Brian Stokes Mitchell, Joey Badass et Sandrine Holt.
Musique originale de : Mac Quayle.

La saison 1 de Mr. Robot sera diffusée à la rentrée sur France 2.
Mr. Robot a obtenu le Prix de la Meilleure Série Américaine remis par l’A.C.S. lors de la dernière édition du festival Séries Mania.

Visuels : Mr Robot/Peter Kramer © Universal Cable Productions.

Partager