Resident Evil HD Remaster : la recette du beurre rance

Resident Evil HD Remaster : la recette du beurre rance

Note de l'auteur

Capcom 2014

Sorti en 1996, remasterisé sur Gamecube (Nintendo) en 2002, Capcom ressort le titre phare des survival horror en version HD sur console next gen et PC. Véritable lifting ou chirurgie de comptoir ? Que peut-on penser de ces dépoussiérages de jeux qui firent la joie des joueurs à leur sortie et qu’on exhume un peu trop rapidement ?

Survival horror : anatomie d’un genre

resident evil hd remaster screenDigne successeur de Alone in the Dark (Infogrames – 1992), Resident evil sur PS1 marqua le début de l’âge d’or des survival horror. Atmosphère confinée, décor macabre, et une galerie de monstres qui surgissaient pour nous effrayer. Oui !!! Ces jeux nous mettaient la pétoche !!! Assis dans le noir éclairé à la lueur de l’écran, qui n’a jamais sursauté au détour d’un recoin sombre, avec une vue en contre-plongée qui limitait notre perception de l’environnement ? Resident Evil était construit comme une succession de plans fixes de couloirs, pièces et extérieurs dans lesquels nos héros (Jill et Chris Redfield) déambulaient à la recherche d’explications. Chaque lieu était découpé en 3-4 plans différents nous donnant une vision générale de l’ensemble et nous permettant d’accéder aux divers items ou énigmes qui s’y trouvaient. Les différents lieux étaient séparés par une courte scène (porte qui s’ouvre, escalier) laissant ainsi le temps à la machine de charger la scène suivante. Au final, c’était relativement lent mais cette lenteur servait le jeu à merveille, sans oublier une direction artistique très poussée pour l’époque qui fit la renommé du titre.

à gauche version HD – à droite version originale

Mais aujourd’hui, alors que les zombies sont omniprésent sur tous les médias, que l’hémoglobine coule à flot, que le moindre héros possède une tronçonneuse et décapite des zombies par centaines au p’tit déjeuner (cf. Dead Rising 3), Resident Evil HD remaster fait pâle figure. Même si on doit saluer le travail (sic) graphique de Capcom sur le titre, le rajout de textures HD et le polissage des polygones ne sont pas suffisant pour relever le défi d’une génération élevée aux FPS sanguinolents. Au contraire, cela souligne les défauts déjà existants du jeu mais qui faisaient son charme à l’époque.

La faiblesse de l’âge

Le découpage en scènes de Resident Evil avec vue caméra induisait déjà une réelle problématique dans les déplacements de Jill ou Chris. Combien de fois ai-je erré dans 2 mètres carré de surface en essayant de tourner dans un couloir, du fait de ces maudites caméras qui inversaient la direction du pad de façon plus ou moins aléatoire ? Ainsi, pour avancer vers le fond d’un couloir, on pouvait se retrouver avec le stick orienté vers le bas parce que la scène précédente présentait une vue inversée, puis au milieu du couloir, votre personnage faisait demi-tour, vous signalant qu’il fallait placer votre stick vers le haut. Un gameplay hautement agaçant du fait de nombreux allers et retours dans les couloirs du manoir, et qui ne simplifiait pas les rencontres avec les créatures belliqueuses qui croisaient votre chemin.

Autre point, la gestion des combats. La visée automatique bas/milieu/haut de l’époque est largement dépassée ; alors qu’aujourd’hui par une simple pression d’un bouton un personnage est capable d’attraper son adversaire et de lui planter une lame dans la nuque, les personnages de Resident Evil son toujours aussi statiques, balayant l’air avec leur couteau en attendant que le zombie se rapproche. Quant aux armes à feu, inutile de tenter un headshot de loin, la visée automatique le fera aléatoirement en fonction de la proximité et du placement de la créature.  Si par malheur un zombie/chien s’approche trop près, ou si vous ratez votre déplacement du fait des caméras, vous vous ferez croquer sans pouvoir vous défendre à moins d’avoir un item défensif en stock.

Et hop on retourne au coffre pour déposer des objets afn de revenir prendre celui ci

Et hop on retourne au coffre pour déposer des objets afin de revenir prendre celui ci

Parlons un peu de l’inventaire volontairement limité à 6 emplacements. Si à l’époque le gameplay de Resident Evil résidait essentiellement dans la gestion de l’inventaire, obligeant de nombreux retours dans les salles où se trouvaient le coffre, cette contrainte devient extrêmement nocive pour le gameplay général aujourd’hui. Impossibilité de lâcher un objet sur le sol afin de pouvoir utiliser celui que l’on vient de trouver (des munitions par exemple) et libérer ainsi un emplacement ; on en vient à user son stock de munitions pour éviter de traverser tout le manoir pour faire de la place dans on inventaire. La découverte d’items ou mécanismes divers étant la mécanique principale pour avancer, on perd un temps considérable à errer avec, de plus, la problématique de déplacement précédemment citée. À moins d’avancer avec une soluce à la main, le nouveau joueur devra obligatoirement circuler inlassablement dans les différents lieux, avec la scène des portes à chaque changement de salle, pour obtenir un objet et l’utiliser. Et je ne vous parle pas des sauvegardes qui nécessitent un tampon encreur (en nombre limité) et de courir de l’autre coté du manoir pour trouver la machine à écrire.

Quant aux énigmes, disons simplement qu’elles ne constituent pas une menace réelle pour les neurones et stimuleront à peine l’intellect de votre progéniture habituée aux puzzle games sur iPad. La seule difficulté résidant au moment où vous pénétrerez pour la première fois dans une pièce contenant le mécanisme correspondant à l’item manquant dans votre inventaire. La solution est bien souvent sous vos yeux (sur le tableau accroché au mur par exemple) et il vous suffit d’examiner ou de combiner l’objet pour découvrir son utilité.

Le trouillomêtre à zéro

Bisou -Bisou

Autant le dire tout de suite, Resident Evil ne fait plus peur, à l’instar d’un vieux film comique en noir et blanc qui vous fera esquisser un sourire. Le bestiaire est franchement limite, et assez éloigné des opus qui suivront. Du zombie fatigué au serpent géant échappé d’un zoo, en passant par un monstroplante fané, on est confronté à de multiples erreurs de manipulation génétique qui se prendront immédiatement un coup de fusil à pompe (voire deux ou trois). Certes on se fera surprendre (à peine) par un zombie traversant une fenêtre (même si on voyait son ombre sur le mur), mais la tension générale est basse. Je passe sur les classiques placards à zombie, ou la baignoire qui en se vidant fait surgir un zombie avec une scène vidéo préalable coupant tout effet de surprise. Au final, ils constituent plus une gêne à votre avancée qu’un véritable élément horrifique. Le fond sonore souligne trop peu les différentes rencontres pour instaurer un véritable climat effrayant, même si il a été lui-même remasterisé.

R.I.P., qu’on en finisse et vite….

C’est un peu le sentiment qui prédomine sur le titre. La lenteur du gameplay, l’absence de réelle difficulté font que si le jeu paraissait pour la première fois en l’état sur nos console, il ferait un bide monumental. Outre le côté nostalgeek qui fait que le jeu est encore très bien noté chez nos confrères spécialisés, l’exhumation de cadavres de plus de 20 ans dans un genre extrêmement à la mode, dessert plus leur mémoire qu’elle ne la serve, tout comme certaines trilogies cinématographiques remastérisées par leur créateur. Et pourtant, on aurait apprécié une réelle refonte du titre, avec notamment la modélisation du manoir et ses environs en un espace ouvert mettant fin à ces nombreuses portes qui s’ouvrent et se ferment. On aurait applaudi un système de combat plus intuitif comme dans The Evil Within, créant des points de sauvegarde automatique ou refondant l’inventaire pour simplifier l’avancée dans le jeu. Cela n’aurait en aucun cas desservi l’essence même du titre qui réside essentiellement dans son scénario, et cela aurait permis à une jeune génération de joueur de découvrir l’opus original d’une saga sans subir les contraintes techniques de l’époque ; et aux anciens de redécouvrir un titre modernisé mis en valeur par la HD. Alors certes, le jeu n’est pas très cher (19,99 euros) mais cela reste excessif pour un pack de texture HD et un gameplay d’une autre époque. Le pire est pourtant à venir, puisque que Capcom a annoncé la possibilité de remastériser les suites en fonction du succès commercial de cet opus. S’il vous plait, laissez reposer notre mémoire en paix. C’est bien connu, seul le temps transforme les expériences douloureuses en souvenirs agréables.

Update : 17h45Capcom vient d’annoncer que Resident evil , sorti le 20 janvier dernier, a battu le record de téléchargements « day-one » (autrement dit le jour de la sortie d’un jeu) sur le PlayStation Network.

Resident Evil HD RemasterCapcom – 19,99 Euros

Résumé : en 1998, des forces spéciales sont envoyées à Raccoon City pour enquêter sur une série de meurtres étranges. À leur arrivée, les agents sont attaqués par une meute de chiens. Ils ont fait la plus grande erreur de leur vie en se réfugiant dans un manoir. La nuit qui commence s’inscrira comme la plus effroyable de leur existence !

 

 

 

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