Revolution : bilan de la mi-saison

Revolution : bilan de la mi-saison

Tout est dans leurs yeux, avec cette lueur qui dit : « Putain, mais où on va là ? » Photo WB

Succès d’audience sur NBC, la série imaginée par Eric Kripke et produite par JJ Abrams n’en est pas moins une grosse déception, après 10 épisodes. Alors que le drama commence tout juste son hibernation, on vous explique pourquoi on a l’impression de s’être fait arnaquer.

Sur les networks, pour voir certaines séries décoller, il faut quelque fois s’accrocher. Passer outre un pilote plutôt plat (ou carrément foireux) et laisser le temps faire son œuvre. Repérer ce ou ces petits trucs qui font dire que ça peut marcher. En gros, se fier aux auteurs.

C’est à ce prix que l’on fait souvent de belles découvertes, que l’on peut devenir complètement accro à un show. Grâce à son histoire et ses personnages. Grâce à un ton, ou à une certaine sincérité (souvent mâtinée d’humilité) qui ne peut que vous toucher. Community, 30 Rock, Happy Endings, Fringe, Person of Interest pour certains… ce ne sont pas les exemples qui manquent.

Et puis il y a une autre catégorie de séries. Celles qui sont brouillonnes au départ et ne parviennent jamais à s’extirper des sables mouvants dans lesquels elles s’enfoncent, et s’enfoncent et s’enfoncent encore…

Au hasard : Revolution.

L’histoire de Revolution, c’est celle d’un groupe d’hommes et de femmes qui essaient de survivre depuis qu’un grand black-out a fait sauter les plombs de toute la planète. Les gouvernements se sont effondrés, les milices ont pris le pouvoir et tout le monde cherche la boite à fusibles. A commencer par une jeune femme qui veut surtout retrouver son frère, enlevé par les soldats d’une milice, celle du général Monroe.

Tracy Spiridakos, en mode arbalète et front pas trop plissé. Photo WB

Accompagnée d’un oncle qui tire la tronche, d’un ex-nabab de Google qui ne se balade jamais sans une mini-gourde sur la poitrine (on ne se moque pas : c’est un détail crucial dans un épisode), d’une Anglaise et bientôt d’une spécialiste en explosifs, ils vont traverser plusieurs villes pour rejoindre le camp du commandant en chef.

C’aurait pu être bien (1). Oui mais voilà : Revolution, c’est aussi l’histoire d’un groupe de scénaristes qui essaient de trouver quoi raconter pendant 42 minutes chaque semaine depuis qu’un petit malin à lunettes carrées (JJ Abrams) a vendu le concept d’une série post apocalyptique à NBC. Et visiblement –en tout cas depuis dix épisodes- tout le monde cherche la boîte à idées.

 

Je me souviens encore quand, il y a quelques semaines, nous vous présentions le pilote de la série et que j’écrivais que celui-ci manquait clairement de relief pour faire se lever les foules. A l’époque, tel une Lara Fabian dévoreuse de dramas, je vous disais « J’y crois encore ».

Neuf épisodes plus loin, je suis nettement plus circonspect.

Pour tout vous dire, je suis surtout déçu. Et (sans doute) encore une fois comme Lara Fabian, je suis déçu par des hommes. JJ Abrams et Eric Kripke, pour ne pas les nommer.

Si, en 2013, le jury des Emmys Awards lance une catégorie « meilleur acteur dans un épisode à twist vermoulu », Zak Orth devrait gagner haut la main. Photo WB

Si je ne m’attendais pas à ce que le premier nommé soit forcément très présent sur ce projet, j’étais en revanche convaincu que le second, de retour à la télé un an après avoir quitté le poste de showrunner de Supernatural, allait frapper un grand coup.

La vérité, c’est que Kripke semble aux abonnés absents. Et que personne ne semble vraiment savoir où on va dans cette histoire de dépannage planétaire.

Que la progression de l’histoire soit convenue, passe encore : le principal problème de Revolution, c’est que la série escamote complètement la dimension psychologique de ses personnages principaux.

Privilégiant la forme au fond, l’artifice à la narration, le show reprend en effet le principe des flashback de Lost pour esquisser la personnalité de ses héros. Sauf que les traits de Miles Matheson et de plusieurs de ses acolytes sont dessinés sans imagination. On ne sent pas ici de réelle volonté de nourrir le récit de façon probante.

Le plus agaçant ? Pour entretenir un pseudo-mystère sur plusieurs héros, les scénaristes prennent le parti d’en dire juste un peu mais pas trop. Sauf que le résultat obtenu est souvent à l’opposé de l’effet attendu. Plutôt que d’affirmer la maîtrise des auteurs sur leur intrigue, le procédé donne l’impression qu’ils ne savent pas franchement où ils vont.

Miles Matheson, un homme torturé par son passé (mais aussi par son colon, sûrement). Et c’est dur, hein… Photo WB

Pour le coup, on est plus près du jets de magnets sur une porte de frigo que de l’agencement subtil des pièces d’un seul et même puzzle.

Cette impression est particulièrement forte lorsqu’il est question des trajectoires de Sebastian Monroe et Miles Matheson. A l’image d’un George Lucas qui, après avoir lambiné pendant près de huit heures sur les enjeux de sa deuxième trilogie (les épisodes I à III), a dû conclure son histoire au pas de course dans la neuvième, les auteurs de Revolution essaient de nous faire avaler dans le final de mi-saison combien la relation qui les unit est complexe.

En voyant ça, on a envie de répondre « Oui mais non » : la force de ce qui les oppose aurait été autrement plus grande si de multiples éléments avaient été glissés ici et là au fil des épisodes. Au lieu de ça, on se retrouve avec une rencontre dans l’épisode 10 qui survient après une petite série de flashbacks pas franchement bien amenés. Un peu comme si les scénaristes venaient nous glisser, façon Columbo, « Ah oui au fait, on a oublié de vous dire… ». Ce qui est assez vain (2).

Souvent, une image vaut mille mots. Et le final mi-saison de Revolution, ça fait un peu cette impression:

Parfois, pourtant, cela marche un peu mieux. Pour le personnage du capitaine Neville (joué par Giancarlo Esposito) comme pour celui de Maggie (interprété par Anna-Lise Phillips), l’exercice paraît mieux maîtrisé, et les portraits plus fouillés.

Dans le rôle d’une mère privée de ses enfants depuis le black out et qui commence à oublier leurs visages, Phillips incarne d’ailleurs le personnage qui nous offre sans doute les seuls moments d’émotion vraiment réussis de ce début de saison. Et ils ont le mérite de faire avancer le personnage de Charlie, l’héroïne. Celle-ci ne s’en tire pas trop mal d’ailleurs, au regard de plusieurs autres… mais elle est loin d’avoir la force de Sydney Bristow, la figure de proue d’Alias (3).

Au final, tout cela est bien maigre. Bien trop peu. Et on peut sincèrement avoir l’impression de s’être fait roulé dans la chapelure.

Peut-être la pause qui débute (la série ne reviendra à l’antenne de NBC qu’au printemps, en même temps que The Voice, qui aura été un vrai tremplin pour le show) permettra-t-elle à la série de rectifier le tir. Pour que son récit soit mieux calibré et qu’il paraisse du coup mieux maîtrisé.

 

Le personnage de Maggie (Anna-Elise Phillips), un des plus réussis. Photo WB

Honnêtement, là, il y a du boulot…

(1)    : Sauf le coup de la mini-gourde. Ca, c’est juste pas possible.

(2)     : Comme l’évocation du monde post-apocalyptique dans lequel évoluent les héros, soit dit en passant. Cette partie de sujet est complètement siphonné par le reste. Le principe de base, ici, ça tient presque en une phrase: « Rhââlala : y a plus de courant, c’est le bazar… ». Génial.

(3) : Le problème, c’est que Tracy Spiridakos, l’actrice qui l’incarne, passe beaucoup de temps à plisser du front. Du coup, on a plus l’impression de voir Michaëla Vartan en action que Jennifer Garner.

REVOLUTION,
saison 1 (NBC)

Créée et showrunnée par Eric Kripke
(Producteurs exécutifs : JJ Abrams et Jon Favreau)

Avec : Billy Burke (Miles Matheson), Tracy Spiridakos (Charlie Matheson), Giancarlo Esposito (Tom Neville), Graham Rogers (Danny Matheson), Anna Lise Phillips (Grace), Daniella Alonso (Nora Clayton), Tim Guinee (Ben Matheson), David Lyons (Sebastian Monroe), Elizabeth Mitchell (Rachel Matheson, Zak Orth (Aaron Pittman), JD Pardo (Nate Walker).

Partager