Revue de Presse : Better Call Saul ?

Revue de Presse : Better Call Saul ?

« Better Call Saul! is recorded in front of a live audience »

La rumeur circule depuis quelque jours, confirmée par Bob Odenkirk lui-même, AMC serait en discussion avec Vince Gilligan pour faire un spin-off de Breaking Bad centré sur le personnage de Saul Goodman. Une comédie. Une bonne idée ?

Lors de la soirée de fin de tournage, Bob Odenkirk, stand-up comedian de formation, s’est fendu d’un petit discours. « A TV show is ultimately judged by its spinoff .. » (http://www.vulture.com/2013/04/breaking-bad-bob-odenkirk-on-the-saul-spinoff-final-episode-interview.html)… gros fous rires. Bonne blague, mais pas que. Faire un spin-off centré sur Saul, Gilligan y pense depuis quelques mois.

Un nom a même filtré pour le showrunner: Peter Gould, scénariste sur Breaking Bad depuis les débuts de la série, et qui créa le personnage de Saul lors de la saison 2. Sa filmo est assez légère, une comédie romantique avec Josh Charles en 2000 (qu’il avait aussi réalisée), et le scénario de l’inoubliable Double Dragon de 1994 (avec Scott Wolf et Alyssa Milano… ah, les nineties…).

Réussir un spinoff, c’est un peu ne pas mourir en jouant à la roulette russe inversée : cinq cartouches dans le barillet, un seul compartiment vide. Trouver un spinoff réussi est assez rare. Frasier, Les Simpson, DariaNCIS à la limite si on le compare à sa série d’origine, JAG… les foirages sont légions, et souvent mémorables. De plus, ils ont tendance à irriter les fans d’origine (n’est-ce pas, Joey ?)

Ici, le cas est encore plus particulier. Car si Breaking Bad est certainement un des drama les plus noirs de la TV US, son spinoff devrait être une comédie. Seul son format est ouvert à discussion : du 52 ou du 26 minutes, rien n’est encore figé. Qu’on ne se méprenne pas, Breaking Bad possède des éléments comiques très clairs, et très réussis, beaucoup d’entre eux dus à l’existence de Saul Goodman… mais ça n’empêche pas de se poser des questions.

Saul Goodman est une ordure, un profiteur, un homme sans éthique. Son incursion dans l’univers de Breaking Bad est une respiration. Il est l’ordure qui fait rire. En faire un personnage central dans une autre série demande une gymnastique mentale complexe. Comment en faire un personnage qu’on a envie de suivre ?

Il existe des réussites franches dans ce domaine : Curb your Enthusiasm dépeint un Larry David plus grand que nature, trop franc, qui se met dans des situation qui provoquent des séries d’humiliations sur sa personne. It’s Always Sunny in Philadelphia met en scène un groupe d' »amis » absolument atroces, des êtres humains ignobles qui profitent de tout et de tout le monde, au détriment de l’univers entier. Autant de série qui ne mettent pas en avant un personnage sympathique (comme peut le faire brillamment Parks and Recreation).

Les visuels existent déjà. Pratique.

Ici, le prémisse semble être encore plus dur : suivre un avocat véreux qui représente des gros dealers et interprète la loi à sa façon pour leur éviter la tôle. Pour bien apprécier le spinoff, il faudra certainement oublier l’univers de Breaking Bad pour éviter de se sentir nauséeux quand Goodman fera sortir de prison un type dont le métier est de vendre un truc mortel à tous les coins de rue. La distance sera au coeur de tout. Si Walter White ne meurt pas à la fin de la série, on imagine mal un retour en guest dans une ambiance moins pesante. (1)

Il faudra aussi compter sur le talent naturel de Bob Odenkirk. Un génie comique. Du temps où il formait un duo avec David Cross sur Mr Show, il avait fait tout l’étalage de ses capacités : timing, qualité d’écriture, style atypique, sens de la structure. Sur Better Call Saul (s’ils la nomment ainsi) le meilleur moyen de réussir sera peut-être de donner l’occasion à Odenkirk d’être dans la salle d’écriture. Rien n’a filtré à ce sujet, mais ça serait très logique.

On ne pourra pas blâmer Gilligan pour son manque de courage, sur ce coup. Il a clairement plus à perdre qu’à gagner en lançant ce projet, même en tant que producteur et pas showrunner. Comme pour tout le reste, on attendra de juger sur pièces, mais le projet semble aussi excitant qu’il a l’air casse-gueule.

Déjà, on sait, du coup, que Saul Goodman survivra au final de Breaking Bad. A moins qu’ils fassent une préquelle. Ou que la série se passe au Paradis. Ça serait couillu.

(1) : « Ah, Walter, tu te souviens quand vous avez buté un gamin et que vous l’avez dissout dans un baril ? C’était le bon vieux temps ! »

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