Revue de presse (Up All Night, La volonté d’en finir, La morale, Brendan Fraser et Zach Braff)

Revue de presse (Up All Night, La volonté d’en finir, La morale, Brendan Fraser et Zach Braff)

Tous les quinze jours, la rédaction du Daily Mars revient sur des news publiées (ou pas) dans ces pages au cours des deux dernières semaines. Au sommaire cette fois-ci : une sitcom pas assez vivante mais pas encore morte (Up All Night), une série pour laquelle on attend une vraie fin (Deadwood), une signalétique qui fait maigrir les fictions et des stars pour lesquelles on commence à s’inquiéter, et des stars qui n’en sont plus.

Up All Night,
ce mystère qui dure (encore et encore)

par Nicolas Robert

Il y a des séries littéralement increvables. Des fictions qui ont quelque chose à dire et se refusent à mourir. Comme Community, ou Friday Night Lights en son temps. Ces projets, on les aime et on n’a pas envie de les lâcher. Et puis il y a les autres. Des séries qui devraient avoir fichu le camp depuis un moment, faute d’audience et parce qu’elles sont incapables d’apporter un truc vraiment fort.

En gros, il y a Up All Night. Qui est à la comédie américaine ce que la crème solaire est pour le pingouin. Un truc dont il n’y a pas franchement besoin tant que les choses resteront en l’état.

Vous ne connaissez pas Up All Night ? C’est une super comédie. Sur le papier. Produite par le tout puissant Lorne Michaels, boss du Saturday Night Live, écrite par Emily Spivey (ex du SNL) avec Will Arnett (Arrested Development), Christina Applegate (Mariés, Deux Enfants) et Maya Rudolph (re-re-Saturday Night Live). L’histoire d’un couple qui vient d’avoir un enfant et qui doit composer avec tous les bouleversements que cela entraîne, alors que Madame produit un talk show comme celui d’Oprah Winfrey (Maya joue Oprah).

Empiler les gens drôles, ça peut aider si vous voulez fabriquer un sandwich rigolo. Mais ça ne suffit pas à faire une comédie vraiment drôle. Régulièrement, en saison un, Up All Night fait sourire, mais elle n’est jamais vraiment attachante. Ou émouvante.

Pourtant, la série est revenue à la rentrée. Michaels a appuyé de tout son poids et promis quelques changements narratifs (l’émission d’Ava, le personnage de Rudolph, a été annulée). Problème: il n’y a toujours pas de vraie formule pour sublimer l’ensemble.

Comme ça commençait à franchement se voir, NBC a pris les devants… et annoncé qu’elle commandait trois épisodes de plus pour la saison 2 (qui devait en compter 13, à la base) ! Michaels, en vieux renard des studios (et apparemment familier de tout ce qui est cosmétologie et habitués de la banquise) vient en effet d’annoncer que la série va passer du format Single Caméra (comme dans Community) à Multi-Caméra (comme dans The Big Bang Theory).

La raison officielle ? Cela donnera plus d’énergie à la série, et permettra de jouer sur le savoir-faire d’Applegate et Randolph. La raison officieuse : c’est beaucoup moins cher à produire.

Un changement de format filmique peut-il aider à faire décoller la série ? Dans le passé, ça a fonctionné. Pour le coup, on aurait plutôt envie de dire « Non ». Et même « Non, merci ». Mais la série va s’arrêter trois mois pour travailler sur de nouveaux décors et de nouveaux scripts. Du coup, on dira « Pourquoi pas », quand bien même quatre épisodes pour changer le plomb en or, ça paraît peu.

Non, en vrai, on va vous dire pourquoi on préférerait que ça marche : dans le cas contraire, Michaels est capable de négocier la signature d’un contrat de quatre nouvelles saisons… et de l’obtenir. Et ça, c’est assez flippant.

 

La volonté d’en finir

Par Dominique Montay

Deux annonces réjouissent (ou pas) les fans (peu nombreux mais motivés) de Treme et de Bored to Death. Les deux séries auront droit à une fin digne (ou pas) de ce nom. La première s’est vue confirmée une troisième saison réduite de 5 épisodes. Annonce qui traduit bien ce qu’HBO pense de la série: c’est un gouffre à pognon, mais ils aiment son showrunner, David Simon. Donc on coupe la poire en deux.

Pour Bored to Death, les fans devraient avoir droit à un film de clôture. Ted Danson, le 25 octobre, a confirmé que le travail avait commencé. HBO n’a rien confirmé, si ce n’est que le film était en développement « et on ne parle jamais de ce qui est en développement », ont-ils dit via un de leur porte-parole.

C’est super.

C’est génial.

Sauf que vu que je ne regarde ni Treme ni Bored to Death, je m’en cogne allègrement. Ca ne sera certainement plus le cas quand je me serais lancé dans le visionnage de ces deux séries (c’est prévu, c’est dans la liste). A ce moment précis je baiserai les pieds des gens de HBO, je les remercierai d’avoir offert une clôture à un récit qui m’aura enthousiasmé, à des personnages qui m’auront ému ou fait rire.

Pour l’instant j’ai juste envie de leur demander où est-ce qu’il est ce film Deadwood, bordel ?

Je sais, je suis vulgaire, mais on parle de Deadwood. La saga du grand ouest de David Milch est peut-être à ce jour la seule série (avec Terriers) qui me donne mal au bide à chaque fois que je me dis qu’elle a été annulée. J’étais passionné par ses personnages, fasciné par son esthétique, emballé par ses trames. J’adorais sa gestion du temps, ses faux-rythmes, ses dialogues profonds qu’on entend nulle part ailleurs.

Je ne sais pas si HBO avait réellement lancé le développement de ces deux téléfilms de 2 heures dont ils ont parlé à une époque. Je ne sais pas à quel point on a été proche d’un accord il y a un an, comme l’a dit David Milch en janvier de cette année. Je ne sais même pas si moi, télespectateur, j’aurais été satisfait par un film, ou un double-film Deadwood.

En fait je voulais une saison 4. Et peut-être même une 5. En fait je ne voulais pas que ça se termine. L’amateur de série, parfois, a aussi envie de ça : que la série aimée ne parte pas.

 

En France, la morale est sauve (l’intégrité des oeuvres, par contre…)

par Nicolas Robert

Le papier est paru le jour d’Halloween, sur Le Figaro.fr. Et en un sens, il était un peu effrayant… Son thème: la signalétique des séries, qui repose sur des critères définis par le CSA et appliqués par les diffuseurs eux-mêmes. Un article qui rappelle que ce sont les chaînes qui décident de coller un macaron -10, -12, -16 ou -18 dans le coin droit de votre écran de télé, et que le contrôle du Conseil supérieur de l’audiovisuel se fait toujours a posteriori. Un sujet dans lequel on explique, en gros, que le principe du « mieux vaut prévenir que guérir » est clairement celui qui prévaut.

On vous rappelle les règles du jeu : un programme déconseillé aux moins de 12 ans ne peut être diffusé en clair avant 22 heures, un autre déconseillé aux moins de 16 ans ne peut être diffusé avant 22h30. Le système est plutôt bien conçu, et les chaînes sont du genre prudentes.

Comme le rappelle Françoise Laborde, présidente du groupe de travail du CSA, les diffuseurs « préfèrent même mettre une signalétique plus forte, plutôt que de prendre le risque de se faire rappeler à l’ordre par la suite ».

Etant donné qu’il y a une part de subjectivité dans la perception relative que tout un chacun a de la violence, c’est assez logique. Et si le titre de ce texte peut sembler un brin provocateur, dissipons les doutes tout de suite : heureusement qu’il existe un système comme celui-ci pour distinguer ce qui est diffusé à telle ou telle heure d’écoute. Je n’aimerais pas savoir que mes enfants peuvent regarder n’importe quoi, n’importe quand sur n’importe quelle chaîne (et cela, pas seulement parce que cela voudrait dire que j’ai des enfants dont j’ignore l’existence…). Je n’aimerais pas non plus que cela survienne avant que l’on ait parlé ensemble de ce que portent les images et leur dimension transgressive (les macarons, ça ne fait pas tout).

Constater en revanche que les chaînes slaloment entre ces règles pour diffuser des séries n’importe comment, c’est autrement problématique.

On connaît tous la technique qui consiste à extirper de sa chronologie un épisode pour le diffuser à une heure plus conforme à son contenu. Ce procédé est tout sauf nouveau puisque dans les années 90, M6 exfiltrait certains épisodes d’X Files de leur ordre logique pour les proposer en fin de soirée. Si ce sont des segments indépendants, stand alone, à la limite pourquoi pas. Mais ce n’est pas toujours le cas: bon nombre de productions récentes jouent sur l’entrelacement subtil d’intrigues plus ou moins autonomes et c’est bien de ne pas l’oublier.

Quand, du côté de D8, on reconnaît que la saison 1 de Braquo vient d’être expurgée de ses scènes les plus violentes pour passer à 20h50 (d’après le même article), le problème est en revanche plus grave. Parce qu’on veut le beurre, l’argent du beurre et le derrière de la crémière. Que l’on se moque bien de savoir pourquoi on a fait la série, ou même comment elle a été pensée (et j’insiste sur ce verbe). Pour la « nouvelle grande chaîne », c’est autrement plus fâcheux que de démarrer sur des audiences modestes.

On nous objectera sans doute qu’une version non censurée de Braquo est proposée le lundi soir en seconde partie de soirée. Excusez-nous de ne pas crier « Youpi » tout de suite : toute cette histoire nous renvoie directement au crédit apporté en France à la diffusion de séries télé. Des créations dont on attend d’abord qu’elles fassent de l’audience mais dont l’intégrité, souvent, ne pèse pas bien lourd au moment de gratter des parts de marché.

Encore une fois, ce n’est pas franchement nouveau. Mais ce n’est pas parce que rien ne bouge que l’on doit forcément lâcher l’affaire. Au printemps dernier, la rédaction du Village rappelait la nécessité de repenser la diffusion des fictions en augmentant le nombre de carrefours horaires. Pour qu’à chaque public corresponde un programme et une heure de diffusion. Dans le respect des créations ET des téléspectateurs. Le temps passe, les sites et les rédacteurs évoluent… mais certains messages méritent d’être farouchement repris et portés. Celui-ci en premier, pour tirer tout un ensemble vers le haut et faire quand même du chiffre. Avec des créations d’ici et d’ailleurs.

 

A long time ago, we used to be stars

Par Dominique Montay

« Quand j’étais jeune, Brendan Fraser était une star ». Dire ça aujourd’hui, c’est se heurter à un violent « c’est qui, Brendan Fraser ». D’ici 10 ans, on aura droit à « 1999 ? Ah, j’étais pas né. » Brendan Fraser, il faut bien l’accepter, entre 99 et 2001 et avec 4 films, était passé d’acteur limité et sans grand succès à star du box-office. The Mummy, Blast from the past, Bedazzled et The Mummy returns, autant de succès internationaux qui firent de Fraser une star.

Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ? La sensation que Fraser s’est fait piquer le créneau par un autre beau gosse pas très doué, Ashton Kutcher. Et quid de Brendan Fraser ? Eh bien il vient de se faire éjecter d’un projet. Legends, nouvelle série préparée par Howard Gordon pour la chaîne TNT. Officiellement pour divergences créatives (excuse qu’on utilise toujours quand il ne faut surtout pas dire la vérité). Legends racontait l’histoire d’un agent d’infiltration capable de changer complètement de personnalité suivant le boulot.

La magie d’Hollywood, celle qui voudrait nous faire croire qu’un acteur limité joue un rôle pareil. Ou le syndrome Dushku-Dollhouse. Fraser subit un énorme contre-coup dans sa carrière et ne semble pas trouver de second souffle. Après le désastre Tell (sur la vie de Guillaume Tell, un projet qui est en train de se finir devant les tribunaux), Fraser pensait trouver son bonheur à la télévision. Raté. On attend la prochaine étape : la sitcom avec lui dans le rôle principal : Brendan ! (oui, le point d’exclamation est capital). C’est faux, mais c’est crédible, non ?

Cette mauvaise passe professionnelle nous ramène à un ex-golden boy de l’entertainment américain, lui aussi sur le devant de la scène ces derniers jours : Zach Braff. Rappel : Braff a été, pendant près de 10 ans la star de la série comique Scrubs. 2004 fut son année. En dehors du succès d’audience que représentait la série de Bill Lawrence, Braff sort cette année-là un excellent petit film : Garden State. En dehors du succès au box-office qui voit le film dépasser les 35M de dollars au box-office US, Garden State a été encensé par la critique. Certains voyaient en Braff un nouveau Woody Allen. Rien que ça.

Contrairement au réalisateur d’Annie Hall et de Manhattan, Braff a été très loin de fournir un film par an, vu que rien ne vient depuis Garden State, non sans que son nom soit attaché à différents projets. N’en avait-il pas l’envie ? Etait-il déjà vidé après son premier film ? Est-il resté trop longtemps sur Scrubs, excellente comédie au demeurant ? Pas de réponse simple. Tout pourrait résider dans les problèmes que Braff rencontre pour monter ce qui devait être sa deuxième réalisation : le remake du film danois Open Hearts, sorti en 2002 et dont Mads Mikkelsen (Casino Royale, La Chasse) était la star. D’abord retardé à cause du constant renouvellement de Scrubs, le film serait abandonné suite à des problèmes de casting.

Braff est actuellement au Royaume-Uni pour y jouer sa pièce All New People avec Eve Myles (Torchwood), pièce aux critiques mitigées. Prêt à nous faire une Schwimmer, Zach ? Disparaître d’Hollywood et de tout ses faux-jetons pour tenter sa chance sur le vieux continent ? Pas tout à fait, puisque la semaine dernière, ABC a acquis les droits de diffusion d’un projet de série de Braff : Garage Bar, censé d’après la communication autour du futur show, être une série sur le travail ayant le ton de Garden State. Why not ?

Si l’asbence médiatique de Zach Braff, son retrait de projets majeurs, ressemblent plus à une fuite mi volontaire, celle de Brendan Fraser ne semble répondre qu’à un rejet global des responsables d’Hollywood. Mais l’un, comme l’autre, pour des raisons bien différentes, pourraient très bien disparaître s’ils ne font pas attention. Ou s’ils le souhaitent vraiment.

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