Revue de presse : The Master, de Paul Thomas Anderson

Revue de presse : The Master, de Paul Thomas Anderson

Appelez moi le directeur ! Personne n’a vu The Master (en salles aujourd’hui) au Daily Mars et franchement, au vu du prestige du 6e film de Paul Thomas Anderson, on n’est pas très fier… Nos experts sont formels : ça craint. Histoire de rattraper le coup, on est allé renifler, tout piteux que nous sommes, du côté des écrits des confrères et nos experts sont encore formels : The Master jouit d’une très bonne presse. Quoique…

 

 

 

 

 

 

 

Au fait de quoi ça parle ? De la rencontre révélatrice entre un vétéran alcoolo de la seconde guerre mondiale (Joaquin Phoenix) et le charismatique Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman), gourou d’un mouvement en plein essort : la Cause. Même si Anderson nuance cette idée, The Master serait « un film sur la Scientologie », avec Dodd en guise de L. Ron Hubbard et la philosophie de la Cause en guise de dianétique. Mais surtout, The Master est un film ambitieux jusqu’au vertige, dont le propos ne se limite pas à une réflexion critique déguisée sur la Scientologie mais à un regard plus général sur l’Amérique et ses fondamentaux. Ha oui, tout de suite, ça pose un film.

Déjà récompensé d’un Lion d’argent ainsi que de prix d’interprétation à Philip Seymour Hoffman et Joaquin Phoenix à Venise, The Master est incontestablement un succès critique. Gratifié d’un taux de critiques positives extrêmement élevé, à 85%, sur le site Rotten tomatoes, The Master rallie tous les sufrages sur un mot : la maîtrise. Gérard Delorme, de Première plane carrément : “Comme dans There will be blood, Paul Thomas Anderson gagne la partie dès les premières séquences de The master, qui propulsent le spectateur à une altitude si élevée qu’il lui sera difficile de redescendre”. 

Et tandis que Delorme plane, son collègue de bureau Frédéric Foubert vogue, loin : “The Master, oeuvre d’une richesse thématique et d’une splendeur visuelle inouïes, s’impose comme le film où il largue définitivement les amarres”. Et de poursuivre : “Enluminé par une photo belle à pleurer signée Mihai Malaimare Jr. (chef opérateur des derniers Coppola), c’est un terrain de jeu idéal pour un Joaquin Phoenix en état de grâce, qui bouge et respire comme une bête traquée, convoquant le souvenir des grands portraits de misfits du cinéma des 50s”.

Sur France Info, où l’on congratule généralement les films à sieste, Jean-Baptiste Urbain recommande chaudement The Master lui aussi et, outre les interprétations de “deux immenses acteurs”, salue une oeuvre sur “une Amérique qui se cherche et va se trouver dans la croyance. On ne sait pas toujours de quoi ça parle mais généralement les plus grands films sont ceux qui se prêtent à toutes les interprtéations possibles”. Vincent Malausa, dans Les Cahiers du cinéma, enfonce le clou : The Master est “Le meilleur film d’Anderson à ce jour. En choisissant de buter contre la solitude de ses deux héros, en subtilisant l’horizon de son cinéma (le  » grand sujet « ) au profit d’une fuite en avant, il ouvre son oeuvre à une puissance d’errance et d’affabulation qui ne le cède en rien à son désir de plus en plus affirmé de grandeur

The Master, titre visant le personnage incarné par Philip Seymour Hoffman, c’est très vraisemblablement aussi Paul Thomas Anderson lui-même, qui livre un film à l’incroyable maîtrise, comme dit plus haut. L’extrême maîtrise. L’excès de maîtrise ? C’est le principal grief adressé par Les Inrocks : “Un film doit-il être parfait ? Bien sûr. À condition de ne pas confondre la perfection avec la répétition bien ordonnée de figures de style rabâchées, classifiées, étudiées : l’académisme. Or c’est bien ce qui menace sans cesse The Master et son auteur : une propension certaine à répéter sans inspiration, sans souffle, sans sincérité, des formes certes modernes, mais confites dans leur autosatisfaction”.

Xavier Leherpeur, de Studio Cine Live, se garde bien de défoncer cette oeuvre intouchable, mais ne peut retenir un léger agacement : « The Master est un grand film. Indéniablement. Mais, pour être le chef-d’oeuvre dont semble rêver son auteur, peut-être aurait-il fallu estomper cette cérébralité envahissante ». Pour Le Passeur Critique, “C’est surtout l’interprétation actor’s studio de ces deux acteurs Seymour Hoffman (sic) et Phoenix qu’on retient de cette fresque d’époque, les enjeux dramatiques étant parfois chloroformés sous le poids de la mise en images”. Ce vieux filou de François Forestier, lui, semble s’être copieusement rasé pendant la projection.

Dans sa critique sur le site Ciné Obs, papy François y va de son petit calembour, taxant PT Anderson de “filou artistique” : “Quel est, au juste, le sujet de ce film de cent trente-six minutes ? Allez savoir. Où est passé le Paul Thomas Anderson des films précédents, avec des éclairs de poésie, des inspirations inattendues, des embardées hallucinantes ?” Et plus loin : “Les deux acteurs, Hoffmann et Phoenix, trouvent ici des rôles qui devraient leur valoir, à tous deux, des oscars : tous deux sont torturés, mystérieux, bavards. Le film, lui, flotte entre un léger ennui et une manière de secret”. Vous reprendrez une parka où ca vous suffit pour l’hiver, messieurs ? Au passage, François, gaffe aux coquilles dans les textes avant de taper « enter », sur le web, ça ne pardonne pas (on en sait quelque chose au Daily Mars) !

 

« The Master est sauvage et colossal. Un culte est en formation » (New York Times)

 

Aux Etats-Unis, la critique semble très largement positive : The Master cumule un taux de 85% d’avis favorables sur le site Rotten Tomatoes mais cependant plusieurs voix perplexes se sont aussi élevée. Le célèbre et antique Rogert Ebert écrit sur son blog : “The Master est fabuleusement réalisé et interprété, mais quand j’essaie de le cerner, mes mains se referment sur de l’air. Sa thématique est riche mais le film n’est jamais clair sur ce qu’il en pense”. Le site Cinema blend tient la même note : “The Master est superbe et profond, mais sa signification reste opaque et son inaccessibilité frustrante (…) Un second visionnage est pratiquement requis, comme la plupart des films d’Anderson (…) The MAster est inoubliable, mais plus vous essayez de le décrypter, plus il vous échappe”.

Opinion radicalement opposée dans Empire, qui part très loin lui aussi comme ses confrères frenchy de Première : “Contrairement à ce qu’on dit, il n’y a aucun besoin de voir ce film deux fois. Il n’y a pas de sens caché ici, rien à “saisir”, autre peut être qu’il n’y a pas vraiment de maître, juste deux faces de la même pièce, chacun s’adressant à l’autre pour les réponses”. Fait tourner mec, c’est de la bonne on dirait !

Enfin, le New York Times, sous la plume de A. O. Scott, dresse un éloge enflammé : “Dans The Master, les chefs déco Jack Fisk et David Crank ont produit une version sensuelle, richement détaillée et absolument plausible des années 50 et le chef opérateur Mihai Malaimare Jr tire parti de la densité et l’éclat du 70 mm pour approcher la luxuriance et la grandeur visuelle des grands mélo du milieu des années 50. Les spectres de George Stevens, Max Ophuls, Nicholas Ray and Douglas Sirk, auteurs de l’ère Eisenhower, planent autour du cadre” Et Scott conclut en apothéose : “The Master est sauvage et colossal (…) C’est un film sur le vertige et la folie des grandeurs, qui se rapproche du grand film. Il y aura des sceptiques, mais un culte est déjà en formation. Vous pouvez me compter dedans”.

Aux sceptiques basant leurs reproches sur l’opacité du film, on rappellera qu’en son temps 2001 de Kubrick endura de sévères critiques irritées par le flou de sa signification. Rendez-vous donc dans 40 ans pour voir si c’est P.T Anderson qui avait raison…. Et nous, on file voir le film en salle pour venir vous confier nos impressions dés que possible.

 

The Master, de Paul Thomas Anderson (2h17). En salles.

 

Partager