Revue de presse : Tiger Lily, les scénaristes se lâchent

Revue de presse : Tiger Lily, les scénaristes se lâchent

Mercredi 27 février, Nicolas Robert et moi-même avons eu la chance de participer à une nouvelle émission sur les séries télé « La Série sur le gâteau ». Marraines de l’émission, les scénaristes de Tiger Lily, Charlotte Pailleux et Negar Djavadi ont expliqué avec une sincérité rafraichissante comment la série qu’elles avaient imaginé, n’a jamais été diffusée.

A gauche, Charlotte Pailleux et à droite Nejad Djavadi

Entre la génèse de la série en 2003 et sa diffusion en 2013, le calcul est facile à faire, dix années se sont écoulées. Dix années pendant lesquelles, les deux scénaristes ont écrit des dizaines de versions de ce qu’elles avaient imaginées. De nombreuses personnes se sont succédées à la tête de la fiction de France 2 pendant ce même laps de temps, tellement nombreuses que je ne suis pas sûre d’avoir retrouvé tous ces noms (Laurence Bachman, Perrine Fontaine, Jean Bigot, Vincent Meslet et actuellement Thierry Sorel) (1).10 années aussi pendant lesquelles, le rôle de la fiction a considérablement changé à la télévision française.

Dans une interview accordée au site Season One, les deux scénaristes confient que l’idée de la série télé est partie de la création de ces quatre personnages féminins. Tiger Lily, c’est l’histoire de quatre femmes dans la quarantaine, qui faisaient partie d’un des plus grands groupes (imaginaires) de rock français dans les années 1980. Ces quatres femmes, elles ont écrit leurs caractères, leur parcours, leur passé, leur présent pendant plus de 8 ans et pourtant pendant le tournage en 2011, elle n’avait pas voix au chapitre. Ni sur les costumes, ni sur le jeu, ni sur les décors… C’est ainsi que le personnage de Rachel a été massacré. C’était censée être une tête brûlée, une femme qui avait fait l’armée israélienne et qui exprimait sa rage dans sa musique. Les scénariste l’ont écrit avec Mia Farrow en tête. Et pourtant, c’est une sous-Bree Van de Kamp qu’on retrouve à l’écran. Son goût pour les armes n’est évoqué qu’au détour d’une phrase dans l’épisode 5, alors qu’il aurait nécessité d’être expliqué bien avant pour se détacher de la célèbre « desperate housewive ».

On rigole, on rigole, mais en coulisses, ça rigole moins.

Des réécritures comme celle-ci, les créatrices de la série en ont vécu des dizaines et des dizaines. Mais ce qui est le plus compliqué c’est de garder le cap, une fois que le réalisateur arrive sur le projet. La collaboration avec Benoit Cohen n’est pas toujours facile comme l’explique Charlotte Pailleux : « Sur ses autres projets, Benoit Cohen était aussi auteur et c’est la première fois qu’il acceptait de ne pas écrire, de ne pas être l’auteur. Il a voulu le (la réécriture NDLR) faire avec nous. Mais ça été chaud car nous deux, on défendait notre série comme des tigresses. »

C’est là qu’on voit qu’il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour faire reconnaître les séries comme des créations du scénariste et non du réalisateur. Negar Djavadi confie : « C’est pas tant que les textes ont été retravaillés. C’est pire que ça. On revient sur des textes qui initialement avaient été validés par la chaîne. C’est un jeu de négociations permanent entre auteurs et réalisateur car il est aujourd’hui encore en France considéré comme primordial. » Les scénaristes, ceux qui ont créé l’univers de la série, perdent leur rôle au profit d’un réalisateur qui n’arrive qu’un mois avant le tournage.

Les « jeunes » Tiger Lily

A la lecture de ces interviews et après les avoir entendues à la radio, on comprend mieux les incohérences que nous avons vécu en tant que téléspectateur. Nicolas Robert l’exprimait très bien dans sa critique. S’il a fallu tant de combat pour faire aboutir un tel projet, pas étonnant que l’histoire y ait laissée quelques plumes. On peut se demander par contre, pourquoi les auteurs doivent se battre autant et crier si fort pour se faire entendre. Nul doute que la franchise des propos de Charlotte Pailleux et Negar Djavadi ont dû être apprécié à France Télévisions.

L’aventure Tiger Lily est surtout la preuve, s’il en fallait une de plus, que tant que les chaînes ne feront pas confiance aux auteurs, les programmes ne seront pas de qualité. On obtiendra encore et encore ces projets hybrides où la chronique se mélange au polar qui se mélange à la fiction jeunesse qui se mélange à je ne sais quoi d’autre (Coucou Clash). L’aventure Tiger Lily est censée se prolonger pour une saison 2. Les auteurs ont déjà commencé l’écriture. A moins que les (très) mauvaises audiences de la série, ne lui assènent le coup mortel avant de nous laisser voir vraiment ce que les auteurs avaient à nous montrer. Tiger Lily restera alors le projet de deux tigresses qu’on a voulu mettre en cage.

Crédits Photos: Charlotte Pailleux et Negar Djavadi (© GROUPE 25 IMAGES)/© Ego Productions / France 2

(1) Même si l’idée est née en 2003, il a fallu du temps pour que tout se développe. La série Tiger Lily a bénéficié du Fonds d’Aide à l’Innovation en 2007, avant d’être acheté par France 2 en 2010. Le tournage lui a eu lieu début 2012. La diffusion était du 30 janvier au 13 février 2013.

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