Revue de Presse : Veronica Mars le film, super nouvelle, c’est une honte ?

Revue de Presse : Veronica Mars le film, super nouvelle, c’est une honte ?

Rob Thomas va pouvoir faire son film Veronica Mars. Si on se borne à cette nouvelle, on ne croise que des sourires sur les visages, ou les regards interloqués de ces gens qui se demande ce que c’est qu’un « Veronica Mars », peut-être une barre chocolatée au caramel et à la fraise (pour le côté Veronica). Mais comme dans les films avec des génie qui exaucent des vœux, il y a un coup fourré. Du moins c’est ce que certains avancent. Car si film Veronica Mars il y a, c’est parce que les fans ont donné plus de 3 millions de dollars. Et pas à Rob Thomas. A Warner Bros.

Le symbole du malin.
Mwuhaha

Petit rappel des faits : Veronica Mars est une série d’inspiration Film Noir, basée dans la ville de Neptune, qui ne compte pas de classe moyenne mais d’un côté les fortunés (nantis, puissants, salopards), et de l’autre les petites gens (fauchés, débrouillards, nobles). Au milieu de tout ça évolue Veronica Mars, lycéenne, brillante, jolie, pas populaire pour deux ronds. Son papa était shérif, mais s’est fait lourder après avoir accusé un homme puissant du meurtre de sa fille, et est devenu détective privé. Sa fille lui sert d’assistante, mais pas que.

Veronica Mars a duré 3 saisons, un petit miracle en soit, sur la CW. Elle vient de l’esprit fertile de Rob Thomas, et ne s’est jamais détournée de son principe de base: c’est un Film Noir, ça ne finit pas forcément bien. Dans ses meilleurs moments, la série est tout simplement brillante. Dans ses mauvais, elle est divertissante. C’est donc ce qu’on peut appeler une très bonne série. Une très bonne série qui n’a pas vraiment de fin, vu que la saison 3 se termine sur un cliffhanger (certes calme, mais qui ne donne pas de sentiment de résolution).

Créateur et interprète dévoués ou façade souriante et sympathique qui cache les manigance d’un conglomérat malfaisant ? Sincérité ou arnaque ? Ketchup ou Mayo ?

Rob Thomas n’a jamais oublié Veronica Mars, au point où il a tourné un teaser de quelques minutes sur ce qui pourrait être la suite de la série: Veronica rentre au FBI. Mais la CW ne donna pas suite. Depuis 2007 et l’arrêt de la série, Rob Thomas assure qu’il veut faire un film. Problème : Warner Bros, qui possède la licence, ne veut pas (oui, le but d’un grand studio est de faire de l’argent, pas d’en perdre, étrangement). De plus, Rob Thomas n’a pas dans sa besace un projet qui pourrait lui permettre de gagner en influence. En gros, il ne va pas réaliser un The Avengers et faire gagner 1 milliard et demi à la Warner, si vous voyez ce que je veux dire.

Puis vint l’idée du Kickstarter. Il y a une tactique de football américain qui s’appelle « Hail Mary ». En gros, vous êtes en retard au score, il reste peu de temps, beaucoup de terrain à parcourir… vous décidez d’envoyer vos receveurs le plus loin possible afin de tenter la passe de la dernière chance qui vous ramènera des points… ou vous fera perdre le match. Le Kickstarter de Thomas, c’est son Hail Mary. Sans ça, pas de film possible. Comme il le dit chez Alan Sepinwall, aucune autre forme de financement n’avait fonctionné. Personne (en dehors des fans, de Thomas et de son équipe, ne voulait d’un film Veronica Mars).

Mais en gros, il consiste en quoi ce kickstarter ? On donne de l’argent pour que Warner Bros le dépense ? C’est tout ? Pas tout à fait. Chaque don équivaut à un prix spécial. Pour 10$ (la base), vous avez le droit à une copie digitale du script, le jour de la sortie du film (prix pas terrible, on en convient). A partir de 35$, vous avez le script, un tee-shirt, et une version digitale du film le jour de la sortie. A partir de 50$, le DVD avec un making-of, plus le script, le tee-shirt… Les autres dons offrent des lots plus étonnants, du genre une vidéo personnalisée enregistrée par Kristen Bell, un poste de figurant, un rôle parlant dans le film…

Hihi, du pognon !

Si on épluche bien, à part le fait que les prix sont un peu gonflés par rapport au marché, c’est réclamer au fans de payer les goodies d’avance. En procédant de la sorte, on inverse le protocole habituel (c’est à dire le film est fait, les goodies sont vendus, le studio se rembourse, puis fait des profits). Ici, l’argent des goodies vendus lors du kickstarter sera mis intégralement dans le budget d’un film. Pas dans les poches du studio. Évidemment, rien n’empêche qu’après coup (et c’est bien là le cœur de la polémique), Warner fasse de l’argent sur Veronica Mars, si le film est un succès, si les DVD se vendent bien, si des goodies supplémentaires sont écoulés. Et du coup fasse de l’argent sur le dos des donateurs qui ne récupèreront pas leur mise. Sauf que les fans les plus motivés, en gros le cœur de cible des studios, possèderont déjà ces éléments. Il se peut qu’après coup (et ça viendrait certainement mettre fin au système initié par cette tentative), le film fasse 15 entrées, ne vende aucun DVD et qu’aucun goodies ne se vende, laissant la Warner (qui a accepté d’endosser les coûts de distribution si le kickstarter était un succès) sans profit, voire obligé de mettre de sa poche.

Quoi qu’il arrive et qu’il advienne, cette initiative pose des questions, soulève une polémique assez forte, entre pro et contre. On ne peut pas juste la résumer à « cool, un film Veronica Mars va se faire » ou à un aussi simpliste « donner de l’argent à un gros studio, mais où va le monde ? ». Parce que, qu’on le veuille ou non, comme le démontre le site salon.com (1) dans un article très intéressant et dépassionné : on donne déjà aux grands studios. Et pas toujours pour de bonnes raisons, ou dans le but de voir quelque chose qui vous fait envie. Certaines personnes sont allées voir The Amazing Spiderman et s’en mordent les doigts (je lève la main). Mais quelque part, elles ont financées le second. D’autres sont allées voir Die Hard 5 et ont peut être motivé la mise en chantier d’un 6.

35$ pour financer Veronica Mars contre des goodies surpayés, ou 10$ pour voir… ça… ?

Il ne faut pas oublier le cas particulier qu’est Veronica Mars: sans le kickstarter, point de film. Et Rob Thomas pourra faire le film qu’il veut, sans un interventionnisme lourd de la Warner. On est loin d’un Michael Bay qui viendrait réclamer de l’argent pour Transformers 4. Les Studios américains sont dans un logique de limitation des risques (ça ne date pas d’aujourd’hui, sinon on entendrait moins le mot « sequel »). Ce modèle offre une possibilité étonnante: anticiper les gains, financer plus facilement. La plupart du temps, anticiper revient à regarder une boule de cristal.

Ici, c’est au spectateur de faire le tri: « ai-je envie de donner à n’importe qui, pour n’importe quoi ? » « ai-je envie de mettre de l’argent là dessus ? ». Des questions qu’on doit se poser tout le temps, en tant que consommateur responsable. Penser que la Warner Bros. vient de nous arnaquer avec le kickstarter de Veronica Mars, c’est oublier le nombre de fois où elle nous a arnaquée par le passé, sans qu’il y ait un kickstarter.

(1) : Merci à Carine pour le lien

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