Revue de presse (Girls, The Wire, The Walking Dead, Community)

Revue de presse (Girls, The Wire, The Walking Dead, Community)

Tous les quinze jours, la rédaction du Daily Mars revient sur des news publiées (ou pas) dans ces pages au cours des deux dernières semaines. Au sommaire cette fois-ci : du Walking Dead, du Lena Dunham, du David Simon et du Community.

Les zombies plus forts que tout

Par Dominique Montay

Incroyable. Historique. Renversant. Dimanche 14 octobre est un jour dont la télévision américaine se souviendra. Le jour où une chaîne du câble payant a damé le pion à toutes les autres. Le jour où une série loin d’être familiale, loin de fédérer, une série qui segmente son audience a battu toutes les autres.

Le jour où The Walking Dead a rassemblé, sur AMC 10,9 millions de télespectateurs, et battu toutes les autres séries sur le terrain très convoité des 18-49 ans.

Si la presse US a beaucoup relayé ce résultat, peu d’explication ont été données. Depuis le départ de l’aventure, The Walking Dead est un succès inexplicable. Ses ventes en comics, d’abord, dans une industrie qui souffre considérablement, sont incroyables. Il y a The Walking Dead et les autres. A la télévision, c’est la même chose. Depuis son arrivée sur AMC, elle a redéfini les standards de la chaîne sur ce qu’elle estimait être « un succès » (des scores qui ont certainement précipité l’annulation de la pourtant excellente Rubicon).

La franchise créée par Robert Kirkman est une machine à succès. Et même lorsque Franck Darabont a lancée son entreprise de démolition au début de la série (en transformant un comic book intense et violent en série soporiphique, bavarde, et qui donne la part belle aux personnages les plus insipides et mal interprétés…). Depuis le traumatisme de la période Darabont, les choses ont changées. Glenn Mazzara (The Shield) est venu à la rescousse, showrunnant une deuxième moitié de saison 2 qui gagna en qualité d’épisode en épisode.

Aujourd’hui, les fans de la série d’origine doivent enfin retrouver cet univers auquel ils ont adhéré. Le season premiere était violent, dur, intense et surprenant. Et en une scène d’ouverture, Mazzara a expédié l’héritage Darabont. Une scène sans dialogue. The Walking Dead a changé. Mais The Walking Dead a gagné. Et peut être qu’en une soirée, The Walking Dead a prouvé aux grands networks que faire des séries qui prennent des risques, qui tranchent dans les habitudes, c’est peut-être la recette pour relancer des audiences en difficultés.

Lena Dunham, une Girl au pays des showrunners

Par Nicolas Robert

 Devenue un vrai petit phénomène télé en moins d’une année, à la fois actrice, scénariste, réalisatrice et productrice de Girls sur HBO, Lena Dunham est revenue, dans un entretien proposé en deux parties par Slate.fr, sur la première saison de la comédie que tout le monde essaie désespérément de catégoriser dans tous les sens.

Constat : l’échange, conduit par Meghan O’Rourke (de Slate.com), est vachement bien mené. C’est même, en gros, l’interview idéale sur le sujet. A cette occasion, Dunham parle effectivement de sa série mais élargit le spectre de ses réflexions à ce qu’est la création d’une fiction télé –et a fortiori, d’une œuvre en général.

Ce que ça raconte ? Pour faire court, que Girls est un heureux mélange de convictions fortes, d’aspirations profondes, et d’une vraie part d’inattendu. Ce truc en plus qui vient redonner de la force à l’humain, aux rencontres sur un plateau. Tout ceci, Dunham le reconnaît avec humilité et enthousiasme, notamment lorsqu’elle revient sur tout ce qu’Adam Driver et Zosia Mamet ont apporté au projet initial.

L’entretien -qui aurait pu sobrement s’appeler « Lena Dunham : «Bon, en fait Amandine du Daily Mars a tout compris» »- revient aussi sur quelque chose de fort : c’est l’envie de raconter une histoire différente, avec des personnages féminins différents, qui, par ricochet, a déclenché un débat féministe. Pas l’inverse.

Tout le challenge pour la demoiselle, plus que jamais sous le feu des projecteurs, c’est de trouver la bonne distance face à toutes les questions que suscitent sa création. Surtout à une heure où tout le monde peut vous interpeller sur telle ou telle interrogation via Twitter.

L’intéressée en parle de manière sincère… et on sent que ce n’est pas toujours évident. En la lisant, on se rend compte que, finalement, développer une série s’apparente à une expérience que l’on pourrait intituler « Connais cet autre toi toi-même ». On sent cependant que la jeune femme n’est pas là par hasard. Qu’il y en a elle une certaine maturité et qu’elle est prête à embrasser toutes les contradictions liées à cette étonnante aventure.

Cela ne garantit pas que le public et surtout la critique – parfois très prompte à plaquer dans une série tout ce que l’on n’y trouve pas forcément – ne l’éreinteront pas par la suite. C’est le jeu, ma pauvre Lucette. Mais cette interview a un petit côté « Je suis une showrunner parmi d’autres ; avec mes doutes, mes questions et surtout mes propres aspirations » qui donne encore plus envie de la suivre. Vivement le mois de janvier, donc.

Tommy Carcetti, héros d’une série que vous ne verrez pas

Par Nicolas Robert

Bon, c’est la dernière fois que je parle ici de David Simon. Tout au moins avant un petit moment. Ce n’est pas que je n’aime pas ça, au contraire : je pourrais le faire pendant des heures, des jours et des semaines. Mais pendant ce temps, on met le reste en stand by et c’est tout aussi frustrant.

Peut-être l’avez-vous vu, peut-être pas… mais ça mérite qu’on s’y arrête deux minutes : fin septembre, le créateur de The Wire a confié à la rédaction de Salon.com qu’il avait été question, en 2004, de lancer un spin off de la série, intitulé City Hall et centré sur le personnage de Tommy Carcetti.

«C’est une histoire très drôle, mais à un certain moment de la saison 3 de The Wire, après que l’on a introduit la politique dans la série, nous sommes allés voir Chris Albrecht (A l’époque PDG de HBO, NDLR) et on lui a dit : « Voici le pilote d’une série appelée City Hall, dans laquelle on suit le personnage de Carcetti et sa carrière politique. Et nous voulons la faire fonctionner en tandem (avec The Wire) » ».

Seul problème : à l’époque, les chiffres de la saison 3 de The Wire, comme l’a confié Simon la semaine dernière lors d’une masterclass au Forum des images de Paris, n’étaient pas bons. Vraiment pas bons. La faute, notamment, à la concurrence frontale de la saison de football américain.

La réponse d’Albrecht fut donc sans équivoque.  « Ce pauvre gars nous a écouté, raconte Simon, et il a dit : « Oui, c’est ce dont j’ai besoin. Deux séries tournées à Baltimore et que personne ne regardera » ».

Le projet a fini dans les cartons. Ce que regrette encore un peu Simon. « Cela aurait été un incroyable political show, pour porter un regard plus intime sur Carcetti que nous n’avions pu le faire jusqu’alors. Le regarder manœuvrer jusqu’au poste de gouverneur et peut-être au-delà, cela aurait été une aventure incroyable (…) J’en ai parlé à quelques-uns des auteurs spécialisés dans la politique et plusieurs m’ont dit « Si ça se fait, je veux en être ». J’étais déjà en train de penser à un pool d’auteurs… ». En vain.

Dans une grosse poignée de mois, Treme terminera sa course sur HBO. Et les exécutifs de la chaîne l’ont redit au Daily Mars: dès que ce sera le cas, ils examineront d’autres projets avec David Simon. Et s’il retentait le coup avec cette idée ? En terme d’options, on a franchement vu plus stupide.

Community, cette série qui dérange

Chevy Chase se demande ce qu’il fait dans Community ? Nous aussi…

Par Dominique Montay

Ce vendredi 19 octobre, c’était le retour de Community sur NBC ! Yay ! Youpi ! Quoi ? Ah ben non, en fait non. Pas facile d’être un fan de Community aux USA. En même temps, au vu des audiences, il n’y en a pas beaucoup. Il y a eu l’histoire du hiatus l’an dernier. Puis les divers malaises entre Dan Harmon et Chevy Chase. Puis l’éviction de Dan Harmon. Et en ce mois d’octobre, il se passe quoi ? NBC a fait du NBC.

Ca va faire une paye que la chaîne qui, autrefois dominait les audiences avec sa « Quality-TV » (Urgences, Homicide, Friends, Seinfeld…) est aux abois. Tout va de mal en pis depuis le règne Kevin Reilly (2004-2007), arrivé alors que la chaîne dominait tout, et dont la seule idée notable a été de gonfler la durée de ses séries à succès pour maximiser les revenus publicitaires, maintenir en vie des shows qui réclamaient l’euthanasie, sans lancer de nouveauté digne de ce nom. (Bravo à lui)

Depuis, NBC ne possède plus de locomotive d’audience, hormis « The Voice ». La chaîne annule à tour de bras, et conserve certaines séries, parfois juste parce qu’elle est consciente qu’elle ne trouvera pas mieux, ou simplement parce que le studio associé à la série veut tellement placer le show en syndication qu’il prend tous les risques financiers. C’est le cas pour Community. Sony veut atteindre la barre de la centaine d’épisodes, et ainsi toucher le pactole en revendant la série à des diffuseurs locaux.

Un choix qui s’avère encombrant. Aujourd’hui, la grande nouveauté tient en deux infos. La première, c’est que la série n’est pas revenue, comme prévu, le 19 octobre. La seconde, c’est que Chevy Chase est toujours un imbécile, même sans Dan Harmon pour le provoquer. Chevy s’est plaint du fait que son personnage est raciste (la ferme, Chevy). Du coup, il a crié sur le plateau (la ferme, Chevy).  Et pour appuyer son raisonnement, il a balancé que la prochaine étape pour son perso, ça devait être d’appeler les deux blacks du casting « nigger » (non mais vraiment, la ferme, Chevy).

En dehors de ce problème, facilement gérable (franchement, est-ce que NBC sait que les gens qui regardent Community n’en ont rien à carrer de Chevy Chase ?), il en existe un autre: la non mise à l’antenne de la série. Au-delà du signal que ça envoie (NBC se fout de Community, NBC va annuler Community…), il s’agit peut-être plus d’une démonstration du manque de jugeote dont fait preuve la chaîne en matière de communication extérieure.

Si NBC a fait de la sorte, c’est parce qu’ils comptent sur Community pour prendre le relai d’une autre série qui risque l’annulation. L’exemple récent de Whitney qui a remplacé Animal Practice, parle en ce sens. Comme Community, Whitney devait reprendre vendredi dernier. Prendre le créneau d’une série à l’agonie le mercredi ou le jeudi, plutôt que d’aller sur le cimetière  des éléphants de la TV US (le vendredi soir), ça n’est peut-être pas la pire nouvelle possible pour Community.

Mais on ne pourra pas dire que la série aura été épargnée durant son existence…

This just in, Troy & Abed in the Morning réagissent à cette première avortée

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