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Robin Hobb : « J’ai pensé de nombreuses fois à laisser Fitz tranquille »

Robin Hobb : « J’ai pensé de nombreuses fois à laisser Fitz tranquille »

Auteure majeure de la Fantasy américaine, Robin Hobb a débuté sa carrière en 1980 mais c’est en 1995  qu’elle inaugure la saga mythique  de LAssassin Royal  : dans un monde médiéval, nous suivons, de son enfance à l’âge adulte, le destin de Fitz, bâtard royal et assassin. Une histoire de trahison, d’amour, de destin, avec une pointe de fantastique qui s’invite petit à petit dans le récit. Elle développe un univers, un monde entier avec ses règles et ses créatures. En l’espace de 20 ans, ce sont plus de 45 livres qu’elle publie en France, parfois sous le pseudonyme de Megan Lindholm. Elle touche ainsi à l’urban fantasy, va dans des avant-postes perdus. Mais aujourd’hui, Robin Hobb revient vers Fitz, qu’elle avait laissé voici 9 ans, dans Adieux et Retrouvailles. Une histoire qu’elle porte en elle depuis bien plus de 20 ans. Et passe par la France, à l’occasion de sa cinquième venue aux Imaginales d’Épinal.

Credit - Astrid di Crollalanza-8

Credit – Astrid di Crollalanza

 

La dernière fois que nous avons vu Fitz c’était en 2003. Pourquoi avez-vous souhaité revenir sur l’histoire de ces personnages ?

Le Soldat Chamane est en cours de réédition chez Flammarion, avec de nombreuses illustrations de Benjamin Carré. Le tome 1 (ci-dessus) est paru le 3 juin dernier.

Le Soldat Chamane est en cours de réédition chez Flammarion. Le tome 1 (ci-dessus) est paru le 3 juin dernier, avec de nombreuses illustrations de Benjamin Carré

J’ai commencé à parler de Fitz et du Fou il y a environ 20 ans. Et l’histoire que nous suivons se passe chronologiquement. Il y a le premier cycle de L’Assassin Royal (The Farseer Trilogy en V.O.), puis nous allons à Terrilville suivons Les Aventuriers de la mer. Des années passent et nous retournons voir Fitz et ce qui se passe dans sa vie, dans le deuxième cycle de L’Assassin Royal (The Tawny Man en V.O.). Je me suis un peu recluse de ce monde pendant un temps, pour écrire une trilogie qui n’a rien à voir (NDLR : Le Soldat Chamane, en cours de republication chez Flammarion). Mais j’y suis retournée dans Les Cités des Anciens, et nous voyons ce qui se passe à Terrilville et dans le désert des Pluies et des événements importants se produisent alors. Donc maintenant, des années se passent encore pour le Fou et pour Fitz, ils sont plus vieux, on peut espérer qu’ils soient aussi plus sages. Et Fitz a eu une période d’accalmie et c’est le moment de retourner à son histoire et d’expliquer ce qui se passe après.

J’ai pensé de nombreuses fois à le laisser tranquille. Après le premier cycle de L’Assassin Royal, j’ai déjà pensé, j’en ai terminé avec ce personnage. Après le deuxième cycle j’étais un peu découragée et je me suis dit qu’il était temps que cette histoire se termine. Mais il y a des idées qui ne veuillent pas partir. Je suis donc de retour dans ce monde pour une nouvelle portion de sa vie.

Vous avez commencé à écrire cette histoire en 1995, connaissiez vous déjà l’intégralité de l’histoire ou est-ce qu’elle continue à se dessiner au fur et à mesure ?

Assez étrangement, je connais déjà la fin de ce livre. Je la connaissais avant même de commencer à écrire le premier cycle. Je promène une histoire dans ma tête pendant des années avant de commencer à la taper. Et pendant des années, je savais où l ‘histoire se dirigeait, ce qui se passerait dans cette période de la vie de Fitz. Il y a des scènes que je connais depuis longtemps que j’ai hâte d’écrire. Je connais la fin de cette trilogie-là depuis 1995.

Êtes-vous surprise de l’accueil reçu par vos livres ?

Je suis encore émerveillée par l’excellent accueil reçu par mes livres. Pendant des années j’ai porté ces personnages, avant de les écrire. Durant cette période, ils sont devenus mes amis très proches. Et comme dans beaucoup de cas, nous nous réjouissons quand on les fait rencontrer à d’autres et qu’ils deviennent leurs amis. J’ai l’impression de les avoir présentés à mes lecteurs. Ces derniers les ont accueillis et ils ont commencé leur propre histoire d’amitié avec eux.

La fille de l’Assassin, votre nouveau cycle de L’Assassin royal, est le premier livre où le narrateur n’est pas seulement Fitz. Pourquoi avez vous changé de perspective sur l’histoire ?

Pendant les deux premières trilogies de LAssassin Royal, il n’y a jamais eu qu’un seul narrateur. Au contraire, dans Les Cités des Anciens et Les Aventuriers de la Mer, il y avait de nombreux points de vue. Il y aura des événements à venir dans cette histoire dont Fitz ne pourra pas être témoin. Il sera alors difficile d’écrire cette histoire sans le point de vue crucial d’un personnage qui voit ce qui se passe. J’ai pensé avec beaucoup d’appréhension à intégrer un deuxième narrateur dans l’histoire. Mais je n’ai pas pu voir d’autre moyen de raconter ce que je voulais. Il y a trop de choses que personne n’aurait vu et que je n’aurai pas pu raconter. Le deuxième narrateur est donc un ingrédient essentiel pour raconter toute l’histoire.

Le Fou est un personnage à part, parce que parmi ses caractéristiques est le fait qu’on ne connaisse pas son genre. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Parmi les illustrateurs qui ont réalisés les couvertures de ses livres, il y a notamment John Howe.

Parmi les illustrateurs qui ont réalisés les couvertures de ses livres, il y a notamment John Howe. Ici Fitz et le Fou.

La première chose à dire, et c’est très étrange, c’est qu’il ne s’agit pas de mon choix. C’est le choix du personnage.
Il s’agit d’un personnage très privé. Je n’écrirais jamais quoi que ce soit du point de vue du Fou. J’en sais beaucoup plus sur lui que ce que j’ai écrit, mais je ne sais pas tout à son sujet. Je ne pense pas que son genre soit la chose la plus importante à son sujet. Certains de mes lecteurs me disent : « C’est tellement important, nous devons savoir ! » et je leur réponds : « Pourquoi ? ». Nous ne savons pas non plus quelle est sa nourriture préférée, nous ne connaissons pas son âge précis.

Diriez-vous que toute cette histoire, les trois trilogies, est une histoire d’amour et d’amitié ?

Je pense qu’il s’agit d’une histoire d’amour, d’amitié, de perfidie, de trahison, de loyauté, d’assassinats et de plein de choses merveilleuses. Je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une seule description qui corresponde. C’est un morceau de vie. Si vous venez dans mes histoires en disant : « Je veux de l’aventure, de l’action, de l’amour ! », ces lecteurs regarderons mon livre en disant : « Mais, il n’y a pas de scènes d’amour ou d’action! ». Je pense que mes lecteurs lisent ces livres en se disant : « Je veux partager la vie de ces personnages pendant un temps . Toutes les choses, pas seulement ses histoires d’amours et d’amitiés, mais toute sa vie. ».

Pensez-vous qu’avec Le Seigneur des anneaux, Games of thrones, la fantasy a meilleure réputation que quand vous avez commencé à en écrire ?

Beaucoup, beaucoup de gens ont toujours lu de la SF et de la Fantasy. Tout comme beaucoup de gens ont lu des romances, des polars, des westerns. Certains pensent que la fantasy n’est pas vraiment de la littérature, que c’est juste pour s’amuser. Et ça me va très bien, je n’écris pas mes livres pour eux. Il n’y a pas eu beaucoup de changement, maintenant que le New York Times fait des chroniques de livres de fantasy et ne le faisait pas avant. Encore certains de mes amis me disant : « Oh, tu écris ce genre de truc… » et je leur réponds : « Oui,  absolument, j’écris ce genre de truc et j’adore écrire ce genre de truc! ». Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent. S’ils n’aiment pas le genre de livre que j’écris, tant pis, je n’écris pas pour eux.

Aimeriez-vous voir vos livres adaptés en série, au cinéma ?

L'intégral des Aventuriers de la mer et de l'Apprenti Assassin et en cours de publication chez J'ai Lu.

L’intégral des Aventuriers de la mer et de l’Apprenti Assassin et en cours de publication chez J’ai Lu.

Il y a un domaine dans lequel je sais où je suis douée : je suis douée pour écrire des livres et des histoires. Je n’ai jamais fait des films et ne saurais donc pas par où commencer. J’ai un agent, des gens viennent la voir en expliquant qu’ils veulent adapter mes livres en série TV ou un film. Quand il y aura quelqu’un qu’elle considère comme étant créatif, imaginatif et digne de confiance, alors là elle me le dira. Mais pour le moment écrire ces livres remplit tout mon temps, donc ce n’est pas quelque chose à laquelle je pense beaucoup. Je pense au nombre de pages de ce chapitre, au fait que j’ai encore trois événements à faire entrer dans ce chapitre, comment je vais faire…

Votre univers ne cesse de s’étendre, de Castelcerf, le désert des pluies, Terrilville… Même s’il reste encore du temps avant la fin de l’écriture de cette trilogie, avez-vous déjà des envies d’aller explorer ailleurs ?

Il y a encore de très nombreux livres que je souhaite écrire. Je refuse de me laisser aller à y penser. J’ai besoin de rester très concentrée sur le livre que je suis en train de rédiger. Si je commence à penser « Oh, j’écrirais bien cela après… », je me mettrais à me dire : « Oh, tiens, voilà un joli dialogue. Et je pourrais rajouter une scène ici... » et je ne ferai plus attention au livre en cours d’écriture. Donc maintenant, je n’y pense pas!

Concernant vos prochains livres, allez vous nous faire un Georges R. R. Martin et nous faire souffrir en tuant pleins de personnages ?

Les écrivains ne tuent pas leurs personnages. Au cours d’une histoire, des personnages meurent. Par exemple, des personnages dans une série télé se retrouvent dans des situations qui auraient tué une dizaine de fois n’importe quelle personne dans la vie réelle. Mais on sait tous qu’ils reviendront la semaine prochaine, dans le prochain épisode donc on se dit que la situation n’est pas si grave ! Ils sont gardés en vie artificiellement.

J’aime un livre où l’auteur se dit « Si cette situation se passe ainsi, ce personnage mourra. ». Et si c’est la façon dont l’histoire se déroule, alors le personnage meurt. Je ne pense pas qu’un auteur se lève un matin en se disant : « Je crois que je vais tuer des personnages aujourd’hui. ». On se dit qu’on va écrire cette scène de bataille, que les forces du héros sont submergés, qu’ils sont entourés d’ennemis. On réalise alors : « Oh. Quelqu’un va mourir. » Et si écrit en pensant que seulement les personnages mineurs peuvent mourir, et pas les personnages principaux, cela déforme l’histoire. Cela voudrait dire que seuls les gens peu ou pas important meurent et ce n’est certainement pas vrai.

Propos recueillis par téléphone le 2 juin 2015 par Déborah Gay. Remerciements à Brigitte Gautrand et Laura Baron, éditions Flammarion.

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