« Sans un bruit » : Le silence est-il d’or ?

« Sans un bruit » : Le silence est-il d’or ?

Note de l'auteur

Quelques mois après sa sortie aux États-Unis, Sans un bruit débarque enfin sur nos écrans à grand renfort d’affiches et autres spots télévisés positifs au plus haut point. Mais est-ce mérité ?

Seuls au milieu des débris d’un monde tout juste détruit, Lee et Evelyn Abbott tente de survivre murés dans un silence salvateur. Lorsque leur plus jeune fils se saisit d’une navette spatiale en plastique, la panique s’installe : s’il venait à faire le moindre bruit, de monstrueuses créatures se saisiraient immédiatement de lui. Aussitôt « dit », aussitôt fait… Avance rapide : 472ème jour après l’ouverture de la chasse. Les Abbott vivotent en sourdine. Reste le ventre rond d’Evelyn. Que se passera-t-il lorsqu’elle arrivera à terme ?

Si Sans un bruit et sa horde de monstres font au premier abord écho à Alien, le troisième film de John Krasinski ne s’intéresse presque pas à la genèse de ce fléau. Préférant reposer sur un silencieux artifice, il réussit à rendre l’ouverture d’un tiroir terrifiante pour toute une salle de cinéma suspendue aux lèvres tremblantes de ses quatre protagonistes. Abandonné à cette terrible réalité, le spectateur est condamné à s’interroger sur ce qu’il serait prêt à sacrifier pour survivre. Entraîné malgré lui dans l’horreur, ses poils se dressent le long de sa colonne vertébrale à chaque fois que le vent s’engouffre dans les herbes folles. Ses ongles s’enfoncent dans les accoudoirs. Sa dégustation de pop-corn se fait plus lente… Que pourrait-il se passer s’il faisait le moindre bruit ? Si ses jump scares sont de première classe, rien à voir avec les as de l’horreur cheap à la Annabelle : Sans un bruit est bien plus chargé en émotions.

Bien que son prologue tombe quelque peu à plat à cause d’une bande-annonce généreuse en spoilers, Sans un bruit se rattrape vite notamment grâce à un clou de Tchekhov glaçant et un couffin mortuaire cauchemardesque. À mi-chemin entre le conte post-apocalyptique et le drame familial, il insiste sur l’importance de conserver un semblant de normalité au nez et à la barbe des monstres hantant le jardin des Abbott comme leurs esprits. Pétris de culpabilité après la mort de leur fils, ces parents dévoués pouvaient-ils donc faire autrement qu’essayer d’enfanter à nouveau ?

Pourquoi prendre un tel risque si ce n’est parce qu’ils placent la longévité de leur famille avant tout, y compris leur instinct de survie. Tiraillé entre amour inconditionnel et énervement grandissant, le spectateur ne sait plus sur quel pied danser. À force de vouloir accoucher d’un film novateur, Krasinski oublie de rendre sa diégèse crédible. La résultante est visuellement impeccable et émotionnellement troublante, mais sans véritable conséquence.

Ce n’est que lorsque la jeune Regan comprend – quarante-cinq minutes après des spectateurs impuissants – qu’elle est capable de vaincre les monstres qui la traquaient que la crainte devient palpable. La crainte d’une suite ne pouvant qu’être dépourvue de l’innocente sensibilité de Sans un bruit.

Sans un bruit
Réalisé par John Krasinski
Avec John Krasinski, Emily Blunt, Noah Jupe
En salles depuis le 20 juin 2018

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