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Scandale qui bande mou (Critique de Welcome to New York d’Abel Ferrara)

Scandale qui bande mou (Critique de Welcome to New York d’Abel Ferrara)

Note de l'auteur

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Nul besoin du « Qu’y z’aillent tous se faire enculer » que nous déclame ce bon Depardieu en face caméra. Au bout d’1h40 de film, on l’avait compris : Welcome to New York se veut être un film mal élevé. Mal élevé dans son sujet et dans son propos, mal élevé dans le choix de son acteur, mal élevé dans sa représentation des femmes qui sont soit des putes, soit des saintes-nitouches, soit des marâtres castratrices, et mal élevé dans son esthétique lourdingue et sa photographie tamisée qui donne l’impression d’être constamment dans une boîte à partouze. Merci, mais on l’avait plus ou moins deviné.

Mais au fond, qu’est-ce qui intéresse vraiment Abel Ferrara, mis à part d’offusquer un paquet de monde avec ce Welcome to New York ? En quoi l’affaire DSK est un sujet suffisamment intéressant pour qu’un cinéaste s’en empare ? Est-ce que c’est la question du rapport d’un homme avec le pouvoir ? Avec le sexe ? L’argent ? La névrose ? L’auto destruction ? Les médias ? Apparemment, un peu tout ça à la fois. Je ne discute pas de l’intérêt de s’attaquer à pareille histoire, malgré le côté sordide. Sauf que… Tout ce gloubi boulga sonne horriblement faux.

welcome depardieu

Passons sur le fait qu’écouter Gégé réciter péniblement ses dialogues en anglais ferait passer Jean Dujardin pour un parfait bilingue, ou sur le fait que la plupart des plans semblent filmés avec deux pieds gauches, ou sur le profond ennui qu’on peut ressentir durant les 40 premières minutes du film (une succession de scènes de cul bien vulgos durant lesquelles Depardieu éructe comme une girafe à l’agonie). Que reste-t-il au bout de deux heures de film ? Au fond, peu de choses.

Semblant complètement perdu dans son sujet et ne sachant pas par quel bout le prendre, Ferarra touche à tout et s’essaye à toutes les thématiques, dans tous les sens et n’importe comment. Entre quelques scènes choc (Gérard qui baise, Gérard qui viole la femme de chambre, Gérard qui accuse la famille d’Anne Sinclair d’avoir collaboré avec les nazis, Gérard qui se fout à poil, Gérard qui agresse Tristane Banon), Welcome to New York se perd dans des dialogues vides de sens qui ne disent au final que peu de choses. Vient alors la délicate impression d’assister à un film en constant chantier, qui cherche son but sans jamais vraiment le trouver.

Le pire est que cet énorme défaut est clairement pointé du doigt en début de film quand Ferrara se sent obligé de nous diffuser une vraie fausse interview de Depardieu l’acteur. Car oui, Welcome to New York essaye en plus d’être un film méta sur Gégé, le rebelle de l’ISF, l’anarchiste individualiste (salut le contresens) qui s’en tape de tout le monde. Or, tenter de nous expliquer le film avant même qu’il ne commence sonne comme un cuisant aveu d’échec et d’impuissance.

welcome gerard

 

C’est regrettable, il y aurait eu des choses à dire sur cette affaire, sur cet acteur, ancien génie devenu une espèce de parodie vulgaire de lui même. Avec Ferrara à la barre, on aurait d’ailleurs pu y croire. Mais le réalisateur audacieux de Bad Lieutenant a laissé place à un cinéaste qui bande mou et qui livre un film paresseux, franchement raté et dont au final on ne retiendra que la vulgarité. Dommage quoi.

 

Welcome to New York d’Abel Ferrara avec Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset, Drena De Niro, Amy Ferguson, Paul Calderon et Ronald Guttman.  Disponible en VOD

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