Scary Stories : Il souffle le show mais guère l’effroi

Scary Stories : Il souffle le show mais guère l’effroi

Note de l'auteur

Guère de frissons dans ces « histoires effrayantes à raconter dans le noir », qui valent davantage pour les magnifiques et inquiétantes illustrations de Stephen Gammell. Un long-métrage est sorti début août, sur lequel l’incontournable Guillermo del Toro a d’ailleurs bossé.

L’histoire : Recueil de micro-histoires « effrayantes », ce livre compile en réalité trois ouvrages signés Alvin Schwartz, où il rassemble des réécritures d’histoires issues du folklore américain. Légendes urbaines, histoires de fantômes et de morts-vivants, de sorcières et de jeux de mots qui se terminent mal pour ceux qui les profèrent.

Mon avis : Très officiellement, ce recueil est surtout destiné à inspirer des histoires effrayantes à raconter autour d’un feu de camp, devant un feu dans l’âtre, mais surtout, surtout, une fois la nuit tombée, pour effrayer des enfants. Une part non négligeable d’entre elles se terminent d’ailleurs sur la nécessité, pour le conteur, de pousser un cri perçant, voire de saisir l’un des membres de son auditoire forcément captivé…

Car en tant que telles, ces histoires n’ont pratiquement aucun intérêt, aucun effet sur le lecteur adulte – peut-être un jeune lecteur, encore novice de l’horreur et du frisson, ressentira-t-il quelque chose, seul sous sa couette. Peut-être. Ce n’est pas pour rien que le sous-titre indique « à raconter » et non « à lire ».

Car Alvin Schwartz a choisi (?) de ne pas les écrire, ces histoires. Il les collectionne, les rassemble, les modifie éventuellement. Il les dépouille de tous ces attributs qui feraient une « bonne histoire » couchée sur le papier, pour arriver à l’os. À la quintessence de la situation. Du même coup, il ne transmet quasiment aucune émotion à son lecteur.

Nombre de ces récits microscopiques suivent un schéma identique : un bruit qui trahit quelqu’un (ou quelque chose) qui s’approche, avec un hurlement à la fin. On pense immédiatement au Conte du crochet, relaté par Stephen King dans son Anatomie de l’horreur. Une histoire brute, sans fioriture, mais avec une montée rapide de l’angoisse qu’on retrouve rarement, il faut l’avouer, dans le livre d’Alvin Schwartz. Signalons que ce Conte du crochet est repris dans le présent recueil, sous une forme rigoureusement identique… mais avec un peu moins de talent de raconteur, avouons-le.

À propos de ces récits brefs de feu de camp, King y voit une illustration parfaite du récit de terreur, « totalement dépourvu d’analyse psychologique, de thème et de style ». Certes, mais il faut peut-être davantage de talent encore pour la raconter sur le papier avec un effet identique à celui que l’on ressentirait, la nuit, au milieu d’une clairière uniquement éclairée par des braises mourantes… ce qui n’est pas le cas de Schwartz.

À plusieurs moments, on découvre l’amorce d’un récit qui, dans les mains d’un Roald Dahl, d’un Ray Bradbury ou d’un Richard Matheson (ou, bien sûr, d’un Stephen King de la grande époque), produirait sans doute une vraie bonne nouvelle. Harold l’épouvantail, par exemple. Ce n’est pas un hasard si cette histoire a été exploitée pour le film Scary Stories to tell in the Dark sorti en ce mois d’août 2019, et sur lequel Guillermo del Toro notamment a travaillé.

Au passage, on retrouve des légendes urbaines qui nous ont déjà été racontées, avec la promesse du raconteur qu’il « connaît personnellement la personne à qui cela est arrivée ». Par exemple, le « chien nu du Mexique » ou cette fameuse « morsure d’araignée » qui provoque un bubon dont sortiront des bébés araignées…

Restent les merveilleusement inquiétantes illustrations du génial Stephen Gammell. Pour elles seules, ce livre vaut le déplacement. De quoi marquer durablement un esprit jeune… ou moins jeune.

L’extrait : « Un dénommé Rupert vivait avec son chien dans une maison reculée. Rupert était un chasseur doublé d’un trappeur. Son chien, un gros berger allemand répondant au nom de Sam, avait passé toute sa vie auprès de lui.
Presque chaque matin, Rupert partait chasser, tandis que Sam restait garder la maison. Un matin, alors que Rupert vérifiait ses collets, il eut un sinistre pressentiment : quelque chose s’était passé chez lui.
Il se dépêcha de rentrer et constata, une fois arrivé, que Sam avait disparu. Il fouilla la maison et les bosquets alentour, mais le chien n’était nulle part. Il l’appela, l’appela et l’appela encore, en vain. Des jours durant, Rupert chercha Sam, mais ne le retrouva pas.
Il finit par abandonner et reprendre son travail. Mais, un matin, il entendit quelque chose bouger dans le grenier. Il ramassa son fusil, puis songea : Je ferais mieux d’agir avec discrétion.
Alors il ôta ses bottes. Et c’est pieds nus qu’il se mit à gravir l’escalier menant au grenier. Il grimpa une marche, puis une autre, et encore une autre, jusqu’à atteindre la porte tout en haut.
Il tendit l’oreille, mais n’entendit rien. Alors il ouvrit la porte et…
– AAAAAAAAAAAH !

À ce stade, le conteur s’interrompt, comme s’il avait fini son histoire. En général, quelqu’un lui demande : « Pourquoi Rupert a-t-il crié ? » À quoi le conteur répond : « Tu ne crierais pas, toi, si tu marchais sur un clou pieds nus ? »

Scary Stories
Écrit par
Alvin Schwartz
Illustré par Stephen Gammell
Édité par Castelmore

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