Pilote Automatique : Scream The TV Series  (MTV)

Pilote Automatique : Scream The TV Series (MTV)

Note de l'auteur

L’histoire : Dans une petite bourgade, une jeune fille est froidement exécutée suite à un meurtre particulièrement violent. Emma, jeune étudiante sans histoires, se retrouve alors être la cible d’un serial killer, ou tueur en série comme dirait Serge Karamazov.

Autour de la série : On ne présente plus la franchise mère de Kevin Williamson. Sertie de quatre opus dans lesquels Wes Craven a officié à chaque fois à la mise en scène, elle détient la particularité de piocher son casting de manière quasi exclusive dans les séries. On cite en vrac Neve Campbell (La Vie à 5), Courtney Cox (Friends) en passant par Patrick Dempsey (Grey’s Anatomy), Kirsten Bell (Veronica Mars) ou encore Alison Brie (Community), etc… Elle sera prévue pour 10 épisodes et est diffusée par MTV. 

 

scream-mtv-screenshot.39.41 AMAvis : L’exercice du remake est indubitablement difficile. Arriver à capturer la nature même de l’œuvre tout en la modernisant reste toujours périlleux, voire sanglant, quand on regarde nombre de titres ces dernières années qui ont meurtri leurs propres origines : Total Recall 2070, Une nuit en enfer, La Firme, La Femme Nikita… Non pas que cela soit impossible à réussir d’ailleurs. Preuve en est que des œuvres comme Fargo, Stargate SG-1 ou Highlander (si, si !) en sont tout à fait capables, voire même de dépasser l’œuvre mère (Buffy The Vampire Slayer).

Nouvelle tentative donc, dans la série des remakes du 7ème art, avec Scream, The Tv Series.  Exit Woodsboro. Bienvenue à Lakewood. Son charme, son lac, ses teenagers cons-cons, son serial killer au masque foireux… Bref, rien de bien neuf en somme. Balançant à la sauvette trois références télés gores et deux noms du ténor de l’horreur, le pilote construit basiquement son histoire avec la ferme intention de ne pas du tout trahir l’œuvre d’origine. Dont acte. Ce pilote commence par l’inévitable premier meurtre, véritable copié-collé du premier film, avec blonde en bikini et tout le toutim. Il finira sur un coup de fil menaçant, gimmick important et nécessaire, mais que l’on n’attendait plus vraiment. Au milieu, la charnière scénaristique du genre slasher est en mode automatique, avec le remplissage que cela induit pour une franchise tel que Scream. Bref, sans que l’on s’ennuie copieusement, on attend. Car le pilote construit son récit de manière franchement balisée, sans la nervosité habituelle du genre. Il faut installer l’intrigue, certes. Le souci, c’est que d’emblée, on ne veut pas trop effrayer le public (un comble !) avec une recette toute neuve ou mieux encore, en garder l’essence et la réinjecter avec une réalisation travaillée, tout du moins plus pêchue. Et si de mêmes ingrédients peuvent servir exactement à reproduire la même recette justement, gageons qu’avec un « cuisinier » plus inspiré, nul doute que nous aurions eu autre chose ici qu’une pâte narrative bien molle à se mettre sous la dent.

Alors oui, le pilote n’est pas le film, bien sûr. Mais sa tonalité restitue mollement la tension qu’elle est censée apporter dans un slasher. Comprendre que toute mise en place dans le genre, il n’invente rien, reprend pied à la lettre la procédure chère à la franchise, et semble bien se moquer d’une quelconque autre ambition. Donc, on est peut-être en droit d’attendre ce petit plus qui tarde à venir durant quarante minutes mais qui ne consacrera qu’à juste rassembler son énergie pour faire le job attendu. Passer quatre films qui servent de canevas de base, on ressent donc un léger semblant de condescendance dans cette version de Scream. Comme l’impression que l’on a rendu au public une maigre copie carbone, un devoir sur lequel la scénariste aurait planché en le rendant de manière trop conforme, tel un mauvais cancre pris en flag.

scream-mtv-promoLa série d’ailleurs donne un mode d’emploi. Car elle connaît aussi ses propres limites de par l’œuvre d’origine. Comme si elle anticipait les réactions à venir du public, elle s’octroie de copier les tics de son aîné filmique en prévenant que nous sommes dans une série. Une manière à peine détournée de demander de l’indulgence au bout du compte, ce dont elle aura très certainement besoin durant toute la saison. Lâchant des références à tout bout de champ sans trop de subtilité, elle rend de manière trop explicite le sous-texte malencontreux que le téléspectateur, même lambda, ne comprend que trop. Ces quelques phases didactiques qui claironnent beaucoup trop fort la volonté de ne pas détourner la genèse de Scream, sonnent au mieux comme un hommage amusant, au pire comme un agacement certain d’être pris pour un décérébré. D’ailleurs, Scream 4 l’annonçait déjà haut et fort à travers son climax dans une autocritique bienvenue : « You forgot the first rule of remakes. Don’t fuck with the original !  » Une leçon mal retenue apparemment…

 Ce pilote, s’il n’assassine pas l’un des mètres étalons du teenage slasher qu’est le premier opus, est quand même mutilé brutalement sur petit écran. Il propose peu de pistes intéressantes sur ce à quoi il prétend. Des pistes qu’il (em)brouille mal (« Everybody Lies » comme qui dirait), qui peine à pousser l’intérêt d’en savoir plus, si ce n’est une curiosité potache, presque coupable. Dommage qu’il n’y ait pas vraiment de plaisir derrière pour ajuster le sentiment un peu terne qui accompagne le show. Et Emma, héroïne un brin de pacotille, n’est pas Sidney. Le charisme de la comédienne étant absolument au point mort, elle ne tient pas vraiment la comparaison avec le magnétisme de Neve Campbell.

Nécessairement, il faut aussi prendre du recul. On peut déjà s’octroyer de garder un zeste de fun sur la possibilité de discuter entre nous du ou des meurtriers possibles durant la saison. Après tout, là était l’intérêt des films. Et la série, bon gré, mal gré, devrait conserver au moins cet aspect « intéressant » jusqu’au bout. Qui plus est, des premiers épisodes timorés, moyens, voire mauvais ont parfois donné d’excellentes, voire de très grandes séries. Nous nous passerons bien d’estimer la chose sur Scream et de ne pas en attendre trop. Seulement d’espérer mieux après cette première incursion sérielle qui ne demande peut-être qu’à exister par elle-même. Et qui sait, nous finirons bien nous aussi par pousser peut-être un cri

 

Episode 2 ?

Chercher les frissons par la canicule actuelle est louable. Encore faudrait-t-il que cela soit efficace, mais après tout, rien n’empêche d’essayer…

 

 

(Scream The Tv Series – MTV)
1.01 – Pilot.
Série développée et showrunnée par Jill Blotevogel
Scénario : Jill Blotevogel et Jaime Paglia
Réalisation : Leigh Janiak, Julius Ramsay et Jamie Travis
Distribution : Willa Fitzgerald : Emma Duvall, Bex Taylor-Klaus : Audrey Jenson, John Karna : Noah Foster


 

Partager