Secret State (Bilan de la mini-série)

Secret State (Bilan de la mini-série)

Note de l'auteur

Adapté d’un roman de 1982 « A very british coup », Secret State est une mini-série britannique en 4×45 minutes qui nous vient de Channel 4. Elle met en scène un vice-premier ministre dans une tempête sans précédent, interprété par le vétéran Gabriel Byrne.

Tom Dawkins est vice-premier ministre britannique. Plutôt proche de la fin de carrière que du début, Dawkins se laisse gentiment glisser vers la retraite. Dawkins est marqué par une tragédie nationale, une explosion dans une usine PETROFEX qui a fait plusieurs morts et de nombreux blessés dans une région désargentée du pays. Dawkins a des envie de révolte mais les garde pour lui. Jusqu’à ce que le premier ministre meure dans un accident d’avion et pousse Dawkins a prendre les rênes du pays… et à se réveiller.

Secret State, c’est une réalisation propre, quasiment sans faute de goût. La réputation des britanniques dans la qualité de leurs fictions politiques n’est plus à prouver. Elles sont ancrées dans le réel, proche de l’actualité, et prennent des risques. Une question de tradition. Secret State ne déroge pas. Elle montre un pouvoir dirigé par les intérêt personnels, des politiques rompus aux guerres d’égos, et des multinationales surpuissantes qui guident la politique des pays.

Les deux premiers épisodes, on en parlait dans ces pages virtuelles, étaient d’une excellente facture, réussissant à nous monter en mayonnaise un thriller politique dense et sans temps mort, tout en prenant le temps de développer ses personnages. Surtout Dawkins, d’abord éteint, mi-mort, puis réveillé, Chirchullien comme le confie un de ses opposants. Le duo entre Fosset (Douglas Hodge), ancien officier du MI5 devenu alcoolique et Agnes Evans (Ruth Negga), agentu service de surveillance est à la fois touchant et captivant.

Hélas, les épisodes 3 et 4 ne laissent pas la même impression de qualité. Et pourtant, le thriller ne mollit pas, les scènes s’enchaînent à toute vitesse, Byrne a droit à un monologue final absolument bouleversant et révoltant à la fois… et pourtant quelque chose ne fonctionne pas. Quelque chose directement lié à cette densité, ce rythme soutenu.

Au centre de l’histoire à mi-récit, les personnages se retrouvent étouffés par les péripéties. Aucune scène ne prend le temps de développer ou d’affiner les ébauches que sont ces femmes et ces hommes. Toutes les scènes ont une utilité narrative, comme si le monteur avait coupé tout le gras pour ne laisser qu’une œuvre sèche, impressionnante d’efficacité, mais qui manque cruellement d’humanité.

On aurait aimer se prendre d’affection pour un protagoniste ou deux, s’attarder sur des détails, comprendre des choses de leur vies personnelles… Ces éléments fugaces qui permettent d’affiner une silhouette, de créer un lien. Fosset y arrive par moment, Dawkins finit par échouer.

Sans révéler le final de cette mini-série, un conseil malgré tout : la compréhension de la résolution de l’affaire se limite à un plan, assez fugace. Cligner des yeux pendant les 3 dernières minutes provoqueront une incompréhension totale de la fin. Vous voilà prévenu.

Secret State reste un bel ouvrage, mais hélas avec peu de cœur, qui aurait certainement mérité un ou deux épisodes de plus, histoire qu’on puisse s’attarder un peu, s’identifier, s’attacher. S’extasier devant autre chose que la mécanique bien huilée d’une machine lancée à toute allure.

SECRET STATE (Channel 4)

Ecrit par Robert Jones, Chris Mullin

Réalisé par Ed Fraiman

Avec : Gabriel Byrne (Tom Dawkins), Charles Dance (John Hodder), Stephen Dillane (Paul Jacob Clark), Rupert Graves (Felix Durrell), Ralph Ineson (Wrigglesworth), Russell Kilmister (Nillis Jacobson), Sylvestra Le Touzel (Ros Yelland), Anna Madeley (Gina Hayes), Gina McKee (Ellis Kane), Ruth Negga : Agnes Evans)

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