#SemaineFirefly, la famille contre l’État

#SemaineFirefly, la famille contre l’État

Permission de monter à bord ?

Firefly a 15 ans, et c’est l’occasion pour le Daily Mars de revenir le temps d’une semaine sur cette série qui a marqué une génération de Browncoats, de fans, d’amateurs. L’occasion aussi de s’attarder sur cette famille qui constitue l’équipage du Serenity, vaisseau de contrebandiers !

Le fait que l’équipage du capitaine Mal Reynolds soit une famille n’est pas un concept révolutionnaire. C’est l’histoire même de la série. La saison 1 (oui, je sais l’unique saison) se termine avec l’acceptation de la famille Tam comme personnel navigant. River descend de la navette du chasseur de prime Jubal Early en demandant à Mal : « Permission de monter à bord ? » et ce dernier l’accueille avec le sourire et une petite blague sur son frère. Un échange de plaisanteries comme dans toutes les familles, entre gens qui vivent ensemble, se protègent les uns les autres, s’engueulent.

Jayne et son t-shirt Blue Sun

Mais le véritable message en filigrane de la série, plus visible encore dans le film Serenity, est peut-être la force de la famille qui se bat contre l’État. Cette critique du libéralisme immoral qui confond consommateur et citoyen s’incarne dans la conspiration du Blue Sun, que Whedon n’a pas eu le temps de développer : une société marchande privée qui veut prendre le contrôle des hommes du Verse et en infiltre tous les aspects de la politique à la science en passant par la publicité. Car dans Firefly, l’oppression est double : un pouvoir politique fédéral presque totalitaire et un pouvoir économique, celui de l’entreprise Blue Sun. D’emblée, toute la série est vue à travers les yeux des « perdants », les « séparatistes ». Ils s’opposent en cela au pouvoir politique, qu’ils jugent injuste, intrusif. Mais ce sont aussi des contrebandiers, ce qui les placent en porte-à-faux face au pouvoir économique. Tout un débat politique et on pourrait presque prendre les habitants du Serenity pour des libertariens, dans le sens d’ailleurs de la tradition du western et de ses cow-boys qui refusent la centralisation venue des États de l’Est. La jeune River Tam se fait ainsi l’écho de cette logique, lorsqu’au début du film Serenity, elle explique que la raison pour laquelle il existe des séparationnistes, c’est parce que personne n’aime qu’on s’occupe de ses affaires (« meddle »).

Firefly (Fox). Ariel.

Rien, ni personne ne doit se mettre sur le chemin de Malcolm et sa troupe. Qu’il s’agisse d’autres contrebandiers ou de militaires. Ils en respectent pourtant certains (comme dans le troisième épisode). Mais ils ont leur propre code moral et même le Captain Malcolm Reynolds ne tuera pas celui qui a essayé de le doubler lorsque son vaisseau était en détresse. Sans foi ni loi ? Certainement pas. Il protège son équipage, lui seul peut décider de mettre à mort un de ses membres. C’est d’ailleurs ce qui se passe à la fin d’« Ariel » lorsque Jayne admet avoir tenté de vendre River et Simon. Mal décide alors de l’expulser via la soute du vaisseau, après le décollage. On retrouve là une caractéristique du code militaire : on fusille les traîtres. Le pouvoir n’est pas équitablement réparti entre les membres du Firefly : il y a une structure hiérarchique très forte au sein du vaisseau. C’est là encore un fonctionnement analogique à celui de l’armée, un code d’honneur et de solidarité qui dépasse les sentiments personnels : par exemple, Malcolm explique dès le début ne pas apprécier Simon Tam. Il reviendra pourtant le chercher à la fin de l’épisode Safe, puisqu’ils appartiennent au même équipage. C’est une organisation qui rappelle l’armée avec une chaîne d’autorité : Mal est le chef, Zoe est la seconde. C’est visible à plusieurs reprises et même dans le film Serenity quand le Capitaine exige que River vienne braquer le coffre avec eux, ou dans l’épisode Out of Gas quand il rappelle à Inara qu’elle ne doit surtout pas laisser Jayne prendre le contrôle de la navette. Mal se comporte en sergent de patrouille. Mais s’il a l’autorité, elle n’est pas toute puissante. Il reste une figure bienveillante, paternelle, notamment vis-à-vis de Kaylee, qu’il surnomme d’ailleurs « mei-mei », la petite sœur. Il fait passer la survie des siens avant sa propre existence. (C’est ce qu’illustre le fondamental épisode Out of Gas.)

Firefly (Fox)

Mais en définitive, au-delà des interprétations politiques ou militaires, il semble bien que seule l’image de la famille soit importante. Une famille unie, un peu dysfonctionnelle (« Jayne, tu peux arrêter de tenter de tuer River s’il te plaît ? River, pose ce flingue, tu n’arranges pas ton cas ! »). Nous avons papa Mal, Grande sœur Zoe, son mari Wash dans le rôle de l’oncle farfelu, les jumelles Kaylee et Inara qui aiment raconter leurs histoires de fesses et se coiffer les cheveux. Jayne, l’ado qui ne fait que poser des problèmes et se masturber dans sa chambre. Et les nouveaux venus : Books et ses fraises, Simon et sa sœur de sang. Une famille choisie qui se bat contre l’intégralité du ‘Verse. Et contre l’État.

Article rédigé par Déborah Gay et Amandine Srs

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