#SemaineFirefly : Les Ballades du Serenity

#SemaineFirefly : Les Ballades du Serenity

S’il est une chose à laquelle Joss Whedon apporte une attention toute particulière dans chacun de ses projets, c’est bien la musique, au point de mettre lui-même la main à la pâte la plupart du temps. Et Firefly ne fait pas exception à la règle. À se demander si, après tout, un compositeur frustré ne se cacherait pas derrière le talentueux réalisateur…

Inutile de revenir sur la carrière musicale de Joss Whedon, notre chère Amandine Srs (docteur es Whedon dont nous saluons le retour parmi nous) s’en est déjà chargée dans ces pages. Entre velléités de comédie musicale (avec notamment le génial Once More with Feeling dans la sixième saison de Buffy the Vampire Slayer ou encore l’hilarant Dr Horrible’s Sing-Along Blog ), écriture de chansons pour divers artistes (Angie Hart, Shawnee Kilgore) et composition de score pour ses films, il est clair que l’ami Joss est tout autant à l’aise dans un studio d’enregistrement que derrière une caméra.

Pour Firefly, Whedon s’est associé au compositeur Greg Edmonson afin de retranscrire sa vision d’un space western, genre cinématographique assez peu usité avouons-le, ce qui a permis aux deux compères de bénéficier d’une certaine liberté créative, une possibilité d’exploration musicale loin des frontières établies par les genres western et science-fiction pris séparément. Cela tombait bien car c’est très exactement l’un des concepts de la série, que se passe-t-il au-delà de la frontière…

Greg Edmonson

Un mot sur Greg Edmonson tout d’abord. Né à Dallas au Texas, une qualité indéniable lorsque l’on a pour mission de retranscrire musicalement l’ambiance des grands espaces quels qu’ils soient, Edmonson commencera sa carrière en tant qu’apprenti de Mike Post. Si ce nom vous est familier, ce n’est pas pour rien, Post ayant composé une grande partie des musiques de séries cultes des années 80, de L’Agence tous risques à Magnum en passant par Riptide, sans oublier les fameuses deux notes lugubres qui ponctuent les épisodes de Law & Order (New York Police Judiciaire par chez nous).

Cependant, avant de croiser la route du Serenity, le parcours de Greg Edmonson n’avait rien de bien excitant… Si l’on excepte sa participation à la série d’animation King of the Hill de Mike Judge (Beavis & Butt-Head) et quelques longs métrages relativement confidentiels (Luckytown – 2000), le compositeur ne faisait pas vraiment partie des candidats en vue pour prendre les manettes d’un show aussi prometteur que Firefly. Il aura suffit d’une démo envoyée à Joss Whedon…

Edmonson explique :

C’est vraiment une histoire miraculeuse. Tout le monde voulait travailler avec Joss ! Son palmarès est si bon et il est si créatif… Pour une raison que j’ignore, il a répondu au CD que je lui avais envoyé. On s’est rencontrés et voilà le travail ! Cela n’arrive normalement jamais. On doit souvent passer par un paquet d’étapes, il y a toujours le frère du cousin d’untel, en d’autres termes, la décision n’est presque jamais fondée sur la musique.

Et quelle musique… Greg Edmonson la décrit comme un « melting pot culturel » voulu par Whedon pour faire écho à la diversité de l’univers de Firefly. Bousculant les codes de l’habillage musical traditionnel d’une série télévisée, les deux hommes vont également éviter au maximum l’utilisation de thèmes spécifiques aux personnages, préférant utiliser à leur place des sons distincts (sons d’ambiance un peu étranges pour matérialiser l’état d’esprit troublé de River, sons métalliques disharmoniques pour les terrifiants Reavers, etc.).

But avoué, éviter l’effet « Star Trek », de l’aveu même du compositeur !

À chaque fois que vous voyez le Serenity dans l’espace, la seule chose que vous n’entendrez pas sera une envolée de cors français (il mime un son majestueux) parce que ça, c’est Star Trek ! À la place, vous entendrez des dobros, un violon, ce genre de chose, ce qui lui donne une personnalité unique !

Petite exception à la règle, le thème principal et générique de la série composé par Joss Whedon, The Ballad of Serenity, dont la mélodie reviendra régulièrement illustrer les scènes où l’équipage se retrouve à bord ou même en dehors du vaisseau, matérialisant la complicité unissant les membres du groupe.

Ce morceau, Whedon le voulait comme une complainte inspirée par la guerre de Sécession, il précise :

C’est une chanson sur la vie dans la défaite, parce que c’est de cela que parle la série. De gens qui ont été détruits économiquement, politiquement ou émotionnellement d’une manière ou d’une autre, qui s’accrochent les uns aux autres, se déçoivent les uns les autres, pour finir par se reconstruire ensemble. (…) C’est leur façon de dire, « On a perdu. »

Et de conclure : « Pas vraiment le genre de truc que l’on fredonne dans ce genre de série » !

Tu m’étonnes…

D’autant plus que ce générique ne faisait pas du tout l’unanimité au sein de la production qui voulait vendre Firefly comme une série d’action ! La version finale sera donc un compromis entre les désirs minimalistes de Whedon et les exigences de la Fox en faveur d’une orchestration un peu plus épique…

Au final, la musique de Firefly ne ressemble à aucune autre. Mélange de blues, de country, de folk, d’envolées magistrales et de violon solitaire, elle est à l’image de la série, diverse par la nature même des histoires racontées et organique par l’utilisation d’une majorité d’instruments acoustiques qui soulignent la dimension humaine de chaque personnage et de chaque situation…

Humaine comme tous les protagonistes de Firefly, ce qui est loin d’être innocent. Ici point d’alien baveux à tentacules, c’est l’histoire du futur de notre race que Joss Whedon nous conte, une race sans couleur de peau, métissée à l’extrême entre la culture occidentale et orientale, une race… humaine donc, on y revient. Comme ces quelques notes grattées sur des cordes en métal montées sur un bout de bois, « burn the land, boil the sea, you can’t take the sky from me… »

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