#SemaineFirefly : les coulisses 2/7

#SemaineFirefly : les coulisses 2/7

2ème épisode de cette plongée dans les coulisses de Firefly : les rapports conflictuels avec la Fox qui voulait que la série soit… une comédie !

« A girl in a box » (FOX)

Tenue par contrat d’acheter le nouveau projet de Joss Whedon, la FOX n’a jamais compris ni aimé le projet, à commencer par l’aspect western qu’elle a fait disparaître des trailers de l’époque. Les bandes-annonces laissaient entrevoir une série plus drôle qu’elle n’était envisagée par Whedon, allant même jusqu’à annoncer d’un ton comique : « a cosmic hooker and a girl in a box! », reléguant la série dans le vulgaire et éventant un secret bien gardé pendant la première moitié du pilot. Pilot qui, de toute façon, ne fut jamais diffusé comme tel : il ne restait plus rien à ruiner…

En effet, le pilot initial, Serenity, n’ayant pas convaincu la FOX, cette dernière posa un ultimatum : écrire un nouveau pilot convaincant ou abandonner le projet. The Train Job (qu’on numérote aujourd’hui 1×02) fut donc écrit en un week-end par Whedon et Tim Minear et servit de pilot « officiel », Serenity ayant quant à lui été diffusé… en dernier. (La FOX s’était prise pour une chaîne française des années 1990 !)

« The Train Job » (FOX)

Entre Serenity, le pilot initial, et The Train Job, le pilot officiel, beaucoup de changements de tonalité ont été intégrés à la demande de la FOX.

La chaîne a exigé que le personnage principal soit plus engageant, plus drôle. Le Mal de The Train Job est donc plus léger que celui de Serenity, vétéran aux idéaux et à la foi brûlés par la défaite. La conséquence de cet allégement du personnage était inattendue : Mal est devenu plus immoral. Ainsi, à la fin de The Train Job, il tue l’un des sbires de Niska qu’il envoie dans le réacteur en marche. La scène est aussi fun que la FOX l’exigeait mais sa tonalité la rend moralement plus discutable, ce que Whedon regrette dans le commentaire DVD de l’épisode. (*)

The Train Job (FOX)

Inara & Mal dans Objects in Space (FOX)

Dans la même logique d’allègement du ton général de la série, la relation entre Mal et Inara a pris des allures de screwball comedy alors que Whedon avait prévu que Mal ne s’ouvre que progressivement. En revanche, Whedon a refusé net de défaire le couple Wash-Zoe et avait pour ambition d’écrire un couple marié qui ne soit pas ennuyeux à regarder, contrairement à ce qui est souvent le cas pour lui à la télévision. On ignore les raisons de cette exigence un peu curieuse de la FOX qui a donc demandé que Wash et Zoe soient célibataires. Deux hypothèses peuvent sans doute être envisagées : une scénaristique (créer une tension, un jeu de « will they, won’t they ») et une… raciste (il s’agit d’un couple mixte). Ce bras de fer avec la FOX est représentatif des relations que Whedon a habituellement avec les executives : il concède et cède beaucoup (beaucoup trop, diront certains) jusqu’au moment où les exigences de changement touchent un élément qui relève de l’écriture de l’intime. C’est alors qu’il pose un ultimatum. C’est ce qu’il fit pour Wash et Zoe (« Dans ma série, ces deux personnages sont mariés ou bien il n’y a pas de série » a-t-il conclu face à une FOX qui dut bien céder (Joss Whedon, biographie de Amy Pascale, p.215) ou encore pour la séquence à la ferme dans Age of Ultron.

Zoe & Wash (FOX)

(*) Le même problème s’est posé, avec des conséquences plus graves cependant, pour Dollhouse : la série aurait dû être très noire, puisque traitant après tout d’une forme de prostitution et d’esclavage moderne. Mais le pilot jamais diffusé – pourtant l’un des meilleurs épisodes et qui laissait entrevoir un projet bien plus intéressant et complexe – fut refusé par la FOX qui exigea une série plus légère et glamour. Ce faisant, Dollhouse a eu bien plus de mal à jouer son rôle de dénonciation et ses premiers épisodes ont versé dans la complaisance et le fantasme.

Partager