Série Series 2013 – La nouvelle donne et les vieilles recettes

Série Series 2013 – La nouvelle donne et les vieilles recettes

La conférence EURODATA animée par Amandine Cassi

Ce mercredi s’enchaînaient, dans le théâtre de Fontainebleau, deux conférences différentes. La première, sous la balise EURODATA, traitait de « la nouvelle donne du marché de la création » par Amandine Cassi. La seconde, « Conversation avec… » proposait des masterclass d’une demi-heure avec, entre autres John Yorke (directeur de Company Pictures) et Nicolas Colin, spécialiste du numérique. Différentes. De loin seulement.

La thématique générale de la conférence EURODATA était simple et stimulante : la télé va très bien, et les risques payent. La télévision, plutôt que de pâtir de la multiplication des écrans, y trouve un nouvel outil de développement. Certaines chaînes, comme l’américaine AMC, organise une vraie stratégie pour prolonger l’expérience télévisuelle sur ces nouveaux supports : fiches personnages, contenus additionnels, tout est bon pour servir la promotion des productions maisons.

L’entrée des nouveaux concurrents, les délinéarisés Netflix, Hulu et Amazon, plutôt que de mettre fin à l’ancien modèle, force les chaînes traditionnelles à se réinventer. A prendre des risques. Des risques qui se sont avérés payants. Les exemples cités sont légion. Entre autres : Plebs, Harem, Please Like Me, In the Flesh, The Fall… des séries soit à l’humour très décalé, soit au contraire très sombres, voir horrifiques. Des succès d’audience avant tout.

Netflix et Amazon s’imposent comme fournisseur de contenu, en mode binje-watching. La première avec House of Cards, Hemlock Grove, Arrested Development… la seconde avec une grosse batterie de pilotes, mis à disposition des internautes afin de savoir quelles séries ils voulaient voir commandées. Une nouvelle concurrence qui serait plus une complémentarité, certaines de ces nouvelles séries faisant le chemin inverse. Par exemple Blue, passée de Youtube à Hulu via la Fox qui en a acquis les droits, faisant passer la série d’un format de 8-10 minutes à un traditionnel 26.

Nicolas Colin, spécialiste du numérique, partage cet optimisme, mais tempère. Si les nouvelles technologies existent, elles font encore peur à certains, et cette nouvelle manière de proposer du contenu, de le consommer, n’a pas encore de modèle. L’audiovisuel est en pleine réinvention, et pour l’instant, personne n’a prit le bâton de leader. Si les craintes sont certaines de voir une personne se saisir de tout ça, et créer une situation de monopole, cela reste nécessaire, afin de créer un modèle économique viable.

Juste après la grande démonstration sur la prise de risques d’EURODATA, John Yorke était sur scène. Une présentation brillante, virtuose. L’homme est intelligent et intelligible. La salle était pendue à ses mots, même si le fond de son propos était que les séries qui fonctionnent possèdent toutes le même schéma, même s’il existe des cas particuliers. Provoc’. En gros, selon John Yorke, tous les grands succès de l’histoire reposent sur des modèles communs : ils parlent de famille, possèdent un pitch très facile à résumer, et ont des héros qui ne changent jamais, et qui génèrent de l’empathie.

La recette du succès, donc, impliquerait-il une absence de prise de risque, contre-pied absolu de la démonstration précédente (qui était tout autant intéressante)? Au-delà de l’aspect rentre-dedans du laïus de Yorke (et son approche Steve Jobesque de la présentation), elle permet, si on prend du recul, qu’une bonne série, voir une grande série, n’a pas besoin d’être novatrice. Ce qui n’empêche pas la prise de risque. Si on pose un bémol sur le fait que les personnages ne changent pas (c’est un peu vrai, certes, mais ils évoluent), les aspects familles (réelles ou recomposées) est très vrai. L’empathie est importante, surtout que Yorke distingue bien la différence entre empathie et sympathie provoquée par les personnages.

Pour le pitch facile à résumer, c’est certain, c’est un plus majeur. Et ça soulève un autre débat : celui de l’hyper-concept. Ces dernières années, les chaînes de télé US ont voulues que les séries aient des concepts forts, « jamais vus », très alambiqués. Au final, on se retrouve face à des séries dont l’univers est très dur à expliquer, et surtout qui s’essoufflent très rapidement. L’avantage du pitch court, c’est qu’il permet plus de variations.

Respecter un format établi, qui quelque part reproduit le schéma de nos vies (la série est un événement hebdomadaire, le film de cinéma est un évènement unique), reproduisant une cellule familiale, créant une « routine » fait sens. Et il n’empêche pas d’atteindre l’excellence. Parmi les séries citées par Yorke, on trouve Hill Street Blues, ER, Homicide, Star Trek. Des séries qui, si elles respectent les modèles énoncés, sont pourtant révolutionnaires, voir visionnaires.

Un enchaînement étonnant, mais très intéressant, qui appelle à une réflexion profonde sur la nature même d’un show télé, de son ADN. Quels types de récit pour quel type de format ? Le modèle de 22 épisodes ne survivrait que par ces règles pré-établies, et le modèle des mini-séries serait celui de la prise de risque absolue et de l’explosion des règles ? Ca donne envie d’en discuter. Et longuement.

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