Série Series / Fiction Française : et les femmes dans tout ça ? (par Déborah Gay)

Série Series / Fiction Française : et les femmes dans tout ça ? (par Déborah Gay)

Candice_Renoir

Il fut notamment question de « Candice Renoir ». Nous, nous avons retenu d’autres thèmes de discussion.

« Hommes-femmes : la fiction française dans l’air du temps ? » : un débat, organisé dans le cadre de la journée de l’Association pour la promotion de l’audiovisuel, qui a attiré du monde au théâtre de Fontainebleau.

Dans le public, une majorité de femmes. Sur scène, sept femmes, deux hommes… et un modérateur masculin, Guy Lagache, directeur des magazines et de l’information D8. De la discussion, on retiendra trois grands axes.

Des stéréotypes à l’écran…

Premier constat : la fiction française garde la femme casée dans certains rôles. Une étude, menée par le CSA et présentée par Sylvie Pierre-Brossolette, présidente du groupe de travail Droits des femmes au CSA, présente des chiffres qui parlent d’eux-mêmes :
54% des personnages principaux féminins sont définis par leur vie intime. 35% mettent en avant leur bonheur conjugal et leur fidélité contre 15% des personnages masculins. 56% sont définies comme émotives, timides, emphatiques contre 36% des hommes. Si une femme est vue comme malheureuse, il s’agira avant tout d’une manipulatrice et d’une femme infidèle.

« De toute façon, une femme qui réussit dans le monde du travail a forcément des problèmes dans sa vie personnelle », explique Sylvie Pierre-Brossolette. « En plus, elle aura toujours cette intuition, dites féminine, qui n’existe pas dans la réalité ».

Alors, la faute à qui ? Pour Charlotte Pailleux, scénariste de Tiger Lily : « Nous sommes tous collectivement responsables de colporter des stéréotypes. Quand on pense aux personnages, si on doit écrire une héroïne, elle doit être forte. Un héros sera déjà de fait vu comme fort. Et encore, l’héroïne aura des failles personnelles ».

Tiger_Lilly

Les filles de Tiger Lily.

Oui, mais pour Françoise Laborde, membre du CSA et présidente de l’association « Pour les femmes dans les médias » : «cela correspond à une réalité dans un pays qui reste malgré tout encore sexiste. Une fiction est à l’image du pays malgré quelques personnages qui peuvent faire évoluer les choses . C’est une société dans laquelle on vit».

Des stéréotypes dans le métier…

Une réalité que les femmes derrière les séries connaissent bien. La réalisatrice Claire de la Rochefoucauld le rappelle : « il n’existe aujourd’hui que 3% de séries réalisées par des femmes. Et cela malgré une parité totale de la promotion des réalisateurs à la FEMIS ». Et si le modérateur a l’air surpris, le panel lui répond en chœur : « c’est à cause du plafond de verre ! »

En 2013, d’après le baromètre de la création TV du CNC, 95% des scriptes, 88,4% des costumiers, 81% des maquilleurs-coiffeurs sont des femmes. Certes, 96% des machinistes et des électriciens sont des hommes derrière l’écran. Mais dans les postes à responsabilité, 62% des monteurs sont des hommes, comme 71% des réalisateurs et 82% des cameraman.

Côté salaires, on monte jusqu’à 35% de différence de paye entre un homme et une femme réalisatrice au détriment de la femme, 20,7% pour un chargé de production. Et même si la femme est majoritaire, donc chez les maquilleurs-coiffeurs, elle percevra 11,3% de moins que son homologue masculin.

La fiction : miroir de la société ?

Dans ce débat, beaucoup de gens se défaussent. Certains plaident pour une entrée des quotas, comme dans les pays scandinaves, où 40% des fictions sont réalisées par des femmes.
Certes, mais personne ne remet en cause l’idée que la fiction se doit d’être un miroir de la société. « Nous avons peut-être une vision du public stéréotypée » admet le producteur Guillaume Renouil (Fais pas ci, Fais pas ça).

Et sinon, l'équivalent de Uhura en France, c'est pour bientôt ?

Et sinon, l’équivalent de Uhura en France, c’est pour bientôt ?

Et la fiction peut tout à fait présenter des personnages qui n’existent pas de façon courante dans la société, ou ne sont pas vus comme tels : celle qui ne veut pas d’enfant sans que ce soit un sujet de conversation, ou qui n’en a pas. Celle qui est chef des pompiers ou maçon, ou pilote de Formule 1.

Whoopi Goldberg est devenue actrice lorsqu’elle a vu le personnage du Lieutenant Nyota Uhura, jouée par Nichelle Nichols dans Star Trek. Elle avait alors 9 ans. Elle s’est exclamée : « Maman ! Il y a un personnage noir à la télévision, et ce n’est pas une servante ! ». Elle s’est alors dit : « je pourrais devenir tout ce que j’ai envie d’être ». Le lieutenant Uhura et le Capitaine Kirk sont aussi les tout premiers à avoir échangé un baiser représentant un couple interracial dans une série télé américaine en 1968.

Il est peut-être temps de donner à voir le spectre des possibles, aussi bien aux femmes mûres qu’aux jeunes filles.

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