Stefan Baron : « La télé suédoise essaie beaucoup de choses »

Stefan Baron : « La télé suédoise essaie beaucoup de choses »

Stefan Baron, un vrai serviteur de la télé suédoise.

S’il dirige aujourd’hui le département drama de la SVT, chaîne publique suédoise, celui qui a produit la première saison d’Akta Manniskor/Real Humans est aussi un fin connaisseur du paysage télé dans son pays. Il nous explique pourquoi on parle autant de ce petit monde très créatif.

Si on devait retracer les différentes étapes de votre carrière, lesquelles faudrait-il retenir ?

J’ai commencé dans l’univers de la production comme assistant-réalisateur de Bille August sur le film Best Intentions. Après ça, j’ai dirigé la réalisation d’épisodes de soaps diffusés quotidiennement. C’est après cette période que je me suis réellement tourné vers le monde de la production : au milieu des années 90, j’ai commencé à produire des séries dramatiques comme free lance, avant de rejoindre la SVT, la télévision publique suédoise. J’ai successivement occupé les postes de producteur, puis responsable du département séries dramatiques, responsable des acquisitions de séries, directeur des programmes adjoint avant d’être responsable des programmes sportifs…

Pour le coup, vous changiez complètement d’univers…

J’adore le sport. Surtout le football. Il n’y a aucun lien entre ces deux mondes mais il y a quelques mois, à la faveur d’un départ, je me suis retrouvé à la tête des départements divertissement et sport en même temps. Tout ça juste avant de gérer les départements drama et sport. C’est une situation qui ne devrait cependant durer longtemps : à la fin de l’année, normalement, je ne gérerai plus ces deux entités en même temps.

De votre point de vue, qu’est-ce qui fait la spécificité des séries suédoises, créativement parlant ?

Je pense qu’il y a toute une génération de personnes qui, chez nous, a grandi devant sa télévision et qui a vu beaucoup de choses produites par un éventail assez large de pays. Ces personnes ont l’habitude de voir des choses très différentes. C’est la même chose du côté des scénaristes, producteurs et réalisateurs. Ils ont aussi beaucoup appris devant leur écran : ils ont entre 30 et 50 ans et bénéficient de toute une expérience accumulée ces dernières années, avec de multiples essais. Le fait est qu’en Suède nous avons essayé, essayé et encore essayé beaucoup de choses.

Les Hubots d’Akta Manniskor. Une création en passe d’entrer dans la culture populaire.

Pour vous, le succès serait donc le fruit d’une longue « pratique » ?

Il n’y a pas que ça. Je pense que vous, les pays européens, avez aussi commencé à regarder différemment nos productions. Le monde entier a décidé d’ouvrir les yeux en fait… mais ce phénomène ne concerne pas que la Suède. C’est aussi une logique économique, c’est le développement d’un business qui veut ça. A titre tout à fait personnel, je tiens cependant à dire que j’ai produit, dans les années 90, des séries dont je suis particulièrement fier et que personne, en France, ne connaît.

C’est le problème avec ce que certains décrivent comme un âge d’or. Si jamais on en venait à parler d’un âge de la série suédoise, cela aura toujours tendance à occulter les très bonnes choses qui ont été faites auparavant…

C’est exactement ça. Les séries suédoises sont sans doute meilleures aujourd’hui, mais tout ça s’inscrit dans un mouvement de fond. Dans une logique d’ensemble. On voit la même chose aujourd’hui aux Etats-Unis. C’est toujours ce qui est dangereux avec le terme « qualité »… (il sourit)

La distribution de Real Humans / Akta Manniskor.

Lars Lundstrom, le créateur d’Akta Manniskor, vous a rendu hommage l’an dernier, lorsqu’il a expliqué comment sa série est arrivée à l’antenne en Suède. A l’époque, la SF n’avait pas sa place dans les grilles de programmes et vous l’ avez pleinement soutenu. Qu’est-ce qui a fait que c’était le bon moment pour ce genre de séries ?

En fait, ce n’était pas le bon moment pour la SF en Suède. Il n’y avait, objectivement, pas de bon moment pour ce genre. Ce qui a fait que ça a marché, c’était l’idée elle-même, qui était brillante. C’est vrai que j’aime la science-fiction depuis que je suis tout petit, que c’est quelque chose qui est en moi. Lars et moi, on avait des références communes, on se comprenait parfaitement. Il parlait des lois de la robotique et je pouvais enchaîner derrière. C’est ça et le fait que le projet était vraiment bon, qui ont fait que ça a fonctionné.

On a ce problème en France, où certaines personnes considèrent qu’il n’y a pas de place pour ce genre de séries…

Pour que ça marche, il faut deux choses. Il faut d’abord que le diffuseur ait le courage de tenter cette expérience : j’ai eu un mal fou à réunir l’argent nécessaire à la production d’Akta Manniskor. Personne ne voulait prendre de se lancer là-dedans. Et à côté de ça, quand vous trouvez finalement un diffuseur, il ne faut pas s’attendre à obtenir des scores d’audience particulièrement élevés. Notre chance avec cette série, c’est que nous sommes parvenus à capter une partie de l’audience qui n’était jusqu’ici jamais devant sa télévision. Des hommes plutôt jeunes, en l’occurrence. C’est ce qui nous a permis de convaincre de l’intérêt de cette entreprise.

L’équipe de 30 Degrees in February.

Parallèlement, on peut voir des choses vraiment très différentes à la télé suédoise. Comme 30 Degrees in February. La suite ressemblera à quoi, selon vous, pour la télé suédoise ?

A l’époque de la commande de 30 Degrees in February, je n’étais pas responsable du département des séries dramatiques. Je peux, par contre, vous dire que le succès de la série a été une vraie surprise… Pour ce qui est de l’avenir, chez SVT, nous nous concentrons sur le développement de saison 2 réussies. C’est ce que nous voulons pour Bron/The Bridge, c’est ce que nous voulons pour Akta Manniskor et nous songeons très sérieusement à le faire pour 30 Degrees. Du coup, pendant quelque temps, l’essentiel de nos efforts va essentiellement porter là-dessus. Développer de nouvelles séries, cela voudrait dire augmenter le budget de la fiction de manière très importante, et ce n’est pas ce que nous souhaitons. Il ne devrait donc pas y avoir de grandes nouveautés moins pendant 18 mois.

A Série Séries, vous avez participé à l’étude de cas sur le succès des séries turques. Comment appréhendez-vous la question de l’achat de séries étrangères ?

Le duo au centre de Bron (Broen)/The Bridge.

Dans le cadre des obligations de service public en Suède, nous nous devons de rester toujours ouvert au monde, pour montrer ce qu’est la diversité en matière de séries dramatiques. Ces créations sont un des meilleurs vecteurs de découverte des cultures étrangères. C’est pour ça que quand nous diffusons des créations d’autres pays, nous le faisons en version sous-titrée. Entendre des langues étrangères à la télévision, c’est quelque chose d’important à mon sens. On essayer de le faire avec tout le monde, notamment avec les séries allemandes et françaises…

Comme quoi ?

Les Revenants ! Nous l’avons d’abord diffusé sur notre site web, avant une diffusion télé. Tous les jeudis pendant huit semaines à partir du mois de février 2013. C’était une authentique expérience pour nous : nous avons pu observer les réactions du public via les réseaux sociaux. Regarder une série française, c’était un peu un retour aux sources pour moi. Quand j’étais enfant, je regardais Arsène Lupin. Aujourd’hui, cependant et pour revenir à votre précédente question, je dois dire que ce que l’on peut voir en Turquie m’intéresse tout particulièrement. Lorsque nous avons acheté The End, nous l’avons remonté en épisodes de 30 minutes pour les diffuser chez nous. Je serai curieux de voir si on pourrait trouver une série française avec laquelle on pourrait éventuellement faire la même chose. Je suis en tout cas venu à Série Séries pour découvrir Un Village français, car on m’en a souvent parlé ».

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