Séries & Comics : Quelle consommation ?

Séries & Comics : Quelle consommation ?

Toute cette semaine, le Daily Mars se penche sur le rapport qui existe entre les séries télévisées et les comics. Comment ces deux médias entretiennent des similarités, comment ils peuvent se nourrir et quelles sont les conséquences d’une telle porosité. Aujourd’hui, nous traçons un parallèle entre les différents modes de consommation qui touchent aussi bien les séries que les comics.

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Il existe un facteur qui rapproche les séries et les comics : le rapport temps/parution/consommation. Chaque médium utilise ce rapport pour modeler sa narration, son découpage. Pour les séries, il y a la saison, l’épisode, l’acte. Pour les comics, le run, l’épisode, la page. Ces distinctions commandent l’écriture, que ce geste soit automatique ou non pour les auteurs. Et commandent la lecture/visionnage.

Regarder une série en mode marathon (ou binge watching) ou s’empiffrer des recueils, c’est aller contre un mode de consommation tel qu’il est prévu. Est-ce pour autant que notre vision devient biaisée ou que l’oeuvre s’en trouve dénaturer ?

Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons

Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons

Lire l’intégrale de Watchmen n’atténue en aucune façon la puissance du récit de Moore. Son génie nous saute toujours au visage, les mains cramponnés au livre, sans pouvoir résister à la tentation de tourner les pages, chapitre après chapitre. La densité du récit, son habile construction contiennent un pouvoir immersif capable de happer le lecteur. Mais il existe cette amertume de ne pas avoir pu savourer l’oeuvre sur une échelle de temps plus importante : les douze mois originels.

L’attente entre deux chapitres/épisodes intervient dans le processus de consommation comme digestion, assimilation et suspense. L’attente créé l’addiction. Ce besoin quasi compulsif de connaître la suite. L’attente entretient l’union entre le spectateur/lecteur et l’oeuvre. Un accord tacite entre l’auteur et son public, un contrat entre le diffuseur et son public. L’attente, c’est ce moment d’incertitude où tout semble possible mais sur lequel nous ne possédons aucune prise.

Le sacrifice de cette attente n’est pas préjudiciable à l’oeuvre. Ses qualités, ses forces, sa maîtrise ne sont pas solubles dans la masse. Inversement, le binge watching est parfois salvateur. Comme cette lecture en marathon supprime le phénomène d’attente, la frustration liée à un épisode faible (pour diverses raisons) est amoindrie par la possibilité d’enchaîner avec le suivant. La consommation en rafale efface les notions d’épisodes. Ils se mélangent, se confondent jusqu’à créer un bloc compact mais indéfini. Les baisses de rythme, d’intensité, d’intérêt ne sont plus à la même échelle : enchaînement d’épisodes contre semaine d’attente. Si l’on a pu voir que l’attente fonctionnait à un niveau “digestif” (être capable d’assimiler ce que nous venons de voir/lire), elle intensifie la déception (“tout ça pour ça”). La lecture d’un recueil ou la vision d’une saison évacue ce sentiment.

LA FERME !

LA FERME !

Dans les faits, cela donne une modification de la perception. La seconde saison de The Walking Dead ne produit pas les mêmes effets si on la regarde en bloc ou selon sa diffusion initiale. Toute la première partie, dans la ferme, peut sembler interminable, semaine après semaine comme il ne se passe pas grand chose. Inversement, elle est plus “acceptable” si on la regarde d’une traite. Ici, il ne s’agit plus d’une suite d’épisodes longuets, mais d’un (gros) épisode : la ferme. Les derniers events précédent Marvel Now comme Siege ou Fear Itself s’apprécie “mieux” en recueil qu’en publication mensuelle (le rythme est effroyable). 24 est un excellent sujet sur l’opposition diffusion intiale/binge watching. La vision en rafale a souvent été salvatrice pour la série ou du moins atténuait les énormes problèmes scénaristiques. Sa nature de série en temps réel la prédispose particulièrement à une appréciation différente selon le mode de consommation.

Il n’existe pas une bonne façon de regarder des séries ou de lire des comics. Le choix va provoquer de légères modifications de la perception, le plus souvent à l’avantage de l’œuvre mais un regard critique restera capable de définir les carences, les problèmes que peuvent contenir une oeuvre. Les différences vont se relever à hauteur de l’investissement. En temps, par la force des choses mais aussi en intensité émotionnelle ou psychologique. La série travaillera le spectateur différemment.

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