Séries Mania : les petits secrets de la programmation

Séries Mania : les petits secrets de la programmation

A un peu plus d’un mois du lancement de la cinquième édition du festival Series Mania à Paris, programmé du 22 au 30 avril au Forum des images, le Daily Mars est allé à la rencontre de Frédéric Lavigne et Elise Tessarech, qui façonnent, mois après mois, la programmation de l’événement. Nous leur avons demandé comment ils préparaient ce rendez-vous. Une instructive plongée dans les arcanes du festival, qui donne envie d’être déjà au mois prochain.

series mania Concrètement, quand débutez-vous la préparation de Séries Mania ?

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Six Dollars per Hour, une série israélienne présentée en 2013.

Frédéric Lavigne : « Le truc un peu particulier par rapport à d’autres festivals de séries, c’est que le Forum des images propose beaucoup de choses très différentes. Notre temps n’est pas entièrement dédié à Séries Mania. Avec Elise, nous travaillons dans un service qui propose au moins deux autres festivals dans l’année. Contrairement aux rendez-vous organisés par une association, qui peuvent préparer leur manifestation pendant toute l’année (avec des permanents qui repèrent ce qui peut être intéressant), nous, nous concentrons notre implication sur Séries Mania sur un nombre de mois sensiblement inférieur. En gros, on commence vraiment à bosser en septembre. D’autant plus que on a constaté que le temps entre la production et la diffusion devient de plus en plus court. Si on veut proposer quelque chose qui n’a pas encore été diffusé en France, globalement, il faut surtout être vigilant sur ce qui est proposé quelques mois avant le festival « .

Elise Tessarech : « C’est ça. Les choses se sont beaucoup plus resserrées si l’on compare par exemple à la première édition ».

Donc, le travail commence à la rentrée de septembre…

E.T. : « Pas à temps plein, mais oui. On regarde des choses, on réfléchit à des idées de rendez-vous… »

F.L. : « Il y a une petite étape-clef, c’est le MIPCOM début octobre à Cannes. C’est certes un marché très business, mais cela nous permet de repérer les projets qui pourraient être prêts au mois d’avril. Il s’agit surtout des séries du monde. Les Nordiques, les Israéliens, les vendeurs internationaux qui présentent dans leurs catalogues des projets qui ne sont alors pas tout à fait terminés ».

C’est un peu l’occasion de prendre le pouls du monde…

F.L. : « Voilà. Et de préfigurer ce qui pourrait être prêt à temps pour nous. »

E.T. : « Surtout les grosses séries, quand même. Parce qu’il y a des « petits vendeurs » qui n’ont pas forcément de stand au MIP. Ces petites niches, on va les défricher par ailleurs ».

F.L. : « Oui. Là, il s’agit de vendeurs comme Beta, Zodiac, SVT… de grosses structures avec un catalogue assez large ». Séries Mania 2013

Si on comprend bien, à partir de septembre, vous scrutez de l’autre côté de l’Atlantique avant d’élargir le spectre en octobre…

E.T. : « C’est ça. Mais il y a aussi le festival de La Rochelle, auquel je me rends en septembre. Il y a toujours quelques petites choses à repérer, des gens à voir, des partenaires et des chaines françaises à recroiser ».

F.L. : « Il y a notre équipe au sein du Forum des images mais nous nous appuyons également sur des conseils extérieurs. Comme François-Pier Pélinard-Lambert, du Film Français, qui nous aide sur tout ce qui est séries du monde, avec en particulier trois tropismes très clairs sur l’Amérique du Sud, le Québec et l’Australie. Il se déplace dans ces trois régions à l’automne et en hiver. Il nous propose alors plein de choses, notamment des DVD »

E.T. : « Et il a beaucoup de rendez-vous sur place, aussi »

F.L. : « C’est quelqu’un qui est très vite au courant des acquisitions. Des informations que l’on glane nous aussi par ailleurs. Nous nous appuyons aussi sur Marie-Elizabeth Deroche-Miles, en Angleterre. J’ai fait un aller-retour de 24 heures avec elle pour rencontrer notamment les gens de BBC et Channel 4 et des compagnies de production, comme Company Pictures ou Kudos… des gens qui nous listent ce qui sera prêt d’ici quatre à cinq mois. On va alors directement à la source ».

Daniel Holden (Rectify), dans sa cellule

Daniel Holden, dans sa cellule. Rectify ou la vraie question de programmation.

Vous avez bien vos marques, maintenant ?

F.L. : « C’est un système de fonctionnement qui a mis du temps à se roder. Il a fallu trois/quatre ans pour arriver à cela ».

E.T. : « Depuis l’an dernier, on a trouvé une sorte de rythme, en fait. Même si l’année d’avant, ça commençait à bien avancer. Et si on revient aux rendez-vous qui permettent d’établir des contacts, il faut aussi parler du FIPA, en janvier… »

F.L. : « Oui. L’idée, là, c’est de visionner, de prendre des contacts mais aussi de repérer des nouveautés qui ne sont pas présentés mais dont l’arrivée est imminente ».

E.T. : « Ça peut aussi être des choses qui n’ont pas été retenues par les organisateurs mais que nous, on aime bien. Et entre deux programmes pour lesquels on hésite, on aura tendance à privilégier la création qui est vraiment inédite en France ».

Y a-t-il d’autres dispositifs ? E.T. : « On a aussi un appel à séries, sur le site du festival, pour que l’on nous soumette des propositions. C’est assez nouveau : on l’a mis en place il y a deux ans ».

Et des difficultés particulières ?

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The Americans, un des « succès sur grand écran » de l’an passé.

F.L. : « Pour tout ce qui est productions françaises, il n’y a pas grand-chose de prêt, inédit et disponible au mois d’avril ».

Vous devez être parfois confrontés à des cas à part. Par exemple, la saison 1 de Rectify, qui pourrait avoir sa place dans votre programmation mais date du printemps 2013…

E.T. : « Ce sont effectivement des questions que l’on se pose ».

F.L. : « Nous travaillons pour un public assez large, et on sait que les Américains ne nous passeront jamais de vraies avant-premières avant diffusion. C’est impossible pour un festival grand public. Donc pour Rectify, qui a été diffusée sur Sundance Channel France et a été vue par quelques dizaines de milliers de téléspectateurs, on se pose vraiment la question. D’autant qu’Arte doit la diffuser après le festival. Et qu’il nous est arrivé de proposer des avant-premières françaises de projets un peu anciens ».

E.T. : « Il y a aussi la question du grand écran, de ce qu’apporte la diffusion de séries très cinématographiques dans un événement comme celui-ci. Cela entre en ligne de compte… l’an dernier, The Americans sur grand écran, c’était dément par exemple »

Qu’est-ce qui se passe, ensuite ?

E.T. : « Après ça, en parallèle, on est beaucoup sur la construction des tables rondes professionnelles et des conférences. Il ne faut pas non plus oublier tout le travail de sous-titrage. On travaille avec Dubbing Brothers cette année. On a une personne en interne qui gère tout ce qui est contrat sous-titrages. Ca occupe presque un plein temps ».

David Wenham et Elisabeth Moss (qui casse encore la baraque ; avec ou sans les bras croisés). Photo Sundance Channel Entertainment

Top of the Lake, un des regrets de l’an passé. Photo Sundance Channel Entertainment

F.L. : « Il y a un autre travail colossal : trouver les financements. On a des dizaines de rendez-vous avec des institutionnels. Ca va des médias au CNC en passant par la Procirep, la SACD, la Région Ile de France. Tout ça se fait de front. Dans un autre registre, on rencontre aussi des représentants des filiales américaines. Warner, Sony, la Fox. C’est assez nouveau. Le festival a été identifié comme un lieu où faire venir des talents. Du coup, on a essayé de formaliser des rencontres pour travailler clairement avec eux. Pour diffuser une série, il faut de toute façon l’accord du diffuseur français et du studio qui est derrière. C’est crucial.

Ca a posé problème par le passé ?

F.L. : « La non-programmation de Top of the Lake, l’an dernier, c’est une grande déception qui s’explique comme ça. Arte voulait absolument que ça se fasse, on souhaitait en faire notre soirée d’ouverture et la BBC a refusé jusqu’au bout. La série a été diffusée en Nouvelle-Zélande et sur Sundance Channel en début d’année mais pas en Angleterre. Etant coproductrice, la BBC pouvait interdire toute projection avant la diffusion anglaise… et c’est ce qui s’est passé. Puis elle a été diffusée au festival de Cannes ».

Comment voyez-vous évoluer Séries Mania, au fil du temps ?

E.T. : « La partie pro évolue bien, depuis l’an denier. Par le biais du forum de coproduction qui sera reconduit cette année.

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Arte, un partenaire fidèle.

F.L. : « Cela nous demande de repérer les projets qui sont en recherche de coproducteurs. Nous avons une autre équipe qui s’occupe de ça. cela va devenir une sorte de petit festival dans le festival. Avec une centaine de personnes attendues, avec dix projets présentés et venant de toute l’Europe »

E.T. : « Ces projets sont pitchés devant ce qu’on appelle des listeners. Des vendeurs, des potentiels coproducteurs. Ce qui donne ensuite lieu à des rendez-vous one to one. Pour faire du business »

F.L. : « Ce rendez-vous a eu un impact très clair sur l’image que les professionnels européens ont du festival. C’est une démarche gagnant-gagnant : quand on les sollicite pour la présentation d’une série au public, ils sont davantage au courant ».

Et sinon, que pouvez-vous déjà nous dire sur la programmation, en plus de ce qui a déjà été dit ?

E.T. : « Le marathon comédies sera encore là. Il y aura une nuit dédiée à une série, encore. Sans oublier des intégrales de journée, comme on l’a fait pour Top Boy en 2012, par exemple. Chaque série reste accompagnée, pour qu’il y ait à chaque fois un éclairage critique ».

F.L. : « La sélection de webséries sera mieux mise en avant aussi. On peut aussi dire un mot sur ceux qui nous accompagne, côté diffuseurs. On a en deux, très fidèles, OCS et Arte. Ils ont compris que de montrer en amont une série est un atout. France Télévisions sera encore là aussi. La présence de Canal + est plus variable selon les années, et ils reviennent en force pour cette édition avec la marque Jimmy ».

Julianna Margulies, de The Good Wife : une comédienne dont le festival rêve. Photo: Justin Stephens

Julianna Margulies, de The Good Wife : une comédienne dont le festival rêve. Photo: Justin Stephens

Parlons un peu séries de network, comme The Good Wife par exemple. Ca vous tente, parfois, de démarcher leurs showrunners…

F.L. : « Moi, c’est surtout l’actrice principale que j’aimerais faire venir! (rires) C’est un de nos rêves. On a essayé mais on n’y est pas parvenu. On a beaucoup de rêves qui se sont pris des portes. On a essayé deux années de suite, et on a un peu abandonné pour Julianna Margulies »

E.T. : « L’an dernier, on était tout proche de faire venir Connie Britton, pour la présentation de Nashville« .

F.L. : « On a souvent des déconvenues avec les actrices : elles sont entourées de tellement de personnes intermédiaires… et elles composent avec beaucoup de contraintes différentes ».

E.T. : « C’est pour ça qu’il y a deux ans, Felicity Huffman n’a pas pu venir, alors qu’on l’avait invité pour parler de la fin de Desperate Housewives« .

F.L. : « Il y a aussi des grands noms qu’on essaie d’avoir même s’ils n’ont pas d’actu particulière…

Tous les ans, vous essayez d’avoir David Chase, c’est ça ?

F.L. : « On l’a eu pendant 24 heures ! C’était pour la première édition. On essaie tous les ans Alan Ball, aussi. Comme Jon Hamm ou Michael C. Hall. Comme on a parlé du premier épisode de la nouvelle saison de 24 avec la Fox. La diffusion a été repoussée du 28 avril au 5 mai. On était pas loin. Là, ça fait mal (rires). »

SERIES MANIA 5 : C’EST (DEJA) AU PROGRAMME

Si l’intégralité du programme n’est pas encore connu, on sait que Looking (USA), True Detective (USA), Black Mirror (Angleterre), Mammon (Norvège), The End of the World (Corée), Mekimi (Israël), Devil’s Playground (Australie) sont annoncés. Tout comme les saisons inédites de Mafiosa, Ainsi soient-ils et la série inédite Ceux de 14.

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