• Home »
  • SÉRIES »
  • Séries Mania saison 5 : Rencontre avec l’équipe de Mekimi (Israël)
Séries Mania saison 5 : Rencontre avec l’équipe de Mekimi (Israël)

Séries Mania saison 5 : Rencontre avec l’équipe de Mekimi (Israël)

Tamar Marom et Ram Nehari, le duo derrière Mekimi. Photo Isabelle Ratane

Tamar Marom et Ram Nehari, le duo derrière Mekimi. Photo Isabelle Ratane

Pendant cette saison 5, Séries Mania invite les téléspectateurs à découvrir des séries du monde à la fois puissantes et révélatrices de questions de société. Comme Mekimi, création israélienne présentée mercredi 23 avril. Nous avons échangé avec Tamar Marom et Ram Nehari, scénariste et réalisateur de la série.

L’histoire de Mekimi, c’est celle d’Alma, une jeune présentatrice de télévision dans le Tel-Aviv des années 90. Alors qu’une jolie carrière s’ouvre à elle, elle décide de tout quitter pour suivre Ben, un étudiant anarchiste dont elle tombe amoureuse. Ensemble, ils décident d’emprunter un chemin religieux pour devenir ultra-orthodoxe.

Intimiste, Mekimi ne s’offre pas au spectateur immédiatement. Lente, privilégiant l’image pour suggérer, elle demande à son audience une certaine implication. Mais le périple, sensible et très juste, est décrit de manière puissante. Nous avons échangé avec ceux qui ont créé la série, pour en savoir plus.

Daily Mars : Comment vous êtes-vous retrouvés impliqué dans le développement de cette série ?

Tamar Marom : « La série est basée sur un livre intitulé « Mekimi » et qui a une forte dimension autobiographique »

Ram Nehari : « C’est une fiction mais celle-ci est basée sur l’histoire de son auteure, l’ancienne présentatrice de télévision, Noa Yaron-Dayan ».

Tamar Marom, scénariste de Mekimi. Photo Isabelle Ratane

Tamar Marom, scénariste de Mekimi. Photo Isabelle Ratane

T.M. : « Elle et moi, nous nous sommes connues alors que nous étions à l’armée. Nous étions tous les deux rattachées à une station de radio militaire. Je m’occupais de la programmation tandis qu’elle était l’animatrice. A cette époque, j’étais impressionnée par son talent. Elle était très jolie, aussi. Je la détestais pour ça ! (rires) A l’époque, c’était une vraie star. On s’est retrouvé toutes les deux sur une émission de divertissement pour la télévision ».

R.N. : « C’était une émission vraiment stupide, mais aussi très populaire. C’était le début des chaînes commerciales en Israël : elle est devenue une immense star en très peu de temps. Tout ça en ne faisant pas grand-chose, à part sourire. Et puis un jour, elle s’est tournée vers la religion, pour devenir ultra-orthodoxe »

T.M. : « Elle a pour ainsi dire disparu. Des rumeurs ont commencé à courir, sur la façon dont elle a rejoint le mouvement ultra-orthodoxe… et puis, dix ans ont passé. Elle a écrit ce livre, Mekimi ».

R.N. : « Elle a vraiment embrassé les principes de ce courant. Elle est devenue la mère de sept enfants, a arrêté de travailler. Et lorsqu’elle a écrit ce livre, elle l’a envoyé à Tamar ».

D.M. : Qu’en avez-vous pensé ?

T.M. : « Elle me l’a envoyé avec une petite note. Quelques mots à mon attention. Cela m’a beaucoup surpris puisque je n’avais pas eu de nouvelles les dix années précédentes. J’ai commencé à le lire et dès la deuxième page, j’ai appelé Ram et lui ai dit « Tu dois lire ce livre ! ».  »

Ram Nehari, le réalisateur derrière Mekimi. Photo Isabelle Ratane

Ram Nehari, le réalisateur derrière Mekimi. Photo Isabelle Ratane

R.N. : « Non, tu as dit « On doit le lire ensemble et on doit en faire quelque chose » ! C’était comme un coup de poing en pleine figure pour nous. Politiquement, nous sommes tous les deux de gauche et quand on a appris que Noa quittait le monde de la télévision, on s’est dit « Mais elle est folle de faire ça ! Son mari a dû lui faire un lavage de cerveau ». Et en lisant son livre, on s’est dit… en fait, je ne sais pas si elle a vu une sorte de lumière, si elle est devenue folle ou si elle a purement et simplement suivi son époux, mais elle nous a surtout fait réfléchir à ce qu’étaient nos propres vies. A ce que nous en temps que personnes libérales, nous pensions de ses choix ».

T.M. : « Son histoire nous a renvoyé à nos propres questions d’identité. Cela pousse à se demander ce que c’est qu’être Juif aujourd’hui en Israël. Quelle partie du judaïsme fait partie de nos vies ? Je suis la mère de trois enfants et ils sont Juifs… mais que dois-je leur enseigner ? »

D.M. : Quelque part, son histoire et son parcours ont dû être un choc pour vous, non ?

R.N. : « On a essayé de se retrouver nous-mêmes dans son histoire. L’objectif pour nous, c’était de décrire le chemin qu’elle a parcouru pour devenir ce qu’elle est. Porter à l’écran une démarche très personnelle, de façon assez cinématographique ».

T.M. : « L’idée, pour nous, ce n’était pas de donner d’explications de son choix ».

D.M. : La notion de sentiment est cruciale dans la série. On a l’impression qu’elle « tombe dans la religion » comme elle tombe amoureuse…

T.M. : « C’est un peu comme si elle tombait amoureuse de Dieu… »

mekimiR.N. : « Dans le deuxième épisode, le personnage d’Alma fait une crise de panique dans une synagogue. Peut-être que c’est là qu’elle a commencé à entrevoir la lumière ? Je ne sais pas… Peut-être que tout simplement, elle fait tout ça par amour pour Ben, son compagnon ».

T.M. : « Quand on a commencé à travailler sur la série, nous avons passé de très longues heures à échanger avec Noa et son époux, qui sert d’inspiration au personnage de Ben dans la série. On s’est dit, en parlant avec eux, qu’en tombant amoureuse de Ben, Alma tombe amoureuse de Dieu. Mais chacun peut y voir ce qu’elle veut. Tout cela est très subjectif ».

D.M. : Comment la série a-t-elle été accueillie par le public, notamment des féministes ?

T.M.: « La série a suscité des réactions très différentes ».

R.N. : « Je crois que ça a mis au jour une grosse blessure au coeur de la société israélienne. Et pas que du point de vue des féministes. Mais aussi du côté des juifs séculaires, des juifs orthodoxes. Ou pour ceux qui sont arrivés au pays après la Shoah ».

T.M. : « Israël est une société encore très jeune. Ma grand-mère a tout quitté la Russie pour venir là-bas, notamment ses parents. Elle fait partie de ceux qui ont voulu créer une Nouvelle Israël, en laissant le passer derrière eux. Les personnes qui, comme Alma, font le choix de devenir ultra-orthodoxe, essaie de trouver un chemin vers ce passé. Un chemin vers l’avant-holocauste »

Alma et Ben.

Alma et Ben.

R.N. : « Tout ça renvoie à une question de fond : qui sont les héros en Israël. est-ce que ce sont les militaires ? Est-ce que ce sont ceux qui renouent avec les traditions et prient pour les autres ? On le redit, c’est une authentique blessure ».

D.M. : Qu’est-ce qui était le plus compliqué dans le travail d’adaptation à l’écran ?

T.M. : « Dans le livre, il y a beaucoup de commentaires en voix off. Le plus dur, c’était donc de faire passer un maximum de choses par l’image. Il nous a fallu six ans pour créer cette série. Et oui : elle a fait évoluer notre façon de penser »

Un mot sur les acteurs pour finir. L’acteur qui joue Ben, Daniel Niv possède une énergie singulière…

T.M. : « Vous savez que c’est un rappeur à la base ? Ce n’est pas un acteur à la base mais il est vraiment très talentueux ».

R.N. : « Quand il est venu à l’audition, on savait que c’était lui. Quand bien même il disait qu’il est très différent du mari de Noa. Mais en vérité ce sont les mêmes. Et Yeal Poliakov, qui joue Alma, est la fille d’une comédienne très célèbre en Israël et qui est aujourd’hui décédée. Au début, on cherchait une comédienne plus jeune, mais c’est Noa Yaron-Dayan elle-même qui nous encouragé à la choisir ».

Mekimi (Israël, 2013). Avec Yael Poliakov et Daniel Niv. A découvrir dès 18h30 le 23 avril à Séries Mania : la projection des cinq épisodes sera suivie d’un débat avec Tamar Marom et Ram Nehari.

Partager