Les Séries Mésestimées : La saga Star Trek (entretien avec Romain Nigita)

Les Séries Mésestimées : La saga Star Trek (entretien avec Romain Nigita)

On fait difficilement plus mésestimée que Star Trek, en France. La fiction des hommes et femmes qui sillonnent l’espace en pyjama moulants. Du moins c’est ce qu’on entend chez nous. Et pourtant, la franchise initiée par Gene Rodenberry est juste un des plus grands pans de Pop-Culture au monde. Pour le coup, et parce qu’aucun rédacteur du Daily Mars n’est à proprement parler un spécialiste des petits gars de l’Enterprise, on est allé chercher (pas loin) notre camarade et éminent spécialiste du sujet, journaliste et chef de projet à 8artCity (1), Romain Nigita.

Star Trek, la série originale

« Mésestimée, pas totalement. Méprisée plutôt. En fait, le public français a manqué le premier rendez-vous de Star Trek, en 1966. On a vu la série débarquer chez nous sur TF1, beaucoup trop tard, en 1982. Le lien qu’on aurait pu avoir avec Star Trek, on l’a plus eu avec Cosmos 1999, diffusée très peu de temps après la Grande-Bretagne, et qui est restée culte. Rien à voir avec la théorie selon laquelle les français n’aiment pas la SF ! Ca, je n’y crois pas… »

5 séries (Star Trek, The Next Generation, Deep Space Nine, Voyager, Enterprise), 11 films, bientôt 12, (et même une série animée dans les années 70) et malgré tout, la France est passée complètement à côté. Aimer Star Trek, c’est se heurter aux quolibets, aux moqueries. Impensables au Etats-Unis. Les 16 ans de retard ne sont pas la seule raison « La série a été mise à l’antenne avec un doublage calamiteux, en français, mais par des Québécois. Dans les premiers épisodes Uhura avait été renommée O’Hara, les Klingons étaient devenus les Klikons ! La période Jimmy avec les diffusions des séries dérivée a permis de créer un second rendez-vous, plus réussi, avec la France ».

« Star Trek, la série originale était produite par le studio DesiLu (Desi Arnaz et Lucille Ball), et était filmée dans le studio voisin de Mission Impossible, elle aussi chez DesiLu. Ils avaient le même budget. Sauf que pour une série, on avait juste des gens en costard avec deux tournevis, et pour l’autre, il fallait recréer des planètes, des extraterrestres, des pistolets lasers… l’esthétique de la série en a souffert. En plus, elle était diffusée dans les années 60, quand la télé US était très différente. Elle peut paraître désuète, mais malgré tout elle a une place privilégiée dans le cœur des fans. »

Star Trek, The Next Generation

« Star Trek Next Generation met deux saisons à être vraiment excellente. Ils avaient de bons scénaristes. René Echevarria qui fera les 4400, Michael Piller qui créera The Dead Zone, Naren Shankar (Grimm, CSI, Farscape), mais aussi Ronald D. Moore (Battlestar Galactica) qui était un fan de la série. Elle avait aussi un casting fabuleux. On fait difficilement mieux que Patrick Stewart. Next Gen, c’est un prolongement de l’originale, qui repousse le concept, va plus loin. C’était un vrai carton d’audience, ramenant parfois plus de 20 millions de téléspectateurs. Elle possède des épisodes mémorables. Deux me reviennent en tête: le procès de Data (afin de savoir s’il est un organisme vivant ou une propriété matérielle de la fédération), où pendant 45 minutes Star Trek s’invite presque dans La Loi de Los Angeles. Et le final, co-écrit par Ronald D. Moore, qui transporte le capitaine Picard à l’époque du pilote (à la Retour Vers le Futur 2), puis vingt ans dans l’avenir. Un épisode qui montre à quel point les personnages ont évolués dans le temps. Il ne faut pas se leurrer, ces évolutions ont été permises parce qu’Hill Street Blues et St-Elsewhere, des séries chorales, étaient passées par là. »

Star Trek, Deep Space Nine

« Avec Next Gen, Deep Space Nine était ma préférée. Elle est passionnante parce qu’elle casse le moule. On n’est pas dans une histoire d’explorateurs, mais dans une vrai fiction politique. Si je devais faire un raccourci rapide, elle est proche de Babylon 5, même si l’histoire est très différente (je sens que je vais en faire hurler certains, là…). Voyager est une catastrophe. Juste un prolongement des deux première séries, elle n’apporte rien. Elle va même jusqu’à dupliquer des gimmicks: le passe-temps de l’équipe dans Next Gen, c’est le poker. Dans Voyager, c’est le billard ! »

« Enterprise est une série qui ne s’est quasiment jamais trouvée. Sa fonction de préquelle, elle ne l’a remplie que lors de sa saison 4, quand elle racontait des histoires en 3 parties. Entre-temps on a eu droit aux deux premières saisons qui souffrent des mêmes problèmes de redite que Voyager, et une saison 3 très post-11 septembre (suite à une attaque sur la planète terre qui fait 10 millions de morts), avec une arche narrative qui couvre la saison complète. On voit même le capitaine Archer (Scott Bakula) faire des choix à la Jack Bauer ! »

Star Trek, c’est aussi des films : 10 avant le film de JJ Abrams, Les 6 premiers sont des prolongements de la série originale, tandis que les 4 suivants mettent en scène l’équipage de La Nouvelle Génération. « Le premier Star Trek fait presque plus penser à du 2001 qu’à du Star Trek, en réalité. C’est un film étrange mais très beau. Et la musique est formidable. C’est aussi le seul du groupe à avoir bénéficié d’un budget confortable. Le second, Wrath of Khan, est un grand spectacle à la Star Wars. L’histoire trouve sa son origine dans Moby Dick. Khan c’est Ahab, et Moby Dick… ben c’est Shatner ! »

Khaaaaaaaaaaaaaan !

« Le quatrième, c’est une pure comédie. Ils reviennent dans le passé, à San Francisco, pour trouver des baleines à bosse. Ils ne comprennent pas la société à cette époque, sont en décalage avec tout le monde… c’est quasiment Les Visiteurs. Le sixième est un histoire politique. L’équipage de l’Enterprise y est accusé du meurtre d’un chancelier Klingon. First Contact, sorti en 1996 est un carton au box-office, ainsi qu’un film très ambitieux, visuellement. C’est le premier film à ne mettre en scène que l’équipage de Next Gen. Le dernier, Nemesis, sorti en 2002 est un bide absolu, si bien que la Paramount a pensé ne pas distribuer le film à l’étranger »

Et JJ Abrams, dans tout ça ? « Après Nemesis, il ne faut pas oublier que la franchise était morte et enterrée ! JJ Abrams n’est pas un fan de Star Trek. On lui a donné un budget conséquent, il a eu l’intelligence de placer son intrigue dans un univers parallèle. Du coup il ne froisse pas les fans de l’original en bousculant ce qui avait été établi, mais en se laissant totale liberté de raconter son histoire ! Et le premier film, même s’il s’éloigne de la tradition Star Trek, est un blockbuster efficace, qui offre un point d’entrée dans la franchise à une nouvelle génération. Il faudra voir le second, qui s’annonce comme un gros évènement de l’année »

Bande-annonce Star Trek Into Darkness

« L’autre événement, c’est l’édition de Next Gen en blu-ray. (NDLR : comme toutes les séries des années 80/90, La série était éditée en définition standard pour la diffusion. Afin de faire des blu-rays dignes de ce nom, il a fallu repartir des rushes d’origines, remonter, ré-étalonner… un travail titanesque) La saison 2 va sortir mais elle fait déjà polémique. Vu le boulot, le studio qui s’est occupé de la saison 1 a décidé de ne refaire que les saisons impaires, en sous-traitant les saisons paires. Et visiblement le travail n’est pas aussi bien fait ! »

Alors vous avez bien compris : les pyjamas ne sont pas une fatalité. Star Trek est une saga très fréquentable.

(1) : 8 Art City est une agence spécialisée dans le domaine des séries et fictions télé, de tous types et de toutes origines. Elle est dirigée par Alain Carrazé.

Merci à Romain Nigita pour sa disponibilité et sa connaissance sans limite de l’univers de Star Trek. Pour le coup, ça tombait bien.

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