Séries télé : la guerre des villes fait rage (roaarrrr) !

Séries télé : la guerre des villes fait rage (roaarrrr) !

Hola camarades syndiqués… Ce soir j’expérimente et je préfère être transparent sur la question : voilà un sujet initialement paru dans le magazine qui m’emploie, mais la version que vous allez lire sur ce blog en est sensiblement éloignée. Il s’agit d’une première version qui avait été jugée un peu trop « pointue » par mes boss et que j’avais dû revoir en faveur d’une approche plus… grand pubic. No comment, je me plie à la logique de mon support, c’est la règle :-).

En revanche, je trouvais dommage de laisser moisir au placard cette version initiale, qui a largement ma préférence et lève modestement un petit coin de voile sur les vraies raisons derrière les choix de telle ou telle ville américaine pour le tournage d’une série télé. Bref, un petit article pas trop long et qui ne mange pas de pain, vous me posterez à l’occasion votre opinion !
Bon et sinon, je dis ça juste en passant, mais le tournage de Tonight on Mars épisode 1, c’est ce samedi.

Allez Simone, en voiture et fais péter le papier !

Pitch : En temps de crise, les tournages s’avèrent un atout économique convoité plus que jamais par les cités américaines. Entre Los Angeles, New York, Chicago et d’autres, la concurrence ne fait pas de quartier…

 

Février 2009. Au grand désespoir des autorités culturelles new yorkaises, le studio Warner annonce que sa série Fringe ne se tournera plus dans les environs de Big Apple à partir de sa saison 2. Destination : Vancouver, où les petits génies des décors et de la post-production de Fringe sont désormais chargés de faire passer les paysages et la lumière de la côte Ouest canadienne pour le Massachussets (l’action se déroule à Boston).

La raison de ce déménagement brutal ? La suppression inattendue un mois plus tôt, pour cause de fonds épuisés, d’une subvention fédérale d’aide aux tournages mise en place en 2008 par l’Etat de New York. Lequel fut rapidement dépassé par l’afflux massif de productions, alléchées par l’annonce de ce programme d’aide de 515 millions de dollars, étalés jusqu’en 2013 mais quasi intégralement dilapidés début 2009.

Commentant la relocalisation de Fringe à Vancouver, Warner qualifie la décision de « très difficile à prendre, mais dictée par des impératifs économiques ». Depuis deux ans, l’interminable crise qui plombe aussi bien les finances hollywoodiennes que les fonds publics a rendu encore plus crucial le choix du lieu de production dans le business plan d’une série télé. Et la supprématie traditionnelle de Los Angeles, paradoxalement avare en subventions, se voit sévèrement concurrencée.

Selon les villes, certains crédits d’impôts atteignent actuellement de 25% à 40% du budget global de tournage d’une saison. Les studios s’aventurent ainsi de plus en plus souvent hors du sanctuaire californien pour profiter de cet argent frais débloqué aux quatre coins des Etats-Unis ou au Canada (baptisé « North Hollywood » dans la profession). Selon le magazine Variety, sur 39 nouvelles séries proposées en septembre par les cinq grands networks américains, 20 d’entre elles sont tournées ailleurs qu’en Californie. Seul Jerry Bruckheimer affiche un soutien sans faille à son Etat fétiche (voir plus bas).

 

Pour les Etats hôtes, les tournages sont une manne financière colossale : un rapport publié en avril 2009 par la Motion picture Association of America (MPAA) rappelle qu’en 2007, les dépenses de l’industrie du cinéma et de la télévision ont rapporté conjointement 16,3 milliards de dollars dans les caisses de la Californie (leader sur le marché), tandis que son challenger New York en a récolté 7,4 milliards. Par l’odeur des retombées économiques alléchées, Miami, Albuquerque, Atlanta, Chicago ou encore Baton Rouge et leurs Etats respectifs se plient en quatre pour attirer eux aussi un maximum de tournages. Entre eux, la concurrence est impitoyable. En 2006, au bout d’une saison, Fox extradait sans état d’âme Prison Break de Chicago (choisie pour raisons fiscales), direction Dallas.

La raison ? Un nouveau programme plus attractif d’incitations à la production voté la même année par le Texas (22 millions de dollars sur deux ans). En échange des largesses texannes, Prison Break aura fait travailler pendant deux ans un millier d’intermittents et alimenté les commerces locaux, avant de finalement revenir en Californie pour sa 4e et ultime saison.

Car l’emploi est évidemment l’autre partie cruciale de l’équation. Lorsqu’à l’été 2008, Disney annonce que la saison 2 de Ugly Betty sera filmée à New York au détriment de Los Angeles, plus de 300 intermittents subitement au chômage achètent une page dans Variety pour supplier le gouverneur Schwarzenegger d’agir pour stopper l’hémorragie de tournages en dehors de la cité des anges. Message entendu : une loi signée par Schwarzie en février dernier débloquera 100 millions de dollars par an de crédit d’impôt sur cinq ans pour toutes nouvelles séries ou films tournés sur le sol californien.

 

L’emploi mais aussi le soutien de son marché immobilier ont par ailleurs convaincu la ville de Miami de renoncer à augmenter cette année le loyer de 20 000 dollars par mois demandé aux producteurs de Burn Notice pour y planter leurs caméras dans un centre d’exposition désaffecté. Il serait dommage de faire fuir la seule série actuellement tournée sur son sol (Les Experts Miami et Dexter sont filmées à L.A). Le cadre de nos séries chéries dépend donc définitivement de petits arrangements fiscaux plus que d’exigences créatives. Quelle cruelle désillusion !

… Et Jerry Bruckheimer dans tout ça ?

Sacré Jerry Bruckheimer. Sa nouvelle série The Forgotten (ABC), avec Christian Slater, se déroule à Chicago… mais se filme à Los Angeles. Même le crédit d’impôt de 30% offert par l’Illinois n’a pas entamé la préférence de Bruckheimer pour la Californie. Basé à Santa Monica, le producteur des trois Experts et de Cold Case fait tourner ces dernières dans les environs alors qu’elles se passent théoriquement à Las Vegas, Miami, Manhattan et Philadelphie (pour Cold Case). « C’est de plus en plus difficile économiquement, car les studios nous serrent la ceinture sur tous les postes » explique-t-il. « Mais je préfère tourner ici : on a de super équipes avec qui nous aimons bosser ». Un pur artisan, ce Jerry !

End of transmission…
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