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Les séries trop courtes : Terminator – The Sarah Connor Chronicles, drama familial

Les séries trop courtes : Terminator – The Sarah Connor Chronicles, drama familial

Note de l'auteur

Les Chroniques de Sarah Connor, une série trop courte ? L’affirmation en surprendra peut-être certains, pour qui ses 31 épisodes sont déjà de trop. Chérie par une poignée de fidèles comme l’une des meilleures séries de SF des années 2000, dédaignée par d’autres, totalement oubliée par la majorité, l’adaptation télé de la franchise aura succombé trop précocement des suites des malentendus qui pesaient sur elle depuis son origine.

La famille au complet : la sœur robot, l’oncle du futur, Sarah et John Connor

Le premier de ces malentendus est le titre, qui voudrait faire de Sarah Connor le personnage principal. En vérité, Sarah avait probablement été poussée dans ses derniers retranchements par l’évolution osée, et rendue parfaitement crédible par Linda Hamilton, vue dans Terminator 2. Déclinaison plus soft, la Sarah Connor de télévision ne sera jamais à 100% convaincante, malgré le talent de Lena Headey.

Par ailleurs, dans la mesure où John était en train de passer à l’âge adulte (il fête ses seize ans dans le dernier épisode de la première saison), le focus allait nécessairement se recentrer sur lui. Le John Connor de la série est, lui, le meilleur jamais vu sur un écran. Par rapport à celui de T2, fun et cool, mais caricatural, il est plus crédible. En comparaison de celui de T3, porté à bout de bras par Nick Stahl, il est bien plus profond. La qualité de l’écriture de Josh Friedman a rencontré l’interprétation d’un Thomas Dekker qu’on n’attendait pas forcément là (1), et qui se révèle parfait.

Le deuxième malentendu, c’est son très bancal Pilote. Pas vraiment un Pilote, en fait, mais plutôt un prologue, une courroie de transmission nécessaire, mais poussive, qui nous fait passer des films à la série. En effet, il faut comprendre ce que signifie d’adapter Terminator à la télévision – c’est notre troisième malentendu.

Cinéma et télévision sont des formes d’art cousines, mais différentes. Les Terminator sont d’abord et avant tout des films d’action, dans lesquels la science-fiction est un background, et la famille un élément d’ancrage émotionnel. Or l’action, c’est le genre auquel la télévision se prête le moins : ses contraintes de budget, et encore plus de temps de tournage très réduit, font que la série d’action n’existe grosso modo pas, si on excepte quelques créations cheap des années 80 recyclant d’épisode en épisode les trois mêmes cascades en voiture. Impossible donc de réaliser une transposition littérale, il faut réellement adapter le matériel d’origine à son nouveau média. Parfois, cela revient d’ailleurs à revenir aux sources de l’inspiration de James Cameron.

Le T-800 incarné par Schwarzenegger fonctionnait parfaitement dans le cadre d’un long-métrage. Mais s’il le moule avait été reproduit et multiplié pour la télévision, il serait vite apparu que donner à une unité d’infiltration les traits d’un géant par la taille comme par le tour de biceps, c’est totalement improbable.

De fait, au départ Cameron voyait plus Lance Henriksen dans le rôle de son robot, et dans Terminator 2 il a introduit un nouveau modèle auquel il a donné les traits d’un Robert Patrick volontairement lisse.

TSCC reprend les ingrédients de la saga ciné, mais en modifie l’ordre de priorité.

La série est d’abord un formidable drama familial, à propos de la famille la plus dysfonctionnelle qui soit : les Connor savent que l’apocalypse est proche, que l’ado John est le futur leader de la poignée de ceux qui résisteront à Skynet et peuvent sauver l’humanité. Sarah est une mère paranoïaque et abîmée. John est un ado qui porte littéralement le poids du monde sur ses épaules.

Summer Glau incarne Cameron, Terminatrice qui cherche autant à séduire John qu’à le protéger

La série ajoute deux nouveaux personnages. Le protecteur de John est une terminatrice qui a l’air d’avoir seize ans, et qui ne cesse de jouer de ses attributs féminins pour s’attirer les faveurs de son ‘‘frère’’ – un comportement qui pourrait avoir été programmé par nul autre que John lui-même, dans le futur ! Enfin, une figure paternelle rejoint bien vite la famille : Derek Reese, le frère de Kyle, et donc l’oncle de John.

Le showrunner est radical dans son approche, ce qui mènera à de nombreux conflits entre et les responsables de la chaîne et du studio (Friedman reconnaît qu’il a été littéralement odieux dans son refus de faire des concessions artistiques). La psychologie des personnages est très soignée et le rythme des intrigues calqué sur les séries du câble. TSCC est dans le prolongement thématique de Battlestar Galactica, à la différence près qu’elle faisait preuve d’une vraie maîtrise scénaristique, à l’opposé des coups improvisés. Pas étonnant que la série ait eu du mal à survivre sur un Network, surtout si son public s’attendait à la base à un programme dans la lignée des blockbusters à pop-corn.

The Sarah Connor Chronicles est ensuite une vraie œuvre de science-fiction. Sur ce point, Josh Friedman va jusqu’au bout de la logique imposée par le projet. Les deux premiers Terminator avaient déjà expédié trois robots et un homme du futur, et la série allait devoir continuer à le faire régulièrement. Ces voyages temporels ne sont donc plus exceptionnels. Ils sont le signe d’une transformation fondamentale du conflit entre les hommes et les machines. Celui-ci est devenu une guerre temporelle totale, dont les différents fronts sont en fait différentes époques.

Il y a plusieurs façons de traiter du voyage dans le temps. Celle de Lost, qui réduit la science-fiction au minimum en introduisant un Univers omnipotent capable de corriger sa course quoi qu’il arrive : ‘‘whatever happened, happened’’. Celle de Doctor Who, proche de la fantasy et du merveilleux, où le peu de règles existantes seront contredites dès qu’elles s’avèreront gêner le scénariste d’un épisode donné. Et puis il y a celle de TSCC, hyperréaliste, donc hyper-complexe, mais aussi hyper-excitante.

Si au début de la série, Sarah et John Connor espèrent encore empêcher la création de Skynet, comme dans Terminator 2, l’idée que les recherches sont trop avancées, et que la micro-informatique s’est trop généralisée, pour que cela soit encore possible s’impose vite. Alors les enjeux basculent et les scénaristes déploient leur stratégie narrative. Si les John Connor et Skynet du futur continuent d’envoyer des résistants et des robots dans le passé, ce n’est plus pour empêcher ou préserver le jour du Jugement Dernier, mais plutôt pour gérer l’après : leur objectif est de changer le futur pour s’y créer des avantages qui leur permettront de gagner la guerre.

A la base de Terminator, il y a un paradoxe temporel : il y a forcément eu un futur originel dans lequel Kyle Reese n’était pas le père de John Connor, avant que ne s’enclenche la boucle temporelle que nous avons découverte dans le premier film. La série joue cette carte à plein. Le futur ne cesse de changer, et certains personnages le découvriront d’ailleurs à leurs dépens — en clair deux personnages qui ne sont pas partis du futur en même temps ont peu de chance de venir du même futur. (Au pire, relisez cette phrase trois fois. Normalement ça rentre. Sinon, regardez l’épisode 2×09, le bien nommé « Complications ».)

Shirley Manson, chanteuse de Garbage, prête ses traits à une terminatrice redoutable aux objectifs mystérieux

L’action est donc reléguée au troisième plan. Mais elle est gérée de façon maligne. L’exemple caractéristique reste celui du final de la première saison, dans lequel le terminator Cromatie décime toute une brigade surarmée. La scène, musicale, est filmée du fond d’une piscine Californienne, où se déversent des corps et dont l’eau vire peu à peu du bleu au rouge.

Cette façon de mettre en scène l’action court parfois le risque de virer au gimmick. Mais elle a le mérite d’être originale et de ne pas faire cheap, ce que la série aurait irrémédiablement été avec des batailles de robots se limitant à montrer des acteurs performant des murs en carton.

Plus généralement, la série tente au maximum de prendre des chemins narratifs originaux. Si elle comporte au départ un élément procédural, puisque le FBI traque Sarah Connor, le rôle de l’agent Ellison est très vite reconfiguré pour s’intégrer à la mythologie que développait patiemment Friedman.

Elle tente aussi autant que possible d’éviter de multiplier les terminator-de-la-semaine, ce qui la contraint à être un hyper-feuilleton, ou bien à sacrément se creuser la tête, sans garantie de succès, pour trouver des idées d’épisodes indépendants (ce qui engendre un vrai passage à vide en milieu de saison 2).

Trop courte alors ? Oui, parce qu’après deux saisons, dont une première réduite à neuf épisodes par la grève des scénaristes de 2008, la série s’est arrêtée au moment où Josh Friedman révélait où il voulait en venir avec ses intrigues labyrinthiques, et où il venait de retourner de fond en comble l’univers de Terminator. La troisième saison se serait au moins pour partie déroulée dans le futur, mais un futur profondément modifié et dans lequel certains personnages étaient ‘‘ressuscités’’.

Ce qui était pour moi une vraie frustration était devenu vraiment rageant quand, quelques semaines après l’arrêt de la série, sortait sur les grands écrans Terminator : Salvation, dont le seul mérite aura été de démontrer ce qu’était une vraie trahison de l’univers de Terminator, alors que la série, malgré le travail d’adaptation nécessaire, en avait toujours été hyper-respectueuse.

Terminator : The Sarah Connor Chronicles / Les Chroniques de Sarah Connor

Adapté pour la télévision et showrunné par Josh Friedman.

31 épisodes diffusés sur Fox entre janvier 2008 et mai 2009.

Avec : Lena Headey (Sarah Connor), Thomas Dekker (John Connor), Summer Glau (Cameron), Richard T. Jones (James Ellison), Brian Austin Green (Derek Reese), Garret Dillahunt (Cromartie / John Henry), Shirley Manson (Catherine Weaver).

(1) Juste avant, Thomas Dekker avait joué Zach, l’ami de la cheerleader Claire dans les premiers épisodes de Heroes. Le personnage, manifestement gay dans ses premières apparitions, devenait subitement hétéro ensuite. La rumeur veut que ce soit l’agent de Dekker qui est intervenu, estimant que le fait de jouer un homo aurait pu faire capoter les négociations en cours pour confier à Dekker le rôle de John Connor.

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