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Séries trop courtes : The Middleman, élégante dans sa simplicité

Séries trop courtes : The Middleman, élégante dans sa simplicité

Pour sacrer le dernier jour de notre dossier « Séries trop courtes », nous avons décidé de vous parler de The Middleman, série ABC Family créée par Javier Grillo-Marxuach. Mais vu qu’on considérait au Daily Mars que faire juste un récap de la série n’était pas suffisant, on a traqué son créateur, menacé de lui faire regarder Camping 1 et 2, et nous avons obtenu une interview exclusive du garçon, que vous pourrez trouver .

Matt Keeslar (Le Middleman) et Natalie Morales (Wendy)

Créée en 2008 par Javier Grillo-Marxuach, The Middleman fut diffusé durant l’été par la chaîne ABC Family, plutôt une habituée des fictions familiales bien pensantes. Véritable anomalie de programmation, The Middleman raconte les aventures de Wendy Watson, jeune étudiante dans une école d’art à la recherche d’un petit boulot. Après s’être trouvée nez à nez avec une bête tentaculaire gigantesque, elle est sauvée par un authentique super-héro, le « Middleman », qui, impressionné par le sang froid de Waston, lui propose de travailler pour lui.

Wendy Watson, surnommée Dub-Dub (Wendy Watson, WW, double-u double-u, dub-dub… riez mais il m’a fallu du temps pour le saisir), va alors devenir la side-kick du Middleman, découvrir que tous ce qui est raconté dans les histoires de SF est vrai, que l’organisation pour laquelle travaille le Middleman se bat contre les invasions, savants fous, les monstres… Le Middleman est un gentil garçon bien bâti, propre sur lui, qui ne jure jamais, véritable modèle de bienséance et de courtoisie. Pour les aider dans leur quête, ils ont un robot avec forme humaine, Ida, qui passe son temps à insulter Wendy, et un autre qui a tout d’un robot, et qui explose presque dans chaque épisode.

Lors de sa sortie, The Middleman a été comparé à deux séries, Buffy The Vampire Slayer et Gilmore Girls. La première pour sa tonalité, son univers, décrivant un personnage féminin fort, opposé à des ennemis tels que des monstres et autres bêtes mythologique. Mais aussi parce que, comme Buffy, The Middleman est rempli de référence pop culturelles. La seconde série, Gilmore Girls, est souvent mise en avant pour parler des dialogues, et de leur vitesse incroyable.

Le dialogue est omniprésent, très souvent brillant, débité à la vitesse d’une mitraillette, mais fait toujours sens. L’action est rarement un élément prédominant dans la série. Elle se déroule souvent pendant un dialogue, voir prend place en arrière-plan pendant que d’autres personnages discutent. Plus qu’une référence à Gilmore Girls, The Middleman parle à la vitesse de son auteur, Javier Grillo-Marxuach, dont le débit est assez impressionnant.

Wendy et sa colocataire et meilleure amie, Lacy Thornfield (Brit Morgan)

The Middleman réussit un tour de force assez remarquable : c’est une œuvre consciente de son statut de fiction, et elle en joue constamment, mais sans jamais le faire de manière arrogante. Il y a une candeur, une sincérité dans le procédé. Personne n’essaye d’être plus malin que le spectateur, en soulignant les travers du genre choisi (ici, la science-fiction et les histoires de super-héros). Elle joue sur les clins d’oeil, les rappels culturel, souligne les spécificité avec un grand sens de l’humour et surtout, du respect.

L’exemple le plus flagrant vient des désignations de personnages ou de lieux. La série reprend le principe de toujours situer l’action, à la X-Files « Quantico, Viginia, 9h53 », mais en l’adaptant à sa sauce. Celui qui revient le plus, et qui aurait pu s’appeler sommairement « Appartement de Wendy Watson et Lacey Thornfield » devient « La sous-location illégale que Wendy partage avec une autre artiste jeune et photogénique ». La mère de Lacey Thornfield n’est pas nommée « maman » mais « Dr. Barbara Thornfield, M.D. PhD ». Un restaurant du coin passe de « Booty Chest » à « Bar sportif à la thématique pirate avec des serveuses à peines vêtues ».

Ces phrases pourraient être prononcées exclusivement par Wendy et Lacey, par exemple, et rester de l’auto-référence entre deux personnages de fiction, mais ces expressions sont partagées par les autres personnages, même ceux qu’elles en connaissent pas.

The Middleman, super-héros solitaire, jusqu’à l’arrivée de Wendy

Au delà de Buffy et de Gilmore Girls, The Middleman se revendique au final plutôt de deux autres œuvres. De par sa structure et son esthétique, la série fait diablement penser à Men In Black. Dans les origine du duo Middleman/Wendy, on retrouve beaucoup d’éléments identiques au film de Barry Sonnenfeld. Et il y a aussi une forte dose de Doctor Who.

Javier Grillo-Marxuach est un fan assumé de Doctor Who, et ça se sent dans sa création. Le Middleman est un personnage solitaire, isolé par sa connaissance d’un autre monde que le notre (celui des monstres, des aliens, des savants fous…). Quel que soit la personne qui endosse le costume du Middleman, il perd son nom pour prendre ce patronyme. Un peu comme les comédiens qui se suivent dans Doctor Who, qui deviennent le Docteur. Ici, pas de régénération, certes, mais la référence est tout de même là (1).

Diffusée par ABC Family, la série aura produit 12 épisodes, adaptation directe du matériau d’origine, le comic book créé par Javier Grillo-Marxuach et Les McClaine. 13 étaient prévus, mais suite à des problèmes de budget, il fut impossible de terminer la saison comme il se devait. Elle se finit avec un épisode de monde parallèle, pour une fois très digeste, car jouant sur les caricatures du genre (les gentils sont méchants, les méchants gentils, tout le monde a des boucs – sauf les femmes, hein…).

L’histoire de The Middleman est assez étonnante si on se place dans les chaussures de son créateur. C’est un projet de série télé devenu comic book devenu série télé fini en comic book… avec une fanfic. Afin de donner une fin à son oeuvre, Javier Grillo-Marxuach est donc repassé par la case comic book, servant une histoire percutante, émouvante, tout simplement réussie. Elle permet de clore pas mal de choses, de « dire au revoir », même si les personnages qu’on a appris à aimer sont ici issus d’un (très joli, en passant) coup de crayon, et plus incarnés (excellement, en passant) par des comédiens.

Wendy Watson, surprise, mais pas trop

Le script original du 13e épisode aura aussi droit à son moment de gloire. Lors de la Comic Con 2009 (un an après la diffusion de la série), venus pour promouvoir les DVD, le cast s’est réuni lors d’une conférence pour lire l’épisode devant des fans. Une expérience inédite, assez incroyable et forte, que terminer ainsi. Après avoir diffusé 12 épisodes via des postes de télévision, la série s’offre une sortie face à son public.

The Middleman, si vous ne l’avez pas encore vue, fait partie de ces petits bijoux inattendus. Une série qui réussit à atteindre la perfection dans le genre et le style qu’elle s’est choisi, fait assez rare. La série est disponible en DVD à l’import, sans sous-titres. Et qui sait, au vu de ce qui s’est passé ces derniers jours, si The Middleman ne va pas avoir, après avoir été un projet de série télé devenu comic book devenu série télé fini en comic book… avec une fanfic, elle ne devienne pas un film financé par ses nombreux et dévoués fans.

Javier Grillo-Marxuach a bien tweeté qu’il suivait avec attention tout le barnum autour de Veronica Mars. Ca laisse de l’espoir.

THE MIDDLEMAN

12 épisodes diffusés en 2008 sur ABC Family

Créée par Javier Grillo-Marxuach et Les McClaine

Showrunnée par Javier Grillo-Marxuach

Avec : Matt Keeslar (The Middleman), Natalie Morales (Wendy Watson), Mary Pat Gleason (Ida), Brit Morgan (Lacey Thornfield), Jake Smollett (Noser), Brendan Hines (Tyler Ford)

(1) : Dans le comic book, il existe une référence au Docteur, qui tend à prouver que lui et The Middleman existent dans la même réalité. En novembre 2011, une fanfic voit le jour, cross-over entre les deux séries. Une fanfic assez particulière parce qu’écrite par Javier Grillo-Marxuach lui-même.

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