• Home »
  • A LA UNE »
  • #SériesMania « je n’ai pas peur des choses déplaisantes » Damon Lindelof (Lost / The Leftovers)
#SériesMania « je n’ai pas peur des choses déplaisantes » Damon Lindelof (Lost / The Leftovers)

#SériesMania « je n’ai pas peur des choses déplaisantes » Damon Lindelof (Lost / The Leftovers)

Du 13 au 23 avril se déroule la huitième saison de Séries Mania à Paris, et comme chaque année, le Daily Mars vous offre une couverture du festival. Au programme, critiques, bilans de conférences et autres surprises…

series-mania-08-une

Quel chemin relie une enfance dans le New Jersey à la conception d’une « stupide série sur un accident d’avion » jusqu’à ce voyage en Australie aux frais d’HBO en passant par une grossesse Alien ? Un parcours conté par l’intéressé lui-même : Damon Lindelof alors qu’il répondait aux questions d’Olivier Joyard (Les Inrocks) à l’occasion d’une rencontre exceptionnelle organisée par le festival Séries Mania.

“Si je me sens en sécurité, je m’ennuie”. Cette confession reflète bien la teneur de son œuvre jusqu’ici. Une zone de déconfort qu’il n’aura pas toujours créé de son propre chef, à commencer par son principal fait d’arme. Un projet qu’il fallait faire décoller dans la précipitation, bien qu’il commençait par un crash. Un projet dont il n’aura pas perdu le contrôle bien qu’il fut intitulé Lost !

Encore vert, le jeune scénariste Lindelof rêve d’Alias et lorsque son agent lui annonce qu’il va enfin pouvoir travailler avec J. J. Abrams, il déchante en apprenant qu’il ne sera pas question de Sydney Bristow mais de l’aider à concocter le pilote d’une série qui ne semble pas “avoir des jambes”. Et pour cause, comment faire marcher l’idée d’un président de chaîne – débarqué entre temps de surcroît – qui consiste à abandonner un groupe de survivants sur une île déserte ?
Mais JJ et Damon s’entendent à merveille. Celui qui mettra en scène Le Réveil de la Force bien plus tard a de grandes idées, très cinématographiques, tout en ne perdant pas de vue le sel du format sériel : “l’intimité”. Lindelof boit du petit lait !
Le pilote terminé, la chaîne (ABC) n’y croit pas mais la projection test est un tel succès que Lost démarre à la rentrée suivante. Le phénomène est lancé et, d’une série dont elle ne voulait pas vraiment, la chaîne tourne sa veste en souhaitant désormais qu’elle dure indéfiniment.

Dès les débuts de la série, Damon Lindelof est débordé. Après le pilote, J. J. lui a laissé les clés de l’avion – ou plutôt de l’épave – et il tente de s’en extraire dès le sixième épisode. Il n’obtient pas de bon de sortie (de l’île) mais reçoit l’aide de Carlton Cuse (avec qui il avait travaillé sur Nash Bridges). Finalement, Lindelof ira jusqu’au bout d’une expérience où il aura la sensation d’osciller entre échec et succès. La fin symbolise singulièrement son ressenti. La critique lui remet un Emmy pour l’épisode de clôture mais une partie du public le rejette – encore aujourd’hui – avec virulence. Entre deux traits d’humour, Lindelof se souvient qu’il était burned out et fend l’armure pour laisser entrevoir un auteur marqué par ces retours qu’il prend sur le moment trop à cœur.

1593-jack

En préparant la conclusion de la série, les dirigeants de la chaîne n’auront pour lui qu’une directive : “ne nous fait pas une Twin Peaks”. Un avertissement qui résonne comme l’effet inverse escompté aux oreilles de Lindelof. Né dans le New Jersey de parents aux boulots très prenants, le petit Damon passe beaucoup de temps devant la télévision. Il aime aussi raconter des histoires qu’il écrit dès 4-5 ans. Pourtant, sa mère n’évoque pas un auteur précoce mais parle plutôt de lui à cet âge comme d’un “menteur pathologique”. À 9-10 ans, il suit le final de la très populaire Mash et fixe intensément cette “fenêtre sur un monde adulte”. Puis vinrent les deux saisons de Twin Peaks. Ses parents sont alors divorcés. Damon découvre l’épisode en direct avec sa mère dans la semaine, puis le revoit avec son père le week-end venu. Ce deuxième visionnage occasionne moult débats autours des choix d’écritures relatant les aventures de l’agent Dale Cooper. Au détour de ces conversations animées, le jeune Damon prend alors conscience de sa vocation : “je crois que je veux faire ça”, s’exclame-t-il ! La suite le conduit à des études de cinéma à New York et comme il est très pragmatique, il abordera le métier par le versant production avant de commencer réellement à écrire. Sa première writer’s room sera celle de Julie Plec pour Wasteland. Puis il y aura Nash Bridges avec Carlton Cuse et Crossing Jordan avec Tim Kring avant la ”stupide série sur un accident d’avion“.

Il perd son père avant de s’engager sur Lost. L’événement infuse profondément son travail sur cette dernière. “Je suis fasciné par ce qu’il y a après la mort. Je n’ai pas peur d’aborder des choses déplaisantes”. Un thème que l’on retrouve aussi dans son autre série, The Leftovers, qui touche actuellement à sa fin. La continuité entre ses deux œuvres est évidente. Un peu plus tard – ou bien était-ce un peu plus tôt ? –,  il affirme : “J’adore les histoires non linéaires” en expliquant qu’il fut un temps employé dans un cinéma où il découvrait des films par tranches de quinze minutes lorsqu’il prenait sa pause. La déconstruction s’impose à lui de manière naturelle dans Lost. Les flash-back lui permettent ainsi de quitter l’île pour aborder ses personnages. Dans The Leftovers, il prolonge cette approche par succession de points de vue. Ce sont ces mêmes personnages qui le guident et d’ajouter avec aplomb : “Les personnages dirigent la série et non pas l’histoire”.

Un vrai sacerdoce pour un homme qui ne croit pas : “Je ne suis pas religieux”. Une affirmation étonnante en regard de l’une des propositions centrales dans The Leftovers qui consiste à examiner les ressorts de la foi justement. Il précise néanmoins que le sujet lui procure une franche curiosité. D’autant plus que la question rejoint sa préoccupation pour le post mortem, ainsi que la naissance. Un autre sujet qui fera l’occasion d’un beau parallèle entre l’ouverture de la saison 2 de The Leftovers (avec une naissance à l’âge de pierre) et l’extraction sanglante d’un fœtus Alien dans Prometheus, un film qu’il a écrit entre les deux séries.
Entre la naissance et la mort, les choses de la vie sont sources de mystère. Un mystère si cher à Damon Lindelof qu’il cultive en prenant bien soin de mettre en perspective ces extrémités qui le fascinent et ce, même si cela doit le conduire sur des sentiers difficiles.

Non-linéarité oblige, son mot de la fin fut prononcé au milieu de son récit alors qu’il défendait sa vision finale de Lost : “Je ne me suis jamais excusé. Je ne suis pas désolé.”

Visuel intermédiaire : Lost “The End” © ABC.

 

Partager