Seul contre tous (critique de For Those in Peril, de Paul Wright)

Seul contre tous (critique de For Those in Peril, de Paul Wright)

Note de l'auteur

Premier film prometteur du britannique Paul Wright, For Those in Peril relève d’un fantastique original, à la manière de Take Shelter ou Les Bêtes du Sud sauvage, qui décrit un univers réaliste à travers le regard troublé et fantasmagorique de son personnage.

Un petit village côtier est en deuil après le naufrage d’un chalutier. Seul rescapé parmi les six marins pêcheurs qui constituaient l’équipage, Aaron a d’autant plus de mal à s’en remettre qu’il a perdu son propre frère dans la catastrophe. Fou de douleur, il se réfugie dans la croyance en de vieilles légendes au sujet de monstres marins et se persuade d’être capable de plonger aux tréfonds des abysses afin de délivrer son frère du ventre de la baleine imaginaire qui l’aurait avalé.

Evoquer Jonas dès qu’il est question du ventre d’une baleine relève du poncif le plus éculé. L’analogie s’impose pourtant avec For Those in Peril car, si châtiment et pardon sont les thèmes autour desquels gravite le mythe de Jonas, ils définissent également les rapports entre Aaron et les siens. Dans cette austère bourgade d’Ecosse où la ferveur religieuse dissimule mal des croyances païennes profondément ancrées, le comportement apparemment délirant d’Aaron se heurte à l’hostilité des habitants qui lui reprochent de porter malheur et d’être finalement responsable du drame qui s’est joué en mer. Marginalisé, le jeune homme devient incontrôlable, poursuivant son idée fixe tel le protagoniste de Take Shelter, la question de la réalité ou du fantasme se posant ici d’une manière similaire à celle du très beau film de Jeff Nichols.

Ce premier long métrage de Paul Wright, remarqué pour ses courts amplement sélectionnés en festivals, est tout entier voué à ce principe de fuite en avant du personnage. En cela, il relève d’une expérience sensorielle assez unique où le spectateur perd pied, arraché à la réalité par une photographie magnétique et un montage rythmique tour à tour porteurs de mélancolie et d’espoir. On pourra regretter que For Those in Peril peine à prendre le large et trouve une résolution un peu abrupte – quoique bouleversante – mais il serait dommage de passer à côté de ce film atypique en raison de sa discrète sortie en salles.

En salles depuis le 12 février.

2013. Grande-Bretagne. 1h30. Réalisé par Paul Wright. Avec George MacKay, Kate Dickie, Jordan Young, Brian McCardie

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