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Sexe, mensonges et amour tarifé (Critique des 4 premiers ép. de The Girlfriend Experience / Starz / OCS)

Sexe, mensonges et amour tarifé (Critique des 4 premiers ép. de The Girlfriend Experience / Starz / OCS)

Note de l'auteur

La porosité du format sériel vis-à-vis des cinéastes fait plus que jamais débat. Vinyl, le disque rayé de Scorsese, Winter et Jagger pour HBO le démontre singulièrement. Pourtant, ce transfert est possible et il a été démontré sur Cinemax avec The Knick par un certain Steven Soderbergh.
Le même Soderbergh tire justement les ficelles derrière une déclinaison sérielle d’un de ses propres longs métrages à découvrir sur Starz ce dimanche (et dès le lendemain chez nous sur OCS). Contrairement à ce que son titre pourrait laisser imaginer, The Girlfriend Experience ne cherche pas à séduire sur commande. Si son approche aride et distante devrait en refroidir plus d’un, son propos sans concession et la réflexion sociale qui en découle encouragent à dépasser les préliminaires.

Christine Reade est une étudiante en droit vivant à Chicago. Dans le cadre de son cursus, elle se fait engager comme stagiaire au sein d’un vaste cabinet d’avocats. Parallèlement, une amie lui propose de la rejoindre pour une soirée en tant qu’escort. D’abord hésitante, Christine embrasse rapidement la profession pour devenir alors Chelsea…

The Girlfriend Experience n’est pas un remake. Le long métrage éponyme de Steven Soderbergh, écrit par Brian Koppelman et David Levien, sert de matrice pour une déclinaison repensée. Parce qu’il ne voulait pas se répéter, Soderbergh a confié la série à deux cinéastes indépendants – Lodge Kerrigan et Amy Seimetz – pour qu’ils imaginent ce récit avec leurs sensibilités, celles d’un homme et d’une femme (la double sensibilité étant, là encore, une idée de Soderbergh).
Dans le film, sorti en 2009, il est aussi question d’une Christine Reade se prostituant sous le nom de Chelsea, mais elle est expérimentée et pratique exclusivement sa profession. Ici, Chelsea débute et doit organiser ses rencontres en fonction d’un emploi du temps chargé entre ses études et son stage.

Ce décalage installé par Seimetz et Kerrigan (ils cosignent et se succèdent derrière la caméra pour l’intégralité de la saison) apparaît également au casting. Pour le long métrage de Soderbergh, la porno star Sasha Grey interprétait une femme sûre d’elle dont la profession d’escort ne l’empêchait pas d’être en couple. Riley Keough (Magic Mike, Mad Max: Fury Road) lui succède en débutante qui cherche à expérimenter toutes les possibilités qui s’offrent à elle. La petite fille d’Elvis Presley impressionne dans un rôle où elle bascule entre un contrôle de soi strict et d’imperceptibles signaux de déstabilisations. Une performance bouleversante pour un personnage qui apparaît sur (presque) chaque plan et avance le plus souvent masqué.

Le sujet de The Girlfriend Experience est, quant à lui, mis en scène sans détour et ne saurait être plus d’actualité sous nos latitudes alors qu’une loi vient tout juste d’être adoptée, laquelle pénalise notamment les clients qui ont recourt à la prostitution.
En abordant le cas spécifique des escorts haut de gamme (Chelsea ne racole pas dans la rue), la série aborde néanmoins ce métier de manière très transversale. L’acte sexuel, en particulier, n’est pas occulté mais il ne constitue pas l’essentiel du propos de la série. Seimetz et Kerrigan se gardent bien de porter un jugement. Au contraire, ils soulignent subtilement grâce à un montage dynamique toutes les étapes qui conduisent Christine à se prostituer.

Paul Sparks (David Tellis)

Paul Sparks (David Tellis)

La facture formelle de la série est en effet remarquable. Tournée à Toronto dans un univers tertiaire aux décors modernes et impersonnels, les plans saisissent corps et émotions avec force sous une lumière exclusivement naturelle.
Le format de la série renforce la portée de ces séquences. Elles sont rassemblées dans des épisodes de seulement 30 minutes – rarement utilisés pour le drama – qui leurs confèrent une urgence qui contraste avec le caractère plus posé des différents plans.

Ce contraste se retrouve aussi au niveau d’un personnage qu’on pourrait rapidement qualifier d’antihéros. En apparence, Christine symbolise tous les soi-disant défauts des “Millenials”. Egoïste et autocentrée, elle ne conçoit pas une quelconque action de sa part sans qu’il ne lui génère un gain en retour.
Pourtant, ses rencontres tarifées lui donnent la possibilité de créer du réconfort qui va souvent bien au-delà du seul cadre sexuel. Parce qu’elle se montre alors attentionnée et douée d’une bienveillance désarmante, Christine déclenche, contre toute attente, l’affection d’un téléspectateur pris au dépourvu.

De manière plus prévisible, The Girlfriend Experience tente un rapprochement entre les débuts d’escort de Christine et son embauche, avec ce statut – il est vrai – très ingrat de stagiaire, dans un univers professionnel très concurrentiel.
Le film original – qui date de 2009 – appuyait ce parallèle en le plaçant sous la perspective de la crise financière. Après quatre épisodes, la série ne parvient pas (encore ?) à convaincre sur cette interaction, n’écartant pas non plus la possibilité d’en faire un simple contrepoint.

Du reste, cette saison sera en principe bouclée. La série a été présentée comme une anthologie. Une éventuelle suite s’intéresserait donc à un autre récit sur ce même thème et avec une autre (ou un autre, qui sait) escort.
Quoi qu’il en soit, The Girlfriend Experience constitue déjà une proposition forte qui interpelle sur la profession de “sauterelle d’édredon”*.

THE GIRLFRIEND EXPERIENCE (STARZ) Saison 1 en 13 épisodes (30 min.)
Diffusée sur OCS MAX du 11 avril au 20 juin en US+24,
et intégralité de la saison disponible à la demande sur OCS Go dès le 11 avril.
Créée et réalisée par : Lodge Kerrigan et Amy Seimetz.
d’après le film homonyme de Steven Soderbergh.
Photographie : Steven Meizler.
Avec : Riley Keough, Paul Sparks, Kate Lyn Sheil, Briony Glassco, Mary Lynn Rajskub, Alexandra Castillo et Amy Seimetz.
Musique originale : Shane Carruth.

Les quatre premiers épisodes de The Girlfriend Experience seront projetés dans le cadre du Festival Séries Mania. La séance est programmée le samedi 23 avril à 20h30 au Forum des Images à Paris.

*: voir cet article de Rue89 sur l’ouvrage d’Agnès Pierron.

Visuels : The Girlfriend Experience © 2016 Transactional Pictures of NY LP. All Rights Reserved. (Photos : Jan Thijs & Kerry Hayes)

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