Shameless en belle forme (critique du 4×01)

Shameless en belle forme (critique du 4×01)

Note de l'auteur

Shameless a repris pour une saison 4 qui s’annonce sous les meilleurs auspices. On a retrouvé des Gallagher un peu en mode éclaté avec Ian absent des débats (pour l’instant), Lip à l’université et Fiona qui gère la crise d’adolescence de Debbie, le danger public Carl et le toujours quasi-muet Liam.

J’ai assez râlé là-dessus à ce sujet l’an dernier pour ne pas bouder mon plaisir aujourd’hui. Shameless sans Justin ‘Steve/Jimmy’ Chatwin, c’est une série énergique, émotionnelle et passionnante. Et surtout, c’est une série équilibrée. Évacuée la mafia brésilienne, la petite amie nympho et toutes les injures à la crédibilité de cette storyline. Et en plus, ça nous débarrasse (j’espère définitivement, il subsiste une crainte) du seul comédien pas au niveau d’un casting formidable.

Comme l’an dernier, par contre, la série reprend plus ou moins avec le retour dans la famille de Frank. Cette fois-ci, pas de touche d’humour scato. Frank n’est pas exilé au Mexique et il ne va pas revenir aux USA en servant de mule. C’est bien plus pathétique. Suite directe de la saison précédente, il vit dans un squat, continue de mener son entreprise de démolition. Du point de vue de Fiona, il n’est pas malade, il se suicide à petit feu. Si l’an dernier, c’est Debbie qui lui a tendu la main, cette année, c’est Carl qui lui vient en aide. Que Frank se fasse du souci, quand tous les enfants Gallagher auront passé l’adolescence, il risque d’avoir du mal à trouver des mains tendues.

L’épisode joue avec les parallèles de façon assez intelligente. Fiona et Debbie. L’une est une femme sûre d’elle, de sa beauté et de son intelligence. Elle a pris confiance depuis la saison dernière puisque elle a enfin trouvé un boulot dans lequel elle est performante. Fiona a toujours été une bosseuse, mais elle a rarement eu l’occasion d’être à l’aise dans son travail. De l’autre côté, on a Debbie. Peu assurée, femme en construction… elle mime les gestes de sa grande soeur, pique ses fringues, l’envahit pendant qu’elle se maquille… Quand Fiona porte des pompes pour des raisons précises, Debbie se force à mettre des talons hauts, même si sa démarche en devient mal assurée. Pour se sentir belle…

La représentation de l’adolescence est réalisée avec finesse. Pas de coups de gueule intempestifs, pas de claquements de porte. Non, juste de la sécheresse (expression d’un sentiment d’incompréhension), une volonté d’en faire trop (pour gagner une confiance qui n’existe pas), un physique mal assuré et gauche… le personnage de Debbie a toujours été un de mes préférés (belle combinaison écriture/ talent brut de comédienne). Elle continue sur sa lancée.

Second parallèle avec la famille Milkovich. Si les Gallagher sont dans la mouise, la famille n’en reste pas moins lumineuse. Les Milkovich sont leur pendant sombre. Les Gallagher sont à l’image de Fiona, paumés, bordéliques mais foncièrement bons. Les Milkovichs sont la représentation de leur patriarche : violents, dangereux. Et pourtant on a envie de sauver Mandy et Mickey. Au contact des Gallagher, ils ont montré à la fois ce qu’ils sont de meilleur (leurs sentiments) et de pire (Mandy est allée jusqu’à tuer, Mickey tabasse tout de ce qui bouge). Le troisième parallèle est dans la famille Milovich même. Mandy et Mickey regrettent Lip et Ian, vivent très mal leur absence et broient du noir.

Avec son ambiance rock, ses moments funs, ses personnages qui ne retiennent rien, on pourrait presque oublier qu’il y a du réalisme dans Shameless. Un réalisme qui vient vous cueillir de la pire des façons, de manière inattendue, bouleversante. Le chemin de Frank Gallagher retourne l’estomac, met à terre. Pas pour lui, non. Il mérite son destin, n’a aucune excuse. Mais pour ceux qui l’entourent et qui l’aiment encore. Car si seul Carl interagit avec lui dans cet épisode, Frank touche l’intégralité de la fratrie Gallagher. L’amour et la haine sont des sentiments si proches pour eux.

Une partie de Fiona veut aider son père à se relever, l’accompagner dans ses souffrances, le prendre sous son aile comme elle le fait avec les autres membres de la famille. C’est dans sa nature. Mais une autre partie, celle qui a la parole, veut voir Frank crever, enfin. Débarrasser le paysage et rendre la vie plus tolérable. Le monumental égoïsme de Frank s’accommode mal du sens du sacrifice de Fiona. C’est à la fois tellement cruel et pourtant si logique.

Ce début de saison est à ranger dans les meilleurs épisodes de la série. Il est bon de retrouver les Gallagher. Même si parfois, ça fait un peu mal tant ça touche au cœur.

SHAMELESS (US), Saison 4, Episode 1 « Simple Pleasures » (Showtime)

Créée par Paul Abbott pour Channel Four, adaptée par Paul Abbott et John Wells pour Showtime

Showrunnée par John Wells

Avec : Emmy Rossum (Fiona Gallagher), William H. Macy (Frank Gallagher), Jeremy Allen White (Lip), Emma Kenney (Debbie), Shanola Hampton (Veronica Fisher), Steve Howey (Kev), Joan Cusack (Sheila Jackson)

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