Shazam Anthologie : presque 80 ans et toutes ses dents

Shazam Anthologie : presque 80 ans et toutes ses dents

Note de l'auteur

Apparu à l’aube des années 40 en réponse à Superman, Captain Marvel a connu de nombreux avatars et de nombreux sidekicks, a travaillé seul ou en famille, s’est rebaptisé Shazam et s’offre aujourd’hui les honneurs du grand écran. Retour sur près de 80 ans de carrière au service du Bien.

Le livre : Orphelin vivant dans le métro, Billy Batson reçoit le pouvoir de se transformer en Captain Marvel au cri de « Shazam ! ». Le super-héros à l’éclair (reliquat d’une époque où il a failli s’appeler “Captain Thunder”) fête ses 80 ans cette année. Pour l’occasion, il s’offre un long métrage sorti ce mercredi, une nouvelle série en comics, et cette anthologie historiographique chez Urban Comics.

Mon avis : Matraqués par la promo du film Shazam! (une grosse daube, si l’on en croit Marc Godin), il était bon de se (re)plonger dans les origines du perso de chez DC Comics, et d’en observer l’évolution au fil de quelque huit décennies. Ceci dit, quand on dit « de chez DC », ce n’est pas tout à fait vrai. Car Shazam, sous son “vrai” nom de Captain Marvel, a été publié pour la première fois en 1939 lorsque Fawcett Publishing édite un magazine destiné à concurrencer les Actions Comics où brillait Superman.

Ce nouveau magazine, baptisé Whiz Comics, arbore un certain Captain Marvel en une. Dès 1941, le “capitaine merveille” reçoit son propre maga, Captain Marvel Adventures, où bossent notamment de grands noms comme Joe Simon et Jack Kirby, les créateurs de Captain America. En septembre de la même année, ce sont les “Lieutenants Marvel” qui font leur apparition (trois autres garçons appelés Billy Batson), suivis de Captain Marvel Junior (un garçon sauvé de la noyade par le Cap) en décembre et, en décembre 1942, de Mary Marvel (sœur jumelle de Billy). De nombreux personnages secondaires s’adjoindront à ce trio de base, jusqu’à Hoppy, le lapin Marvel…

Le trio formé de Captain Marvel, Captain Marvel Jr et Mary Marvel dominera les ventes de l’Âge d’or des comics. Leurs aventures en commun ont même leur propre magazine, logiquement baptisé Marvel Family, en 1945. La série des Captain Marvel innove de plusieurs façons, notamment en instaurant des crossovers entre personnages de séries différentes, et ce, dès 1941.

Autre point d’intérêt, on voit que, côté super-vilains aussi, on la joue en famille : le savant maléfique Dr Sivana a deux fils tout aussi maléfiques à ses côtés. En revanche, un autre fils et une fille penchent plutôt du côté des gentils… On a la famille qu’on peut.

 

Captain Marvel : quand un nom et un personnage divorcent

Au tournant des années 50, les récits s’éloignent de la simple lutte contre des (super-)criminels pour prendre des allures de fables surréalistes. On y voit notamment le Cap affronter la Terre elle-même, qui se rebiffe face aux mauvais traitements infligés par l’humanité.

Au même moment, le conflit avec le futur DC trouve son terme. Celui-ci reprochait à Fawcett d’avoir développé un super-héros ressemblant furieusement à son Superman… Tout est réglé lorsque Fawcett met la clé sous le paillasson en 1953. La ligne de magazines Captain Marvel cesse progressivement d’être publiée. Lorsqu’au début des Seventies, DC acquiert les droits sur le personnage de Captain Marvel, il n’obtient pas les droits sur le titre du maga (qui reviennent à Marvel) et doit donc le rebaptiser. Ce sera tout simplement Shazam. Dès lors, le nom du Captain Marvel se détache de son personnage et débutera sa vie propre, d’abord sous la forme d’un super-héros habillé de vert et de blanc avec une planète dessinée sur le torse, sous la plume de Stan Lee et le crayon de Gene Colan – pour en savoir plus, on peut relire le Je suis Captain Marvel paru récemment chez Panini (chronique ici).

Côté Shazam, une série télé assoira la renommée du titre entre 1974 et 1976, prolongée par une série animée en 1981 et 1982. Et pour bien montrer que la hache de guerre est enterrée entre les musculeux surhommes, Captain Marvel apparaît dans pas moins de trois DC Comics Presents, où Superman, tout auréolé de la gloire du film de Richard Donner, combat le mal en compagnie d’un autre super-héros.

En 1986, nouveau changement : Captain Marvel et Billy Batson fusionnent et deviennent la même personne à l’occasion du Crisis on Infinite Earths. Jusque-là, Billy laissait place au Cap (et inversement) en criant « Shazam ! ». Désormais, Billy apparaît comme un adulte parmi les super-héros mais demeure un enfant innocent. D’où un vrai décalage qui marquera considérablement son parcours dans l’univers DC.

 

Le pouvoir du Shazam! ne s’éteint pas

En 1994, le graphic novel Power of Shazam! offrira de découvrir ses origines dans un monde post-Crisis. Entre hommage rétro et renouveau moderne, ce récit des origines reprendra nombre d’éléments et de personnages de l’Âge d’or des comics. Avec, pour faire bonne mesure, un clin d’œil à la série The Rocketeer de Dave Stevens.

En 2011, rebelote : DC redémarre ses plus grandes séries au numéro 1. Captain Marvel s’appelle dorénavant Shazam et fait sa première apparition dans le n° 7 de Justice League, au fil d’un récit de complément signé Geoff Johns et Gary Frank. Billy doit partager ses pouvoirs avec cinq autres enfants aux personnalités bien diverses. Sous la peau de Shazam, il conserve néanmoins sa personnalité et son immaturité.

La série Captain Marvel/Shazam exploite fréquemment la fibre rétro, comme le prouve la lecture de cette passionnante anthologie publiée par Urban Comics. Pour preuve, Convergence Shazam, où le méchant Talos place sous dôme puis fait s’affronter des villes issues de plusieurs Terres et époques. La Fawcett City période “Âge d’or” de Shazam doit ainsi se frotter au Gotham victorien de Gotham by Gaslight.

Le volume d’Urban Comics se termine sur les premières pages de la nouvelle série Shazam! scénarisée par Geoff Johns et dessinée par Dale Eaglesham et Mayo Naito. Une série qui a débuté sa publication en février 2019, en mêlant humour et description des tempéraments des jeunes personnes qui, sous l’égide de Billy Batson, continuent de porter haut les couleurs de Captain Marvel.

Cette antho Shazam recèle donc de très précieux récits, anciens (le Et voici Captain Marvel de 1940), carrément d’époque (L’attentat de Captain Nazi en 1942 !!!), deux histoires de la Marvel Family (1945 et 1947), la loufoque Captain Marvel contre le monde entier (celle, susnommée, où la Terre se rebiffe)… Mention spéciale pour le DC Comics Presents Annual #3 de 1984 où Captain Marvel et Superman œuvrent de concert, et surtout pour le double Convergence Shazam rétrofuturiste, avec son Batman steampunk sur engin volant cracheur de feu.

En accompagnement : We Are Family de Sister Sledge.

Si vous aimez : Les personnages de BD qui ne font pas leur âge – car tout de même, 80 ans, ce n’est pas rien – et qui n’hésitent pas à se réinventer. Ne pas hésiter, à ce sujet, à se jeter sur Les Métamorphoses de Spirou, édité récemment aux Presses universitaires de Liège.

Shazam Anthologie
Les récits les plus magiques de 1940 à nos jours
Édité par
Urban Comics

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