SHERLOCK 3×01 – The Empty Hearse (Critique de l’épisode)

SHERLOCK 3×01 – The Empty Hearse (Critique de l’épisode)

Note de l'auteur

Arrêtez tout ! Sherlock est de retour

Après deux ans à parcourir le monde pour faire tomber le réseau de Moriarty, qui s’en prendrait aux amis de Sherlock s’il était révélé qu’il est vivant, le détective consultant a rempli son objectif. Mycroft vient le chercher, en lui confiant une mission délicate : le gouvernement britannique sait qu’une attaque terroriste contre Londres se prépare. Charge à Sherlock Holmes de découvrir qui, quand et comment. Mais avant de mener l’enquête, Holmes va devoir révéler à Watson qu’il a simulé sa mort. Et celui-ci, qui se remet tout juste d’un deuil douloureux et difficile, risque fort de ne pas très bien le prendre…

 

Réjouissant come-back

L’épisode ne cache pas la délectation avec laquelle il traite les hypothèses pour expliquer la manière dont Sherlock a simulé sa mort, qui ont fleuri dans les médias il y a deux ans, et dont les créateurs de la série disent que l’ampleur les a surpris. Sans doute aussi cette surprise leur a aussi fait comprendre qu’ils étaient un peu piégés : par nature, ce genre d’explication a toujours quelque chose d’abracadabrantesque, et aurait facilement pu décevoir ces attentes élevées. Moffat et Gatiss s’en sortent en introduisant d’abord deux autres fausses explications, encore plus outrageusement invraisemblables que celle qu’ils ont choisi. Et ce n’est pas à Watson ou à Lestrade que cette explication est livrée, mais bien à un fan de Sherlock Holmes. Qui réagit avec la mesure qui caractérise souvent les fans.

Le dialogue entre la série et ses spectateurs est d’ailleurs un des thèmes de l’épisode, nourri du fait établi en fin de saison 2 que le personnage est devenu une sorte de célébrité. En plus de la nature de la relation entre Holmes et Watson, ambigüe, aux yeux de certains personnages, depuis le début de la série, le scénario fait allusion à d’autres combinaisons de fanfic slash en rapprochant Sherlock et Moriarty dans l’une des versions de la scène du toit.

Toutes les théories sont avancées pour expliquer la survie de Sherlock. Même les plus folles.

Après deux ans d’absence, on retrouve Holmes, Watson et le petit monde qui les entoure avec l’impression qu’on vient à peine de les laisser. Cela fait partie des critères qui permettent d’identifier une grande série. Les diverses réactions des personnages qui entourent nos héros, Lestrade, Molly et Mrs Hudson, sont plutôt bien senties. Du coté des nouvelles aditions, Amanda Abbington, qui partage réellement la vie de Martin Freeman à la ville, donne l’impression que Mary Morstan a toujours été là. Je suis un peu plus réservé sur le nouveau super-villain, dont l’introduction me semble un peu trop proche de celle de Moriarty en première saison. Mais Moffat et Gatiss peuvent encore surprendre.

Quant aux deux héros, c’est une chose qu’on ne pourra jamais enlever à Sherlock : avec deux des meilleurs acteurs du monde en tête de casting, on prendrait du plaisir à les voir jouer ensemble n’importe quoi. Dans des moments comme « The Empty Hearse », alors qu’il faut gérer un script un peu plus faible, c’est un atout non-négligeable.

 

Faiblesses scénaristiques…

Lors de ses deux premières saisons, Sherlock s’était ouverte sur un épisode signé par Steven Moffat, ce qui lui assurait un démarrage sur les chapeaux de roue. Cette année, c’est le co-créateur Mark Gatiss à qui revient cette charge, lui à qui l’on doit un épisode très réussi en première saison – « The Great Game », et l’épisode le plus faible de la deuxième – « The Hounds of Baskerville ». Son troisième épisode se situe un peu entre les deux. On y retrouve le principal handicap de Gatiss dans l’écriture de cette série, une vraie difficulté à construire des enquêtes policières. Dans le dernier épisode de la première saison, Gatiss avait contourné le problème en multipliant les mini-enquêtes. La solution était satisfaisante puisqu’elle illustrait un changement de point de vue : après avoir suivi celui de Watson, on passait pour la première fois à celui de Sherlock, se plongeant à cette occasion dans son cerveau hyper-actif. Dans la deuxième saison, Gatiss avait fait massivement appel à de nombreux clichés des enquêtes mystérieuses dans la veine des X-Files.

Cette fois-ci, il n’y a pratiquement pas d’enquête du tout, Sherlock plaçant le coupable parmi ses suspects sans véritables justifications et sa seule véritable déduction – il manque un wagon – arrive avec retard et semble en dessous de ses capacités habituelles.

La moustache le vieillit, non ?

L’investigation ramenée au statut de prétexte sert à consacrer l’épisode aux personnages et à leurs retrouvailles, tout en expérimentant un ton davantage comique, quitte à prendre le risque de pousser le bouchon un peu trop loin au gout de certains. Dans l’ensemble, les situations et les dialogues sont plutôt réjouissantes malgré quelques clichés et quelques énormités qui n’existent que dans le monde merveilleux des séries télévisées (comme celle qui consiste à ne pas relouer un appartement et à le laisser intact deux ans après la mort du premier occupant et le départ du second).

Il faut dire aussi que les faiblesses de Gatiss le scénariste sont souvent compensées par les succès de Gatiss l’acteur, de plus en plus réjouissant dans le rôle de Mycroft qui, comme son frère, s’humanise et se dote d’une véritablement gamme d’émotions.

 

… et visuelles

Si à première vue, l’ensemble de ce qui a fait Sherlock semble de retour, il manque en réalité un élément assez crucial : Paul McGuigan, le réalisateur qui a fait d’une production BBC au budget très mesuré une des séries les mieux réalisées à l’échelle de la planète. L’année dernière, l’excellent Toby Haynes avait su prolonger son style avec la même qualité de fond sur l’épisode qu’il avait réalisé, mais lui non plus ne s’est pas avéré disponible cette année, occupé notamment à définir le style visuel de la prochaine série de BBC One The Musketeers en réalisant ses premiers épisodes.

Trois réalisateurs différents tenteront de faire oublier McGuigan lors de cette troisième saison. Clairement, le premier d’entre eux, Jeremy Lovering, n’y est pas parvenu. Le travail de McGuigan s’en retrouve réduit à ses gimmicks, forme sans substance, et sans son talent pour définir des cadres précis et signifiants. Le résultat est maniéré et complaisant, pas aidé par un montage qui me fait supposer qu’il a fallu remplir un peu pour atteindre les 90 minutes. Reste à voir comment s’en tireront les deux prochains réalisateurs, Colm McCarthy et Nick Hurran (réalisateur de l’épisode anniversaire de Doctor Who).

 

A certains égards, ce premier épisode de la saison 3 de Sherlock est un triomphe du style sur la substance. Aidé par deux comédiens parfaits, des caractérisations soignées qui évoluent subtilement, et des dialogues réjouissants, l’ensemble reste extrêmement divertissant et satisfaisant. Nous sommes habitués à des saisons de Sherlock qui s’ouvrent sur le meilleur épisode, celle-ci pourra laisser une très bonne impression si le meilleur reste à venir.

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